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BEQUEST
UNIVERSITY or MICHIGAN
GENERAL LIBRARY .
ii
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OS
MÉMOIRES
L'ACADÉMIE DE VAUCLUSE
DEUXIÈME SÉRIE
TOME XXVII — ANNÉE 1927
VAISON
MACABET FRÈRES, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
1927
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ee em
À.
ACADÉMIE DE VAUCLUSE
FONDÉE LE 20 Juillet 1801.
Déclarée d'utilité publique par Décret du 7 mai 1910.
Président d'honneur... M. PALUN (Auguste).
BUREAU POUR L'ANNÉE 1927
Présence MM. Aurorzr (Abbé).
Vice-Présidents re a
l THÉODORE-AUBANEL (J.)
Secrétaire général... IMBERT (Léo)
POINET (T.)
Présidents de section .............…. SICARD (A.)
DAUVERGXNE (R))
SUCICÉAUNE ns sas este SAUTEL (abbé Joseph.)
IRÉSONIÈP semis nes Boissin (P.)
Bibliothécaire-Archiviste.........… MARCEL (Adrien.)
BIENFAITEURS DE L'ACADÉMIE DÉCÉDÉS
D' A. DUFOSSÉ (+ 20 septembre 1877).
FAUCHER (Paul DE) (f 23 septembre 1907).
Léon BRUNEL (+ 18 décembre 1912).
Marc DEVDIER (+ 3 avril 1920).
Mme Veuve JEANDET (t 15 septembre 1921).
ANCIENS PRÉSIDENTS DE L'ACADÉMIE
(depuis la reconstitution de la Société en 1882).
1S82 + CERQUAND. — 1883-1884. t D' Alfred PAMARD. — 1885-1886.
* Commandant Ducos. — 1887. + DE SEYNES. — 1888-1889. f À. Sa-
__ GNIER. — 1890-1891. t ROCHETIN. — 1892. t TORCAPEL. — 1893.
| + Dr Alfred PAMARD. — 1894-1895. t MORDON. — 1896-1807. M. Alexis
| MouziN. — 1898-1899. t D' Marius CARRE. — 1900-1901. D' Victorin
| LAVAL. — 1902-1903. f Gabriel BOURGES. — 1904-1905. ÿ Baron Marc
II LISTE DES MEMBRES
DE VISSAC. — 1906-1907. À. JOLEAUD. — 1908-1909. t Baron Marc
DE VISSAC. — 1910-1911. M. Alexis MOUZIN. — 1912-1913. D' RÉMYy-
ROUX. — 1914-1915. t Capitaine REBOULET. — 1916-1917. + Baron
Marc DE VIssaC. — 1018-1919. M. Alexis MOUZIN. — 1920-1921.
M. Joseph GIRARD. — 1922-1923. M. Jean-Baptiste RIPERT. —
1924-1925. D' REMY-RGux.
MEMBRES D'HONNEUR
MM.
LE PRÉFET de Vaucluse.
LE GÉNÉRAL commandant la 30€ divisicn militaire.
LE MAIRE de la ville d'Avignon.
L'ARCHEVÊQUE d'Avignon.
BELLEUDY (Jules), &, 6 I, O. #4, préfet honoraire, ancien tiésorier
paveur général, avenue du Maréchal-Fcch, 35, à Nice.
DiDIÉE (Joseph), 6 I., O. 4, Méd. Guerre, ingénieur des Travaux
Publics de l’État, rue Pétramale, 16, à Avignon.
GIRARD (Joseph), @ I, archiviste-paléographe, licencié en droit, con-
servateur de la bibliothèque et du musée Calvet, chemin de l’Arro-
_Saire, 7, à Avignon. |
JULLIAN (Camille), O. #, €3 I, membre de l’Institut, professeur au
Collège de France, rue du Luxembourg, 30, à, Paris (6°).
LABANDE (L.-H.), % €3 I. correspondant de l’Institut, conservateur
de; archives du Palais, rue du Tribunal, 10, à Monaco.
MouziN (Alexis), :#, @ I., rue Bancasse, 30, à Avignon.
VILLARET (DE), G. O. &, général commandant d'armée.
A titre étrancer :
PINCHIA (Comte Emilio), C. ‘#, membre de la Chambre des députés
d'Italie, à Rome. |
MEMBRES TITULAIRES AYANT PEÉRPÉTUÉ LEUR COTISATION
MM.
CHANSIERGUES-ORNANO (Vicomte Amaury de), rue Saint-Etienne, 17,
à Avignon (2 juin 1921).
DE L'ACADÉMIE DE VAUCLUSE | III
CHoBAUT (Alfred), € I., docteur en médecine, bienfaiteur de l’Aca-
démie, rue Chauffard, 4, à Avignon (5 avril 1880).
DAMPEINE (Edouard), représentant de commerce, boulevard Com-
mandant-Dampeine, à Monteux (Vaucluse) (17 novembre 1923).
EYSSÉRIC (Joseph), @ I., artiste peintre, rue Duplessis, 14, à Carpen-
tras (13 avril 1895).
LAVAGNE D'ORTIGUES (Paul), rue du Ranelagh, 139, Paris (XVIe)
(mars 1927).
MANTEvER (Georges de), archiviste-paléographe, au château de Man-
teyer, par la Roche-des-Arnauds (Hautes-Alpes) (7 janvier 1904).
PALUN (Madame Auguste), rue Banasterie, 13, à Avignon (7 février
1917). |
PALUXN (Auguste), bienjaiteur de l'Acadénne, rue Banasterie, 13, à Avi-
gnon (1882).
PANSIER (Pierre), docteur en médecine, chemin de Ja Viclet.e, 38.
Mon :lar, à Avignon (3 février 1898). |
MEMBRES TITULAIRES
MM.
ABELLY, docteur en médecine, rue Bonneterie, 66, à Avignon (8 juillet
1920).
ABRIC (Madame Ernest), impasse de l’Oratoire, 6, à Avignon (3 jan-
vier 1924). |
ABRIC (Ernest), ancien officier, impasse de l’Oratoire, 6, à Avignon
(5 novembre 1908). |
ACHARD (An_o'ne), avocat, rue Victor-Hug:, 10, Avignon. (mar: 1C26),.
ADHEMAR DE CRANSAC (Comtesse René d’), rue de Taulignan, 11, à
Avignon (7 octobre 1909).
AI:ARD Syivain),pablic'st:, boulev.Jules-Ferrv, Avignon.(mars 102)
ALAUZIER (Joseph de RIPERT D’), €. %, colonel commandant le
141€ d'infanterie, rue Sylvabelle, 80, à Marseille (197 février 1923).
AMALBERT (Flisée), @, villa de l’Aube, à Golfe-Juan (Alpes-Maritimes)
(7 juillet 1904).
AMIC (Joseph), avocat, place du Palais, 15, à Avignon (6 mars 1902).
ANDRÉ (Ml: Rose), rue Petite-Fusterie, 2, Avignon (décembre 1525).
IV LISTE DES MEMBRES
ARNAL, docteur en médecine, rue petite Fusterie, 5, à Avignon (5 juin
1913).
ARNAUD, notaire, #, €3 I., à Arles (Bouches-du-Rhône) (1886).
AUROUZE (Abbé), 42, docteur ès-lettres, rue Joseph-Vernet, 14, à
Avignon (2 décembre 1897). |
AZÉMAR, %, docteur en médecine, rue de la Croix, 9, à Avignon (2 dé
cembre 1897).
BARBER (Maurice), rue du Mont de Piété, 2, à Avignon (8 novembre
1917). :
BARRE (Léon), docteur en médecine, rue des Teinturiers, 4. à Avignon
(3 avril 1924).
BASTIDÉ, antiquaire, rue Joseph-Vernet, 9, Avignon (févricr 1926).
BAUDOUIN (E.), conservateur des hypothèques, place des Carmes, 27,
à Avignon (7 mai 1914).
BEAULIEU (Roger de), notaire, rue Viala, 3, à Avignon (5 mai 1904).
BEC (Fortuné), #, docteur en médecine, rue Portail-Magnanen, 49,
à Avignon (3 décembre 1903).
BENOIT (Fernand), ancien membre de l'Ecole Française de Rome,
bibliothécaire à Arles (B.-du-R), à la Queyrelle, par Montfavet
(Vaucluse) (5 juillet 1923).
BERROUD-BISCAREL (Mme), femme de lettres, à Courthezon (Vaucluse),
(7 mai 1925).
BLANC (Alfred), #3, professeur au Collège, à Carpentras (4 mars 1904).
Bocx, 4, architecte, rue Mignard, 6, à Avignon (7 janvier 1904).
BOoISSIÈRE-ROUMANILLE (Mme), rue Saint-Agricol, 19, à Avignon
(7 octobre 1909).
BoIssiN (Pierre), contrôleur des P.T.T., rue d’Annanelle, 31, à Avi-
gron (5 janvier 1920). |
BOITELET (Pierr:), rue Gambetta, 63, Cavaillon (décembre 1925).
BoJÉRO (C.), € I., pharmacien, avenue de la Gare, 9, Monaco (5 mars.
1908).
BONAMOUR, sous-intendant militaire,à Alep (Syrie) (4 décembre 1924).
BonFILs (Marcel), rue Moricelly, 12, à Carpentras (juin 1909).
BONNET (Georges), ingénieur, rue de l’Hôpital, 14, à Avignon (8 mai
1919).
BOUSQUET, juge au tribunal départemental, Avignon (mai 1927).
BOYER (Henri), O. #, colonel d'artillerie en retraite, rue de la Cam-
DE L'ACADÉMIE DE VAUCLUSE v
pane, 14, à Avignon (1®7 mars 1923).
BRÉCHET (Camille), propriétaire, place Madier-de-Monjau, 3, à Valence
(Drôme) (6 juin 1918).
BRETON, €. %, général de division, commandant la 29€ division d'in-
fanterie, avenue de la Victoire, 31, à Nice (A.-M.) (3 février 1921).
BROCHE (E.-Gaston), Professeur agrégé à la faculté royale des lettres
de Gênes, boulevard Joachim, 32, à Marseille (Vieille Chapelle)
(6 décembre 1906).
BRUN (Auguste), chirurgien-dentiste, rue Saint-Pierre, 1, à Avignon
(6 juillet 1911).
BRUX (P. de), conservateur du Musée de Saint-Rémy (mars 1927).
BRUXNEAU (Benezet), villa des Roses, route de Monclar, 75, à Avignon
(4 janvier 1912).
BRUSSET (Louis), avocat, à Orange (8 janvier 1920).
CADE (Abbé Louis), rue Petite-Fusterie, 2, à Avignon (6 février 1919).
CaAILLET (Robert), {3 docteur en droit, bibliothécaire de la ville de
Carpentras (9 octobre 1924).
CAMARET (Henri de), rue de Taulignan, 11, à Avignon (6 novembre
1919).
CAMBE (Paul), chef de district principal à la Compagnie P.-L.-M., Le
Clos-Fleuri, chemin des Sources, à Avignon (12 avril 1923).
CaAMMAN (Léon), ancien notaire, cours National, 14, à Tarascon (15 mars
1914).
CAPDEVILLA (Raymond), docteur en médecine, rue Thiers, 23, à Avi-
gnon (8 janvier 1920).
CAPEAU (Edmond), #3, rue Pétramale, 14, à Avignon (6 janvier 1898).
CATELAN (Louis), @, à Buis-les-Baronies (Drôme), (2 mai 1912).
CHAILLARD (Léon), clos des Tourrettes, Champtlury, Avignen (mai
120).
CHAMBONX (Ange), 63, O. »%, conseiller d'arrondissement, boulevard Lim-
bert, à Avignon (9 janvier 1908).
CHAMBRE DE COMMERCE d'Avignon (1892).
CHARAVIN (Emile), négociant, rue Victor-Hugo, 18, à Avignon (rer fé-
VTIEr 1923).
CHAMSKI-MANDAJORS, Trésorier payeur général de Vaucluse, Avignon.
(juin 1927).
CHARLET (Louis), &, docteur en médecine, rue d’Annanelle, 4, à Avi-
VI LISTE DES MEMBRES
gnon (6 mars 1913).
CHAUVIN (Paul), rue Consolat, 109, à Marseille (9 mars 1922).
CHEVALIER (Alexandre), 63, rue Tortorel, à Romars (Drôme)
(8 janvier 1920).
CHOBAUT (Hyacinthe), archiviste-paléographe, archiviste départe-
mental du Gard, rue des Chassaintes, 20, à Nîmes (3 mars 1910).
CLAMON (Joseph), agent des P. T. T., rue des Trois-Carreaux, 4, à Avi-
gnon (6 mars 1924).
Croix, O. #. général de brigade, rue de la Croix, 19, Avignon (juillet
1927). |
COoLLET, 63 I., docteur en médecine, professeur à la Faculté de méde-
cine, quai des Célestins, 5, à Lyon (6 mai 1920).
COLOMBE (Gabriel), 63, docteur en médecine, rue Petite-Fusterie, 25,
à Avignon (6 janvier 1910).
CoLoMBE (Georges), villa La Maison, route de Marseille, à Avignon
(9 janvier 1919).
CosTE (Amédée), #, professeur au Lycée d'Avignon, villa des Tilleuls,
chemin des Deux-Routes, à Saint-Ruf, Avignon (1°' février 1923).
COTTE, notaire, place des Prêcheurs, 34, à Aix-en-Provence (6 juin
1912).
Dassac (Louis), licencié en droit, ancien avoué, rue des Trois-Colombes,
23, à Avignon (12 avril 1923).
DAUVERGNE (René), avoué, place Saint-Didier, 16, à Avignon (2 juin
1898).
DESTANDAU, #à, pasteur de la religion réformée, avenue Plateforme, 3,
a Nimes (1892). |
DIBON, Usine des Tramways, St-Véran, Avienon (juin 1926).
DONNAT, 43, &, docteur en médecine, rue des Fourbisseurs, 37, à Avi-
gnon (6 février 1910).
DossE (Alphonse), ingénieur, rue Félix-Faure, 7, à Paris (14°) (1° juin
1922).
DRAGON (Auguste), libraire-éditeur, place des Frères-Prêcheurs, I, à
Aix-en-Provence (8 novembre 1917).
DROIN, Inspecteur d'académie, Avignon (mai 1927).
DuBETTIER (Mlle), 43 I, Directrice du Lycée de jeunes filles, à Avi-
. gnon (5 juin 1913).
DUBOURGUIER, notaire, à Saint-Laurent-des-Arbres (Gard) (5 avril
1906).
DÉ L’'ACA D ÉMIE DE VAUCLUSE vil
Du LAURENS D'OISELAY (Vicomte Maurice), #, commandant en re-
traite, rue Saint-Etienne, 14, à Avignon (6 mai 1909).
Dumas (A), agréé des let.res, à Puyméras (Vaucluse) {février 1926).
DUNAND (Paul), rue Guillaume-Puy, 4i. à Avignon (II juin 1903).
DuPrAT (Eugène), @ I., professeur au Lycée, rue du Chêne, 5, à Mar-
seille (16 janvier 1902).
DUTERTRE (F.), Vicaire à Valréas (Vaucluse) (mai 1927).
EUVRARD (Frédéric), #@3, rue Saint-Charles, 11, Avignon (féviier
1926).
EYRIÈS (Gabriel), %, vétérinaire-sanitaire, à Carpentras (7 nov.1912).
FABRE (André), 43, négociant, rue Laboureur, 5, à Avignon (25 juin
1914).
FABRE (Henri), #, €3 I., secrétaire de la Chambre de Commerce, rue
Victor-Hugo, 4, à Avignon (9 mars 1911).
FABRE (Ulysse), président du Conseil général, à Vaison (5 février 1914).
FATON (Auguste), €, contrôleur des P. T. T., à Châteaurenard (8 jan-
vier 1920).
FAURE (Jean-Louis), homme de lettres, à Lucenay (Rhône) (mars 1902)
FAUCHIER (Paul), notaire honoraire, à Orange (5 juillet 1890).
FINIELZ (Albert), docteur en pharmacie, à Cavaillon (8 juillet 1920).
FLANDREYSY (Mme Jeanne de), hôtel du Roure,rue Collège-du-Roure,
3, à Avignon (6 avril 1916).
FLORENT (Mme Pauline), rue Saluce, 7, Avignon (juin 1927).
FONTAGNÈRES (François), rue des Marchands, 31, à Avignon (4 dé-
cembre 1919).
FORBIN DES ISsARTS (Marquis de), au château des Issarts (Gard)
(11 avril 1907). | |
FOURMON (Eugène), à Vaucluse (octobre 1927).
FOUSSON (Marius), homme de lettres, rue Carreterie, 177, à Avignon
(5 mars 1925).
GAGNIÈRE (Sylvain), étudiant, rue Thiers, à Avignon (5 mars 1925)
GALLO-BOREL (Mme), boulevard de Melun, 7 bis, à Fontainebleau
(Seine-et-Marne) (6 mai 1920).
GAP (Lucien), 63 I., sous-bibliothécaire honoraire de la Bibliothèque
municipale d'Avignon, rue des Camélias, à Saint-Ruf, Avignon
(1882).
VIIT LISTE DES MEMBRES
GARCIN (Robert), industriel, maire de Vaucluse (juin 1927).
GAUGLER (Jean), ingénieur, route de Monclar, 1, à Avignon (8 janvier
1920).
GEOFFROY (Armand), O. #,commandant en retraite, rue Victor-Hugo,
13, à Avignon (1 février 1923).
GEOFFROY (Mme), boulevard des Platanes, à Carpentras (6 novembre
124). |
GERMAN (Léon), sous-bibliothécaire au Musée Calvet, place Clemen-
ceau, 19, à Avignon (5 mars 1925).
GILLES (Alphonse), rue du Chapeau-Rouge, I17,à Avignon (6 avril 1911).
GILLES (Jean-Marie), rue Joseph Vernet, à Avignon. (3 maï 1923). |
GILLES (Mme Joseph), rue de la Masse, 12 bis, à Avignon (1° mars
1917).
GIRARD (Pierre), Æ, docteur en médecine, rue de la Croix, 12, à Avi-
gnon (5 juin 1923).
GIRAUD (Hubert), président de la Chambre de Commerce de Marseille,
cours Pierre-Puget, 24, à Marseille (9 novembre 1922).
GODIEWSKI (Charles), docteur en médecine, à Sorgues (Vaucluse)
(3 avril 1924).
GODLEWSKI (Emile), docteur en médecine, rue Joseph-Vernet, 67, à
Avignon (6 mai 1920).
GOUBERT (Gabriel), docteur en médecine, rue des Lices, 29, à Avignon
(6 juillet 1922).
GOUBET, avocat, rue de la Bouquerie, 18, à Avignon (8 novembre
1900).
GOUIRAND, licencié ès sciences, inspecteur des pharmacies, chef du ser-
vice départemental de la bactériologie, rue de la République, 26, à
Avignon (6 avril 1905). |
GUIGNOT (Félix), $, docteur en médecine, rue des Trois-Faucons, 25,
a Avignon (6 février 1918).
GUIGUE (Julien), industriel, à l’Isle-sur-Sorgue (7 mars 1918).
GUILHERMIER (Pierre de), #, ancien officier, rue de la Bouquerie, 6, à
Avignon (1° février 1923).
GUND (Mme), rue Cocagne, 11, à Avignon (5 juin 1913).
HEYRAUD (Charles), lauréat de l’Institut, rue Paradis, 295, à Mar-
seille (8 juillet 1920). |
Huc (Louis), villa Saint-Jean, clos des tramways, route du Pontet, à
DE L'ACAD ÉMIE DE VAUCLUSE IX
Avignon (5 juin 1913).
Huor-SorDor, 63 I., k E. A. B., professeur au Eve d'Avignon, villa
les Cigales, à Saint-Ruf, à Avion (12 janvier 1911).
IGONET, # docteur en médecine, inspecteur départemental d'hygiène,
rue Saint-Charles, 10, Avignon (5 mars 1908).
IMBERT (J.), négociant, quai St-Läzare, 1, Avignon (13 février 1913).
IMBERT (Joseph), greffier de la justice de paix, à L’Isle-sur-Sorgue
(Vaucluse) (4 juin 1925).
IMBERT (Léo), archiviste départemental, place du Palais, à Avignon
(6 avril 1922).
JAGOMET (H.), imprimeur, à Villedieu (Vaucluse) (6 novembre 1924).
JACQUEMIN (Mlle Louise), rue Victor: Hugo, 8, à Avignon (7 mars 1918).
JACQUET (Georges), #, docteur en médecine, rue Taulignan, 0, à Avi-
gnon (11 avril 1912).
JEAN (Hippolyte), €, %K, rédacteur au Petit M FRA rue de la Ré-
publique, 10, à Avignon (6 juillet 1971).
JOUET-PASTRÉ (Mlle Aimée), château de Roberty, Le Pontet (Vaue
cluse) (10 janivier 1918).
JOUvVE (Mlle Marie-Thérèse), à Cavaillon (6 mars 1902).
JULLIEN, pharmacien, à Orange (6 mars 1913). |
JUSTER (Jules), lieutenant colonel, rue des Infirmières, 3, Avignon
(mars 1626),
LABRELY (R.), archiviste de Bourg-St-Andéol (Ardèche) (8 mai 1913).
Lauy (Paul), à Tamaris-sur-Mer (Var) (3 janvier 1924).
LAPUYADE (F-rnand), juge suppléant au Tribunal Civil, Avignon.
(fcemb.e 1925).
LATASTE (Damiel), directeur des établissements Vinatié, à Cav aillon
(8 juillet 1920).
LAUGIER (Vincent), ingénieur, rue des Vieilles-Etudes, 22, à He bnôn
(5 janvier 1922),
LAURENS (Jules), professeur au Lycée d VIENOR: rue Mignard, 8, à
. Avignon (8 avril 1920).
LAVAL (Victorin), O #%, €3 I, médecin-major en raie. rue de la
Croix, 18, à Avignon (1880).
LAZARE (Isidore), avenue Clemenceau, 57, à Carpentras (4 novembre
1909).
X LISTE DES MEMBRES
LE GRAS (Charles), notaire, rue Petite-Saunerie, 10, à Avignon (2 juin
(1808).
LE GRAS (Joseph), & , docteur en médecine, boulevard Brune, 130,
Paris (XIVe) (5 mars 1908).
LESBROS (Alfred), artiste- ponte rue . Fourbisseurs, 52, à Avignon
(7 mars 1918).
LEVDET (Mme Victor), rue Petite- Fusterie, 17, à Avignon (7 mai 1914).
LousrTau (Henry), boulevard St-Denis, 107, Courbevoie (Seine) (7 no-
vembre I9I8).
LoOYE (Joseph de), archiviste paléographe, conservateur de la biblio-
thèque municipale, à Nîmes (Gard) (11 octobre 1923).
LOYE (Paul de), %#, chef de bataillon du génie en retraite, route de
Monclar, 5, à Avignon (2 mars 1916).
LOYE (Pierre de), industriel, maire de Sérignan (Vaucluse) (juin 1926).
LuLÉ-DEJARDIN, O. %, &, ancien officier, rue Joseph-Vernet, 71, à
Avignon (3 mai 1917).
MAITROT DE VARENNE, O.%, préfet honoraire, rue Lécn Delhcimme,
_ 22 bis, à Paris, XV® (6 novembre 1913).
MALBOIS (Abbé), rue de Vaugirard, 50, à Paris (6€) G juillet 1924).
MANIVET (Paul), @ I. juge de paix, à Bollène (Vaucluse), (1883).
MARCEL (Adrien), #3 I., méd. de 1870, rue de l'Hôpital, 9, à Avignon
(7 juillet 1910).
MARIE (Augustin), €3,»L, ancien président du Tribunal de Commerce,
place de Jérusalem, à Avignon (6 octobre 1904).
MARQUIS (Abbé), professeur au Petit-Sénninaire, rue d’Annanelle, 35,
à Avignon (8 avril 1920).
MARTIN (Joseph), notaire, rue Banasterie, 15, à Avignon (5 décembre
1912).
MAUCUER, notaire, à Sorgues (Vaucluse) (5 juin 1913).
MAUREAU (Jules), %, directeur des mines, à La Vernarède (Gard)
(6 avril 1922).
MÉRITAN (Abbé Jules), curé de Notre-Dame, à Orange (3 février 1898).
MEUNIER (Georges), ingénieur-chimiste, boulevard Raspail, 37, à Avi-
gnon (9 novembre 1922). |
MÉVIL (André), rédacteur au Journal des Débats, château de Gallifet,
par Sainte-Cécile (Vaucluse) (4 décembre 1924).
DE L'ACADÉMIE DE VAUCLUSE I
MICHEL-BÉCHET (Henri), :#, &, docteur en médecine, rue Chauffard,
11, à Avignon (9 mars 1922).
MIELLY (Marc), château du Devès, par Noves (Bouches-du-Rhône)
(6 novembre 1913).
MIGNON (Maurice), avenue Victor-Hugo, 28, à Aix (B.-du-R.) (novem-
bre 1926). |
MoIRENC (Albert), :#, €, agent-voyer, à Apt (Vaucluse) (7 juillet 1909)
Moxcuxy (de), inspecteur des Eaux et Forêts, rue La Croix, 3, Avignon.
(février 1926). : | :
MoONTAGARD (Victor), docteur en médecine, rue Théodore-Aubanel, 7,
à Avignon (3 noverhbre 1921).
MONTAGNÉ (Louis), 4, 43, directeur de l'Ecole des Beaux-Arts, place
Saint-Pierre, 7, à Avignon (3 janvier 1924).
MONTAGNÉ, commissaire de police, à Cavaillon (mars 1927).
MoNTILLET (vicomte Edouard de), #, &, rue des Trois-Faucons, 4,
à Avignon (4 mars 1909).
MOREAU (Laurent), #, &, vK, docteur en médecine, docteur ès
sciences, rue Armand-de-Pontmartin, 22, à Avignon (4 décembre
1919). | |
MoprET (Mlle Marguerite), docteur en médecine, rue Arnaud-de-Fabre,
22, à Avignon (3 février 1921).
MOURRET (Charles), #3 I., notaire, rue André-Perrot, 5, à Tarascon
(Bouches-du-Rhône) (10 janvier 1907).
NICOLET (Abbé Eugène), curé du S$S. €. à Avignon (6 novembre
1924).
NIEL (Charles), #, #, docteur en médecine, médecin des troupes colo-
niales, rue Banasterie, 30, à Avignon (3 janvier 1924).
NOEL (Henri), @ I.,0. »k4, syndic du Syndicat des médecins de l’arron-
dissement de Nîmes, rue de France, 17, à Nimes (3 mai 1923).
Nourry (Marcel), Grande-rue, 1, à Montélimar (Drôme) (7 décembre
1899).
NOUVEAU (Louis), négociant, maire d'Avignon, rue Migrenier, 1, à Avi-
gnon (4 avril 1918).
ODE (Pierre), propriétaire, boulevard des Villas, 19, à Avignon (4 mars
1920).
OLIVIER (Marcel), docteur en médecine, rue de la Masse, 7, à Avignon
(3 avril 1924).
XI] LISTE DES MEMBRES
PAMARD (Mme Alfred), place de l’Amirande, 4, à Avignon (7 février
1924).
PAMARD (Mme Ernest), rue Saint-Thomas-d’Aquin, 1, à Avignon
(6 mars 1924).
PAMARD (Paul), %, &, docteur en médecine, rue Nicolas-Lescuier, 2,
à Avignon (7 février 1912).
PASTRÉ (Paul), architecte, villa des Tilleuls, chemin de la Violette,
18, à Monclar, Avignon (6 janvier 1910).
PELAT (Henri), professeur, rue Chabran, 4, à Cavaillon (7 décembre
1922).
PENXE, docteur en médecine, rue Philonarde, 13, à Avignon (14 no-
vembre 1901).
, PERNOD (René), #, commandant au Ministère de la Guerre, direction
rs
du contentieux. Paris (9 février 1911).
PERNOD-RIPERT (Jules), rue Guillaume-Puy, 77, à Avignon (7 février
1907).
PERROT (Édouard), rue de l'Université, 16, Paris (7® arr.) (juin 1926).
PEYRON (Jules), chanoine, place du Palais, 19, à Avignon (12 avril
1917).
PoIxXET (Emile), @, I, #, ingénieur des Arts et Manufactures, place
de la Principale, 4, à Avignon (3 avril 1919).
PoIrRsON (Mme Alexandre), à Cantarel, par Montfavet (Vaucluse)
(6 décembre 1923).
PoIRSON (Alexandre), #, &, industriel, à Cantarel, par Montfavet
(Vaucluse) (25 juin 1914). |
Poxs (Mme Joseph), rue Armand-de-Pontmartin, 11, à Avignon (8 no-
vembre 1923).
Poxs (René), directeur honoraire de la Banque de France, rue de la
République, 12, à Avignon (3 novembre 1921).
RACHET (Mlle Adèle), compositeur de musique, rue des Camélias, à
Saint-Ruf, Avignon (8 mai 1919).
RAMETTE (Gustave), professeur au Collège Saint-Joseph, rue des Grif-
fons, 5, à Avignon (1°7 juin 1922).
RAPARÉ (Félix). professeur adjoint au Lycée, rue Thirs, 56, à
Avignon (7 mai 1925).
RÉMY-RaUx (François), #:, &, €3 I., docteur en médecine, médecin
radiologiste des hôpitaux, rue Arnaud-de-Fabre, 9, à Avignon
DE L’ACADÉMIE DE VAUCLUSE XIII
(8 juillet 1897).
RENCUREL (Louis), €3, ancien conseiller de préfecture, à Piolenc (Vau-
cluse) (1882).
REYMOND (Gabriel), agent général de la Compagnie 1’A berlle, rue des
Lices, 27, à Avignon (8 juin 1916).
RIEU (Mme Fernand), rue Victor-Hugo, 7, à Avignon (3 janvier 1924).
RIOUSSET (Jules), industriel, rue de la Campane, 31, à Avignon (8 jan-
vier 1914).
RIPERT (Emile), %, €3 L., professeur de l’Université, Cours Lieutaud,
43, à Marseille (7 novembre 1918).
RIPERT (Mme J.-B.), rue Banasterie, 30, à Avignon (8 novembre 1923).
RIPERT (Jean-Baptiste), organiste de Saint-Pierre, rue Banasterie,
30, à Avignon (2 décembre 1897).
ROLLAND (Joseph), licencié en droit, rue Buffon, 8, à Avignon (6 no-
vembre 1924). |
Roux (Gabriel), secrétaire de l'Ecole nationale des arts décoratifs de
Limoges (Haute-Vienne) (janvier 1927).
SADE (comte de), château de la Croix, à La Croix (Indre et Loire) (juin
1927).
SAMUEL (Marcel), inspecteur de l'enregistrement au Maroc, villa Les
Iris, rue des Camélias, à Saint-Ruf, Avignon (8 janvier 1920).
SAUTEL (Abbé), #3, doc eur ès-lettres, rue Saint-Thomas-d’Aquin,
6, à Avignon (9 janvier 1908). °
SAUTEL (Louis), docteur en droit, rue Collège-de-la-Croix, 10, à Avi-
gnon (12 octobre 1922).
SAUTON (François), avenue Wilson, à Châteaurenard (Bouches-du-
Rhône) (5 janvier 1922). |
SAUVE (Fernand), € I., archiviste aux Archives du Palais, à Monaco
(x892).
SCHLŒSING, pasteur protestant chemin de Monclar, Avigncn. (irai
1926).
SEGIUN (François), imprimeur, rue LE la Bouquerie,13, à Avignon (3 no-
vembre 1921).
SIAUD (Henri), industriel, rue Grivolas, 5, à Avignon (5 mars 1914).
SICARD (Auguste), directeur de la succursale de la Banque de EF ance,
à Avignon (8 novembre 1923).
SOUVET (Henri), entrepreneur de travaux publics, rue Thiers, 50, à
XIV LISTE DES MEMBRES
Avignon (6 avril 1911). |
SPEYR (Emile de), rue Banasterie, 25, à Avignon (mai 1921).
TALLAVIGNES (Henri), propriétaire, rue Collège de la Croix, 12, à Avi-
gnon (II mai 1922).
TALLET, docteur en médecine, à l’Isle-sur-Sorgue (Vaucluse) (4 mars
1904). | |
TARTANSON, %, &, docteur en médecine, plan (le Lunel, 4, à Avignon
(5 juin 1913).
THÉODORE-AUBANEL (Jean), imprimeur-éditeur, impasse Saint-Pierre,
7, à Avignon (11 novembre 1907). |
THÉODORE-AUBANEL (Mile Marie), impasse Saint-Pierre, 7, à Avignon
(3 juillet 1924).
THÉODORE-AUBANEIL (IiCouarc), impasse Sairt-Picire, 7, Avercn
EN AT.30 01)
THÉoLAs (Abbé), curé à Mornas (Vaucluse) (8 janvier 1920).
THO44S (Pierre), rue Collège-de-la-Croix, 14, à Avignon (1e avril
1909).
THoMAS (René), pharmacien, à Saint-Igny-de-Vers (Rhône) (9 juillet
103).
TROUILLET (Chanoine), Métropole, à Avignon (3 maï 1900).
VALABRÈGUE (Anuré), ingenieur, rue Arnaud-Ge-Fabre, 16, à Avignon
(1er décembre 1921).
VALABRÈGUE (Roger), avocat, rue de la Croix, 6, à Avignon (127 mars
1SJ0)._
VALAYER (Mie), rue de la Croix, 19, à Avignon (3 avril 1924).
VALENTIN (Jean), architecte, rue de la Masse, Avignon fimai 1927).
VALLENTIN DU CHEVLARD (Roger), @, archéologue, rue Bouverie, à
Montélimar (Drome) (5 novembre 1587).
VAYSON DE PRADENNE (André), ingenieur des mines, conseiller général!
et maire à Murs (Vaucluse) et rue Alfred-Ge-Vigny, 8, à Paris (8€)
(3 novembre 1921).
- VAYSSIÈRE (A), €3 I., correspondant de l'Iustitut, professeur à la
Faculté des sc'ences et directeur du Museum d'histoire naturelle,
rue Croix-de-Régnier, 22,4 Marseille (12 mars 1881).
VÉRAN (Auguste), € I, architecte des monuments historiques du dé
partement des Bouches-du-Rhône, rue de la Rotende, 13, à Arles-sur-
Rhône (1553).
DE L’ACADÉMIE DE VAUCLUSE XV
VERDET (Mme Auguste), rue Joseph Vernet, 73, Avignon (juillet 1927).
VERDET (Fernand), château de Pierrelatte, à Villeneuve (Gard)(3 avril
1924).
VERDET-KLÉBER (Maurice), O. %, &, rue Joseph-Vernet, 87, à Avi-
gnon (1913).
VERNEJOUL (Edgard de), €3 I., château de Chanteyrie, à Nyons
(Drôme) (10 janvier 1918). |
VERNET (Honoré), industriel, rue Grivolas, 4, à Avignon (3 juillet 1913).
VERNET (Lucien), € I., sculpteur, professeur honoraire de l’Ecole des
Beaux-Arts, rue Guillaume-Puy, 28, à Avignon (6 juin 1885).
VINCENTI (Alphonse), docteur en médecine, rue de la Masse, 6, à Avi-
gnon (14 novembre 1902). |
VINCENTI (Henri), notaire, rue du Portail-Matheron, 4, à Avignon
(2 mars 1905).
ZACHAREWICZ (Ed.), %, @3 I., C. »%, ancien directeur des Services agri-
coles du département de Vaucluse, ch:min de l’Arrotusaire, villa de
l'Églaïtine, à Avignon (6 juin 1901).
Les Sociétaires sont priés d'aviser le Secrétaire général de l'Aca-
démie des modifications qu'il pourrait y avoir lieu d'apporter à la liste
ci-dessus dans leur nom, prénoms, qualités ou adresse.
a — —
Une correspondance inédite
DE
Joseph Vernet
Depuis la publication, en 1858, du prennier ouvrage de Léon La-
grange sur Joseph Vernet, des volumes ou articles, en assez grand
nombre, ont été consacrés à l’illustre peintre avignonais. Il est curieux
cependant de constater combien peu de lettres ont été signalées de lui
ou éditées, malgré l'intérêt évident qu'elles présenteraient, surtout à
notre époque si friande de tels documents personnels. L'auteur récent
de deux magnifiques volumes 1in-49 sur Joseph Vernet, peintre de ma-
rine (1), Madame Florence Ingersoll-Smouse, a considéré comme à
peu près connue la biographie de l'artiste. Elle s’est attachée princi- |
palement à dresser le catalogue raisonné de son œuvre et n’y a joint
que de rares pièces justificatives. Elle a bien relevé « diverses lettres »
publiées ou inédites, elle a donné également deux lettres de Joseph
Vernet à Henry Hoare qui appartiennent à la collection de lord Powis,
à Londres, mais elle est loin d’avoir épuisé la matière.
À Londres même, au British Museum, se trouve sous la cote Addi-
tional ms. 23201, un petit volume in-40 de 35 feuillets, contenant toute
une correspondance inédite de notre artiste. Et pourtant, acheté en
1850, il a été signalé, avec suffisamment de précision, dans le Catalo-
gue analytique des nouvelles acquisitions de la célèbre Bibliothèque (2)
1. Étienne Bignon, éditeur à Paris. 1926, 2 vol..i-40.
2. Catalogue of additions to the manuscripts tn the British Musetin tn the
years MDCCCLIV-MDCCCLAX (London, 1575, in-5°), p. 842.
2 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
Le manuscrit en question est un recueil qui provient de la famille
Serres. On y a inséré d'abord une courte notice biographique sur Joseph
Vernet, rédigée en anglais au mois de septembre 1831; un portrait de
l'artiste, gravé en 1767 par L..-J. Cathelin d’après Moreau le Jeune
(fol. 2); un autre d’après Landscape (fol. 7); un troisième au-dessus
de la reproduction d'un de ses tableaux par J. Duplessis-Bertaux
(fol. 23), un portrait du peintre Louis David, lithographié par Jobard
d’après Rouget (fol. 10), enfin la gravure d'une marine de Vernet por-
tant le n° 303, par « Joh. Georg. Hertel » (fol. 35).
Le volume contient (fol. 3) une lettre de Joseph Vernet à David,
de Londres, que les auteurs du Catalogue du British Museum ont cru
étre le fameux Jacques-Louis David, mais ils se sont trompés. Il suffit
en effet de remarquer que cette lettre est du 28 septembre 1776, alors
que le jeune artiste étfit à l’Académie de France à Rome. Puis dix
lettres de Vernet écrites aux peintres Serres, de 1776 à 1788, et une
minute de réponse, datée du 235 décembre 1786.
Ce n’est pas tout. L'auteur du recueil en question a cru devoir y
conserver quelques autres documents, intéressants à signaler ici. Le
premier, daté du 4 avril 1789, est une lettre de Louis Sicard ou Sicardi,
peintre et muimiaturiste, né à Avignon en 1746 et mort en 1825. Il lo-
geait alors à Paris, au n° 19 de la rue Notre-lame-des-Victoires. Il
annonçait à Serres son prochain voyage à Londres, projeté pour les
premiers Jours de mai, le chargeait d’une commission auprès du gra-
veur Buske, dont il voulait remporter une planche, et lui demandait
s'il ne pourrait pas vendre avantageusement à Londres « deux superbes
tableaux de M. Vernet faits à Rome en 1747 (I) ».
Effectivement, Sicardi et sa femme exécutèrent leur projet. Le 30
mai 1759, Madame Sicardi adressait à Serres, qu'elle appelait «mon
cher papa: c'est ainsi que je vous nomme au nom de mon mari et de
moi, puisque vous nous avez traités comme vos chers enfants »: elle
lui adressait, dis-je, une lettre d’adieux pour lui et ses enfants ; elle le
1. Iest difficile de reconnaître ces deux tableaux parmi ceux que Madame
Ingersoll-Smouse a catalogues sous les n° 109 bis à 104 des.
DE JOSEPH VERNET | 3
remerciait de l’amitié témoignée par toute sa famille, l’invitait à venir
à Paris et s’offrait à le servir.
Deux autres lettres du même Sicardi au fils aîné de son hôte, John-
Thomas Serres, sont des 27 septembre et 25 novembre 1796. Sicaxdi,
qui avait transporté son domicile au n° 3 de la rue du Théâtre-Fran-
çais, était ruiné et gagnait difficilement sa vie ; il se recommandait à
ses bons amis, dont il regrettait de n’avoir pas de nouvelles depuis
longtemps, pour suivre le sort d’une créance à lui due par le duc de
Sorentino, qu'un Français avait fait arrêter à Londres.
A tout cela est jointe une lettre du graveur italien Maderna, que les
Sicardi avaient rencontré dans la compagnie de la famille Serres. Il
annonçait, le 4 mars 1791, à son cher ami Serres son retour à Amster-
dam, où il habitait chez un certain M. « Elia », marchand d’estam-
pes (1) L |
Si ces différents détails sont fournis sur le recueil du British Museum
c'est qu'ils aident à comprendre immédiatement la situation des cor-
respondants de Joseph Vernet. Notre artiste appelle celui à qui il écri-
vit le plus souvent « mon cher compatriote » Etait-il donc avignonais,
comtadin ou provençal? Nullement. Dominique Serres était gascon.
Il était né à Auch en 1722 (il avait par conséquent huit ans de moins
que Vernet). Ses parents, de condition modeste, avaient rêvé de le voir
entrer dans l'Eglise, mais il leur avait échappé, avait pris la fuite et
s'était lancé dans les aventures (2). Après un voyage à pied en Espagne,
il s'était fait marin, s'était embarqué sur un navire partant pour l’Amé-
rique du Sud, et était même parvenu à commander lui-même un bateau
1. Le British Museum, dans l’Additional ms. 23100, au fol. 28, possède une
autre lettre de Maderna à Madame Serres, datée d'Amsterdam, 25 Mars 1791.
La lettre du 4 mars avait été écrite par lui en italien, il a fait écrire celle-ci par
un tiers, en français avec les dernicres phrases en anglais. C'était pour demander
des nouvelles de toute la famille, notamment de Dominique Serres,e que j'espere
heureusement retourné de Bath», et pour affirmer de nouveau ses sentiments
d'amitié et d’attachement inviolable.
2. Pour la biographie de Dominique Serres, voir Sidney Lee, Dictionary of
national biographv, t. LI (1897), p.256: Bryan's dictionary of painters and
engraers. New edit... of George €. Williamson, t. V (1905), p. 69; Ad. Siret,
Dictionnaire historique des peintres de toutes les écoles, nouvelle édit, 1874,
p. 862 ; Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpleurs..…., t. III, col. 774. —— Son
portrait par O. Humphry a été gravé par Mrs D. Turner : cf. Freeman O’Do-
noghue, Catalogue of engraied british portraits preserved in the department of prints
and drawings in the British Museum, t. IV, p. 54 ; Voir encore, p. 56 et 57.
4 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
de commerce. Il fut en‘evé avec son vaisseau à la Havane par une fré-
gate ang'aïse qu l'amena en Angieterre. Il n'avait alors que trente
ans.
Libéré, il se maria, se fixa d'abord en Northarptonshire, exerça
je ne sais quel métier. Mais il avait du goût pour le dessin et la peinture.
I prit des leçons et ne tarda pas à dévelopner ses dispositions natu-
reiles. La nostalzie de la mer qu'il avait tant aimée fit de lui un pein-
tre de marine. Mais comme son illustre correspondant, son modèle, 1l
CoMmAvSAa aussi des paysages. Il ne tarda pas à acquérir une certaine
célébrité, au moins nationale. En 1765, il devint membre de l’Incor-
ported Society of artists et exposa pendant deux années avec elle. Un
honneur plus recherché allait bientôt lui échoir. La Roval Academy
of arts fut créée en 176$ : il en fut choisi comme un des membres fon-
dateurs. Certes, de tous ceux qui constituèrent cette première assem-
blée, beaucoup devaient, comme lui, tomber dans l'oubli: tous n'ont
pas mérité la gloire de sir Josuah Revnolds, qui se trouvait en leur com-
pagnie et qui fut certainement le plus magnifique artiste de la Royal
Academy à son début !1). Les contemporains en jugèrent peut-tre
autrement. En tout cas, le français Dominique Serres, fixé à Londres
et nous dirions aujourd'hui naturalisé anglais, jouissait auprès de ses
nouveaux compatriotes d’une réputation qui peut nous étonner. Car
nous admirons moins qu'eux-mêmes les œuvres conservées notam-
ment au Musée Victoria and Albert de Londres, à Hampton Court, à
l'hôpital de Greenwich, aux Musées de Bristol, de Dublin et de Man-
chester ; nous regrettons le manque d'éclat de la couleur, la sécheresse
du dessin. Mais on appréciait son exactitude méticuleuse, pas un cor-
dage ne manquait aux navires qu'il dessinait. Il flattait aussi l'amour-
propre national, en se consacrant à la glorification des combats sou-
tenus sur mer par les marins anglais. Le souverain, George III, qu'il
représenta inspectant la flotte à Portsmouth, l’estimait tellement qu'il
lui conféra le titre officiel de peintre de marine du Roï et lui attribua
une pension.
1. Cf. Freeman O'Donoghue et Ilenrv M. Hake, t. V,p. 506, The Roval
Academy of arts. |
DE JOSEPH VERNET ‘4
Il n’y a pas à dire ici en détail ce que fut sa carrière d'artiste jusqu’à
sa mort en 1793, ni à énumérer les œuvres multiples qu'il exposa à la
Society of artists, à la Free Society, surtout à la Royal Academy (1).
I] paraît avoir travaillé avec acharnement et l’activité de ses pinceaux
pe doit se comparer qu'à la fécondité de Joseph Vernet. Vernet comp-
tait, comme chacun sait, des amitiés solides en Angleterre : beaucoup
de ses tableaux avaient passé le détroit et y avaient établi sa réputa-
tion de très grand artiste. Une lettre de Sicardi apprend que Serres
lui-même possédait de lui üne « belle vue de Naples ». Serres n'avait
pour toute ambition que de marcher dans sa voie, de devenir le Joseph
_ Vernet de l'Angleterre. Malgré les compliments que lui adressa son
correspondant (Vernet s’abstint cependant de donner son appréciation
sur un de ses tableaux), on doit avouer qu'il resta loin de son modèle (2).
Dominique Serres eut deux fils et quatre filles. Tous suivirent les
traces du père et se consacrèrent à l'art de la peinture (3). Les deux fils
furent, toutefois, les plus remarqués. L,'aîné, John-Thomas, le corres-
pondant de Sicardi en 1796, était natif de I,ondres, où il avait vu le
jour en décembre 1759 (4). Professeur de dessin à l’école navale de Chel-
sea, il fut admis à exposer à la Royal Academy dès 1780. Il eut tout
d’abord le titre de peintre de marine de $. A. KR. le duc de Clarence,
avant de recueillir celui que le Roi avait attribué à son père. Les lettres
de Joseph Vernet et de Dominique Serres apprennent qu'il vint à Paris
en 1785 et 1786. En 1700, se disposant à partir pour un long voyage
en Italie, il mit en vente sa collection de peintures et de dessins, où
figuraient de nombreuses œuvres de son père, de son frère et de lui-
même (5). Puis 1l vint en France, séjourna de nouveau à Paris, visita
1. Algernon Graves, À dictionary of artists who have exhibited works in the
principal London exhibitions from 1760 to 1893 (édit. de 1895), 'p. 250.
2. C'est aussi l'opinion de Mathew Pilkinton, 4 general dictionarv of painters
(1892), p. 503 : « M. Serres Was a respectable artist, though very much inferior
to Vernet, who thought him only excellent in detail. »
3. Algernon Graves, 0p. cil., p. 250.
. Voir à son sujet Sidney Lee, 0p. cit.,t. LI, p. 256 et 257 : Brvau's dictionary,
édit. Williamson, t. V, p. 69 ; Bénézit, t. III, col. 774.
5. Cf. À catalogue of a collection of modern pictures and drawings, chieflv con-
sisting of the works and propertlv of MT. Serres, Junior... going to Italy... which
all Le sold by auction by M. Greenwood, at his room tn Leicester-Square... the 224
of epril 1790... printed bv H. Revel...
.
6 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE ’
Lyon, Marseille, Gênes, passa plusieurs mois à Rome. Il fut rappelé
en Angleterre par Miss Olivia Wilmot, avec qui il s'était fiancé avant
son départ, repassa par Paris où il vit les Sicardi et certainement la
veuve et les enfants de Joseph Vernet, rentra enfin à Londres (1). Là,
malgré le conseil de ses amis, il épousa Miss Olivia, le 17 septembre
1791. Cette jeune fille (elle n'avait alors que 19 ans) lui avait sans doute
plu par une similitude de goûts : elle s’adonna en effet à la peinture et
a la littérature. Mais elle devait aussi lui causer bien du tourment. Mal-
gré les commandes que lui valaient des titres officiels et un office de
dessinateur à l’Amirauté, il fut à peu près ruiné par ses prodigalités.
Il crut se libérer en se séparant d’elle en 1804,mais ses espoirs furent
vains. Quatre ans plus tard, il dut fuir en Ecosse et faire de la prison
pour dettes. Plus tard encore, une fâcheuse spéculation pour la con-
struction du Cobourg-théâtre le rendit insolvable ; il fut de nouveau
incarcéré et mourut dans les derniers jours de l’année 1825.
Sa femme avait alors imaginé tout un roman dont elle était l’hé-
roïne (2). En 1817, elle avait osé présenter à George III une pétition,
où elle demandait à être reconnue pour la fille naturelle d'Henri-Fré-
déric, duc de Cumberland et frère du Roi. Après la mort de George III,
elle prit le titre de princesse Olive de Cumberland, plaça sur ses voi-
tures le blason de la famille royale, donna la livrée du Roï à ses domes-
tiques. L'histoire qu’elle racontait faisait encore de sa mère la fille du
docteur Wilmot et de la princesse Poniatowski, sœur du roi Stanislas
de Pologne. C'était invraisemblable ; malgré cela, l’affaire passionna
?
tous les esprits en Angleterre, comme dans la plus grande partie de
l'Europe continentale. Le parlement et les tribunaux s'en occupèrent.
1. En 1825, on publia à Londres un album: Picturesone vieus of the principal
montuments tn the cemeterv of Pere da Chaise near Paris, also à correct rie of the
Paraclete erccted BV AHbeiaid... drein bV Jour Lhomas Serres... Les reproduc-
tons doivent trahir énormément les originaux, car elles sont bien médiocres de
dessin. -— En 1801, John-Thomas avait édité un premier album : L'he litile sea
doc or ue gurde por coastnre pots... pour la navigation sur les cotes d'Angle-
terre, Irlande, France, Espagne, Portuval, Italie,des iles de la Méditerranée, de
l'Afrique. En 1$05, le libraire Edward Onne donna également le Liber nauticts
and insfructor nn ihe art of marne, drawing bv Dominck Serres, R° A4., aid John
J'hcmias Serres...
2. Voir à son sujet Brvan's d'ersonarv, t. V, p. 69: The encychrædra Britanica,
die edit, t. NNIV Got), p. 053.
DE JOSÉPH VERNET 7
Cette extravagante réclamation ne fut close qu’en 1866, par une décla-
ration de fausseté pour les documents allégués. La pseudo-princesse
était décédée depuis 1834.
Si le fils aîné de Dominique Serres eut une vie aussi infortunée, le
second fils, prénommé comme son père, n'eut pas beaucoup plus de
bonheur (1). Apprécié surtout comme professeur de dessin, il exposait
à la Royal Academy depuis 1783. Il était marié en 1789 : Madame Si-
cardi parle en effet de sa « jolie femme ». Mais il sombra dans une dé-
chéance physique et resta à la charge de son frère.
Telle était la famille des correspondants de Joseph Vernet. Il n’est
pas difficile maintenant de deviner combien elle appréciait le glorieux
peintre français et avec quelle joie elle était entrée en relations avec
lui.
Les premières lettres semblent avoir été échangées en 1775. À quelle
occasion, il n'est pas possible de le savoir. Le 19 octobre de l’année
suivante, Vernet écrivait à Dominique Serres (2) : « Je suis bien flatté
d’avoir fait votre connaissance, que je cultiverai du mieux qu’il me
sera possible», et il invoquait les titres que tous deux avaient de’se lier :
« même patrie, la France », « même profession, même genre et (je me
flatte) même façon de penser ». ‘
S’étaient-ils donc vus à Paris? C’est nn fort peu probable ;
la « connaissance » avait dû s'effectuer seulement par lettres, par l’in-
termédiaire d'amis communs (l'architecte Bellenger, David) visitant
l'un et l’autre. On ne s'expliquerait guère autrement que Vernet ait
écrit tout d’abord : « J’ay ouï dire mille biens de vous, Monsieur, à tous
égards. » Et puis, s'ils s'étaient déjà vus, Vernet n'aurait pas, en 1785,
été embarrassé pour reconnaître au Salon son correspondant, qui, à
peine arrivé à Paris, s'était ns à sa recherche.
Les relations se nouèrent par l'initiative de Serres. Après avoir écrit
une première fois à Vernet et en avoir reçu une réponse que nous ne
connaissons pas, 11 chargea, le 24 avril 1776, l'architecte Bellanger, de
. Cf. Bryan's dictionary, loc. cit.
Dans l'édition des lettres, l'orthographe de Joseph Vernet a été scrupuleu-
a respectée ; nous la corrigeons dans les citations que nous faisons 1ci.
8 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
lui porter, avec une seconde lettre, une de ses compositions à la goua-
che ; en retour, il sollicita un souvenir de celui qu'il considérait comme
son maître.
Vernet, prisonnier de son succès, surchargé de commandes, était
trop occupé pour répondre immédiatement à son confrère d'Angleterre.
D'autant plus qu’il n’était pas un épistolier très habile et qu'il devait
lutter Aussi bien contre l'orthographe que contre la syntaxe. Il laissa
donc le temps s'écouler. Mais Dominique Serres prétendait bien ne pas
interrompre des rapports aussi flatteurs pour lui ; il mit à profit le
voyage à Paris d'un certain David et comme il ne pouvait plus décem-
ment offrir une de ses œuvres, il imagina, le 9 août de la mème année,
de joindre à une nouvelle lettre deux dessins de chevaux exécutés par
son fils John-Thomas, soi-disant donnés au fils de Joseph Vernet, Carle.
Il aurait été fort inconvenant de ne pas témoigner quelque plaisir de
ce redoublement de prévenances. David repartit cependant sans la ré-
ponse que Serres attendait, mais il lui montra le mot qu'avait « bar-
bouillé » Vernet pour s’excuser et prier le voyageur de « dire bien des
choses de sa part à M. Serres, dont il fait grand cas ». Il se décida, enfin,
le 19 octobre, à écrire directement à son confrère, à le remercier de ses
envois, à lui adresser des compliments, que nous voulons croire sin-
cères, sur les qualités de sa gouache et la valeur des dessins de John-
Thomas. Il n'envoyait en retour ni tableau ni dessin de lui ou de son
fils : il se contentait de prier son correspondant d'aller voir la toile qu'il
avait expédiée récemment à lord Shelburne et lui demandait de lui
dire sincèrement son impression. C'était une invitation à une récipro-
cité de compliments, que Serres comprit aussitôt ; du reste, son admi-
ration pour le maître n'avait pas attendu cette occasion pour se mani-
fester.
Telle est la première lettre de Vernet à Serres qui nous ait été con-
servée. La correspondance ne devait pas s'arrêter en une aussi
bonne voie. Cependant elle fut reprise seulement au bout de trois ans.
Je David énigmatique qui, en 1776, avait servi d’intermédiaire
entre les deux artistes, apporta à Vernet, dans la première quinzaine
de juillct 1779, une nouvelle lettre de Serres avec un essai de
DE JOSEPH VERNET 9
gravure, qui, tout intéressant qu'il fût jugé, n’était pas sans défauts.
D'ailleurs, Dominique Serres ne paraît pas avoir persisté dans ses
travaux à l’eau-forte ; lorsqu'en 1805, fut publié le Liber nauticus,
avec la reproduction de dessins de lui et de son fils aîné, la gravure
avait été exécutée par d’autres artistes.
Vernet n'employait sans doute à sa correspondance qu'un temps
fort limité, après avoir travaillé à ses tableaux et s'être acquitté de
ses devoirs de société ou de famille. Toujours est-il qu’il ne réussit pas
à donner à David avant son départ la réponse souhaitée. Il avait pour-
tant commencé sa lettre, il l'avait prise et reprise plusieurs fois, il y
avait même joint d'anciennes esquisses enlevées à la hâte des cartons
de son fils Carle. Quant à donner quelque chose de lui, il n’en avait
pas le loisir, ce serait pour plus tard. Ne fallait-il pas qu'il fasse bonne
. figure au Salon, où il n’exposait pas moins de dix toiles? David avait
donc repris la route d’Ostende où il devait s’'embarquer, quand le do-
mestique de Vernet se présenta à son hôtel pour lui remettre le paquet.
Les dessins de Carle furent retirés et la lettre fut acheminée par la
poste.
Dominique Serres comprit-il qu’il gênait son correspondant par ses
demandes et par l’obligation qu'il lui infligeait de répondre? II laissa
passer plusieurs années sans récidiver. Il est vrai, les circonstances
n'étaient plus favorables, les relations entre Français et Anglais
étaient rendues fort difficiles par la guerre qui, de 1778 à 1782,
les opposaït les uns aux autres pour le plus grand profit des Etats-Unis
d'Amérique.
Les suites de cette guerre devaient rapprocher de nouveau les deux
artistes. Cette fois la reprise des relations fut le fait de Vernet. Et voici
comment. Le maréchal de Castries, ministre de la marine, avait conçu
le projet de faire exécuter des tableaux qui consacreraient le souvenir
des exploits les plus glorieux de la marine française pendant les récen-
tes hostilités. Ces œuvres seraient ensuite gravées ; les estampes, en
les vulgarisant, constitueraient pour le monde entier un merveilleux
témoignage de l’héroïsme de nos marins. Naturellement, le maréchal
songea tout d’abord à celui qui s'était acquis une réputation universelle
10 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
par ses peintures de tempêtes, de mers calmes, de vaisseaux en rade,
etc. Si Vernet consentait à assumer cette tâche, les Bataïlles navales
de la guerre de l'Indépendance seraient un magnifique pendant aux
Ports de France.Mais Vernet ne se sentait pas d'humeur à entreprendre
un pareil labeur ; très près de ses intérêts, il avait jadis rompu ses rap-
ports avec la Cour et les administrations royales, parce qu’on le payait
trop peu et surtout parce qu'on lui faisait attendre trop longtemps le
règlement de ses honoraires. Peut-être n'osa-t-on pas tout d’abord lui
adresser des propositions directes ; on se borna à le prier d'indiquer un
de ses élèves qui travaillerait à ce grand œuvre sous sa direction.
Il répondit qu'il n’avait pas d'élève qui fût en état de s’en charger,
qu'il ne connaissait même personne en France à qui l’on pourrait s’a-
dresser. Mais 1l signala Dominique Serres comme l'artiste le plus qua-
lifié par ses connaissances marines et par son talent. Une pareille dé-
signation nous paraîtrait aujourd'hui extraordinaire. Admettrions-
nous qu'un nunistre français suive de semblables suggestions, qu'il
s'adresse à un sujet anglais, même d’origine française, à un membre
de la Royal Academy, à un peintre officiel de l’ancienne marine enne-
mie qui avait dejà commencé l'illustration anglaise de la dernière
guerre (un de ses meilleurs tableaux est celui de la victoire navale de
lord Howe en 1782), pour commémorer à un point de vue exactement
opposé les combats où venaient de s'affronter les peuples rivaux? Il
paraît cependant que personne, alors, ne pouvait être choqué. Effec-
tivement, le maréchal déclara qu'il connaissait bien l'artiste en ques-
tion, qu'il avait vu de lui des dessins et des aquarelles rapportés par
son fils ; mais ce n'était m de dessins ni d’aquarelles qu'il s'agissait,
voulait des tableaux peints à l'huile. Puis, 11 alla droit au but et deman-
da à Vernet son concours. Vernet objecta immédiatement que ce n'était
plus son affaire ; il aimait trop sa liberté, il serait trop gêné, supporte-
rait trop d'objections, entendrait trop de réclamations, etc. À vrai dire,
il ne se souciait nullement de retrouver une clientèle, qui lui avait,
déclara-t-11, procuré beaucoup de déboires. Et puis, sans qu'il l'avoue,
11 devait se trouver trop âgé.
I1 s'empressa de prévenir Serres par sa lettre du 6 juillet 1785. S'il
DE JOSEPH VERNET II
avait agi avec un sentiment de confraternité fort louable, il tenait à
en avoir le mérite et à faire connaître son intervention. Il crut aussi
devoir mettre son correspondant en garde contre les habitudes déplo-
rables de la Cour : faîtes bien votre marché, écrivit-il, n’attendez pas
pour réclamer votre argent que vous ayez livré plusieurs tableaux,
exigez-le après chaque toile terminée.
Serres dut se montrer fort touché des excellents procédés de Vernet
à son endroit. Quinze jours après, 1l répondait et envoyait un petit ta-
bleau de sa façon, qui, estimait-il, permettrait de reconnaître les qua-
lités de sa peinture. Ce ne fut pas le sentiment de son confrère, qui le
trouva de dimensions trop réduites. Déjà, le maréchal de Castries
s'était mis en rapport avec lui et Serres avait fait connaître ses condi-
tions : il viendrait s'installer à Paris et recevrait une pension annuelle
de 6.000 livres, moyennant quoi il s’engageait à livrer chaque année
quatre tableaux de moyenne grandeur ou six plus petits. Ses préten-
tions étaient bien modestes, beaucoup trop au jugement de son ami,
qui, lui, était beaucoup plus exigeant et se rendait compte de la cherté
de la vie à Paris. Cependant le ministre ne se décidait pas à y souscrire.
II recourut de nouveau à Vernet, proposa de faire exécuter par son fils
Carle les tableaux de batailles navales. Sans doute, Carle n'avait ja-
mais peint de marines, 1l s'attachait surtout aux paysages terrestres,
aux animaux, il s'adonnait quand 1l le fallait à des sujets historiques;
mais, après plusieurs mois d’études spéciales auprès de son père, ne
pourrait-il pas s'acquitter parfaitement de sa mission, principalement
si son père continuait à le diriger ?
En bon père de famille, Joseph Vernet ne pouvait persister dans son
il entendait cependant, s’il revenait sur sa décision,
0
premier refus ;
assurer de très appréciables avantages à son fils et à lui-même. Volon-
tiers, il seconderait les vues du ministre, il arrêterait le sujet et la com
position des divers tableaux, il les ébaucherait pour donner le ton et
en surveillerait l'exécution par son fils. Mais il fallait que la chose en
valûüt la peine, c’est-à-dire qu’on passâät commande d’une vingtaine
de toiles de 5 à 6 pieds, qui seraient payées de 5 à 6.000 livres chacune.
C'était beaucoup plus que ce que Serres avait sollicité; d’ailleurs, Vernet
12 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
n'aurait pas accepté de bon cœur une telle besogne, « prévoyant, di-
sait-il, toutes les choses désagréables qu’on peut éprouver, entr'autres
les observations des officiers qui se sont trouvés aux faits qu’on repré-
senterait, qui demanderaient des arrangements impraticables en pein-
ture et où chacun voudrait paraître. » Comme il aimait avant tout sa
liberté, il préférait et souhaitait qu’on en revint à Serres. Il l’écrivit
du moins à son confrère, le 4 août 1785.
Serres jugea qu'au lieu de poursuivre des négociations par lettres,
il serait infiniment plus expéditif de se rendre sur place. Il arriva donc
à Paris, accompagné très probablement de son fils aîné. C'était au début
de septembre. Sa première visite fut, comme on devait s’y attendre,
pour celui qui l’avait recommandé au maréchal de Castries. Mais il
n'avait prévenu personne, il ne trouva pas Vernet en son logement
des Galeries du Louvre ; il ne le rencontra pas davantage au Salon de
peinture où il le chercha. Les deux amis ne tardèrent pas à se voir, à
faire ample connaissance. Vernet reçut les voyageurs à son foyer et à
sa table frugale, il leur fit les honneurs de l'exposition, les présenta au
ministre de la marine. Le maréchal, prudent, ne voulut pas s'engager
à la légère, malgré les compliments de Vernet ; les lettres publiées c1-
après font savoir qu'il demanda à Dominique Serres de prouver son
talent et d'exécuter un tableau.
Serres et son fils regagnèrent I,ondres. Le premier se mit au travail,
composa le tableau. John-Thomas l’apporta à Paris dans le courant
du mois de janvier suivant. La toile devait être soumise au jugement
de Vernet ; mais celui-ci garda un silence que son ami n'interpréta pas
en sa faveur. Effectivement, l'épreuve ne fut pas estimée satisfaisante ;
peut-être même, l’auteur du tableau, stylé par son confrère, avait-il
aussi élevé ses prétentions pécuniaires. Donc l'affaire échoua et John-
Thomas revint en Angleterre sans la décision espérée. C'était après le
7 février 1786
J,e maréchal de Castries ne renonça cependant pas à son idée. Joseph
Vernet écrivit, le 28 novembre suivant, qu'après la rupture des pour-
parlers avec l'artiste anglais, il proposa son fils Carle; sa mémoire,
plus ou moins fidèle, a pu brouiller les dates et lui-même simplement
DE JOSEPH VERNET 13
répéter ce qu'il avait déjà annoncé au mois d'août de l’année précé-
dente. Ilnota cette fois qu'il avait stipulé la peinture de 25 à 30 tableaux,
espérant donner à Carle l’occasion de gagner une centaine de mille
livres.
C'était trop exiger des finances royales alors si mal en point. Ie mi-
nistre résolut de se passer de concours aussi onéreux et se rabattit sur
un arrangement plus économique. Seulement l’art n’y gagnaïit rien et
le but poursuivi ne pouvait être atteint. Un officier de marine, « retiré
du service, qui, comme amateur, dessine un peu et peint encore moins »,
fut sollicité d'entreprendre l’œuvre. Il fit un premier tableau et eut la
hardiesse de le soumettre à l'appréciation de Joseph Vernet ; il n’hésita
même pas à solliciter un témoignage écrit de la satisfaction du maître ;
cette attestation serait montrée ensuite au maréchal. Le bon Vernet
s'excusa fort : en conscience, annonça-t-1l à son ami Serres ,« je ne pou-
vais ni dire ni écrire que j'étais content dudit tableau. Le meilleur con-
seil que Je pouvais donner à l’auteur était d'éviter qu'on me consulte,
parce que, n’aimant pas à mentir, ce que je pourrais dire lui porterait
préjudice. » Il ne fut plus question de cette malheureuse affaire.
Les relations épistolaires entre les deux artistes qui à la suite de
ces incidents, auraient dü devenir plus fréquentes et plus cordiales, se
ralentirent. Elles ne sont plus attestées que par une dernière lettre de
Vernet, datée du 14 avril 1788. Les familles ne se perdaient pas de vue.
Des voyageurs portaient des nouvelles de l’une à l’autre. Vernet ne
manquait pas de recommander aux personnes amies qui se rendajent
a Londres d'aller visiter ses confrères Serres et ceux-ci leur réservaient
l'accueil le plus gracieux. C’est pour les remercier et pour leur présen-
ter M. Rouillé, sous-intendant de Champagne, qu'il adressa la dernière
de nos lettres à Dominique. Il était avancé en âge, portait plus ou
moins allègrement le poids de ses 74 ans. Il devait mourir vingt mois
plus tard, le 3 décembre 1780.
Les lettres que ses amis de Londres ont conservées, tout en fournis-
sant des détails, restés inconnus jusqu’à ce jour, sur les projets aux-
quels le maréchal de Castries souhaitait l’associer, sont en somme fort
14 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
/
honorables pour sa mémoire (1). Assurément il s'y montre fort atta-
ché à ses propres intérêts, âpre au gain, peu généreux, d’une hospita-
hté un peu chiche, mais, d'autre part, 1l y manifeste une charmante
bonhomie, il se révèle excellent père de famille, fier du talent et des
succès de son fils Carle qu'il cherche à mettre en vedette. Il est encore
obligeant, serviable, se fait un plaisir de recommander des confrères,
dont pourtant il était le premier à distinguer les défauts. On le sent
enfin plein d'expérience de la vie ; la fréquentation des ministres, des
gens de la Cour, lui a appris la valeur des promesses faites par les grands.
Il ne s'en contente plus. Il garde toute son indépendance, il aime la
hberté, dit-il, non-seulement dans son art, mais aussi dans la conduite
de sa vie ; on sait par ailleurs qu'il était de ceux qui attendaient des
jours meilleurs d’un changement de régime. 11 ne vécut pas assez pour
étre desillusionné, mais sa fille, promise hélas ! au plus funeste destin,
devait expier les erreurs qu'il partageait avec la plupart de ses contem-
porains.
L..-H. LABANDE
Membre de l’Institut.
1. On pouvait espérer qu'on les trouverait un jour : on savait, depuis Léon
Logrange (Les Pernes, p.449) que Joseph Vermet avait été en relations épisto-
lires avec M Serres, peintre du Rov... à Londres », dont il avait écrit le lieu
de donieile dans son troisteme livre d'adresses (1774-1780).
DE JOSEPH VERNET 15
Lettres de Joseph Vernet
I. — A M. DAVID. — 1776, 28 Septembre.
Original : British Museum, Addit. ms. 23201, fol. 3.
M. Vernet se proposois d'avoir l'honneur d'aller voir Monsieur David,
tant pour luy souhaitter un bon voyage que pour le prier de dire a M. Serres
qu'il est très sattisfait du dessein a la quazze (1) qu'il luy a envoyé par M.
Belanger (2) architecte, et des deux de M. son fils (3) ; le fils de M. Vernet (4)
voudoit aussy luy en envoyer une couple de luy pour le fils de M. Serres, mais
il a été malade et est en convalessance, mais 1l enverra quelque chose par
Milord Schelburne (5) qui doit retourner bientost a Londres et M. Vernet
ecrira un de ces jours (6) a M. Serres et luy dira tout ce qu'il ne peut dire a
present, il ecrit même ce billet dans la plus grande hâte ettant toujours fort
surchargé d'affaire, il prie Monsieur David de l’excuser sur ses barbouil-
lages (7) et dire bien des choses de sa part a M. Serres dont il fait grand cas.
A Paris, le 239 778 1776.
A dresse : À Monsieur Monsieur David de Londres Rüe de Bourbon chez
un <eillier.
1. À la gouache.
2. François-Joseph Bellanger. né à Paris en 1744, intendant des Bâtiments
de Monsieur, architecte des Menus Plaisirs, mort à Paris le 1'T mai 1818. On cite
parni ses œuvres principales Bagatelle dans le bois de Boulogne et la coupole
de la halle au blé à Paris. Avant la Révolution, il était chargé des fêtes publiques
et des spectacles de la Cour.
3. John-Thomas Serres. Il était né à Londres, en décembre 17:39. C'était le fils
aîné de Dominique Serres, le correspondant de Joseph Vernet. Il mourut à Lon-
dres le 28 décembre 1825.
4. Antoine-Charles Horace, dit Carle Vernet, né à Bordeaux le 14 août 1758,
mort à Paris le 28 novembre 1836.
5. Milord Shelbume, marquis de Lansdowne, pair d'Angleterre, avait, le 21
octobre 1774, commandé deux tableaux à Joseph Vernet: Fun devait représenter
un paysage montagneux avec torrents et cascades, l’autre une mer calme au
coucher du soleil, avec de beaux édifices et des personnages au premier plan. Le
Dee fut exposé au Salon de 1775, le deuxième fut payé le 3 septembre 1776 :
*. Lagrange, Les Vernet, p. 176, 351, 309, 460 : Explication des peintures, sculp-
tures el gravures de MM. de l'Acadénrie rovale (1775), réimpression de Guifirey,
P. 13; FL Ingersoll-Smouse, t. II, p. 26, n° 690 et 091.
6. 11 n’écrira que le 19 octobre suivant.
7. Trois mots sont en effet biffés dans le corps de cette lettre.
16 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
II. — À DOMINIQUE SERRES. — 1776, 1Q Cictahre
Original : British Museum, Addit. ms. 23201, fol. 5.
Monsieur,
Je dois commencer par vous demander mille excuses sur mon peut d'exac-
titude a répondre aux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'ecrire,
et a tous vos bons procedez a mon egard. Je crois avoir repondü a vôtre
premiere lettre de l'année passée, mais je sçay ne l'avoir pas fait a celle du
_ 24€ avril que m'a remis M. Belanger, architecte, et a la derniere du 9€ avouxt
que m'a remis M. David. Les affaires dont je suis surchargé sonts cause de
mon irregularité ; j'en ay eû une extraordinaire qui m'a donné beaucoup
d'occupation et m'a pris bien du tems, c'est le mariage de ma fille avec M.
Chalgrin, premier architecte et intendant des bâtimens de Monsieur, frère
du Roy (1). C’est une excellente affaire et pour ma fille et pour moy, dont
nous sommes tous tres sattisfaits.
M. Belanger m'a remis un dessein a la quazze de vôtre façon que je trouve
tres bien, bien entendû de perspective ; les bâtimens maritimes tres bien
aussy faits en marin, et la quazze, surtout dans le ciel (chose difficile), faitte
tres legerement et avec beaucoup de goust ; enfin je suis sattisfait on ne
peut plus de ce dessein, ou pour mieux dire tableau, car c'en est un, et vous
ettes un habille homme ou je m'y connois pas. Je suis flatté on ne peut pas
plus que vous desiriez avoir quelque chose de moy ; je le fairay au premier
instant de loisir que j'auray. Je suis occupé attuellement a quatre grands
tableaux pour lesquels on me presse beaucoup ; je vient d'en envover un
assez grand a Milord Shelburne pour pendent a un que je luy ay fait il v a
plus d’un an, je vous prie de le voir et de vouloir bien m'en dire bien since-
rement votre avis. M. Belanger m a remis aussy deux desseins de cheveaux
faits par M. votre fils ; c'est marquer beaucoup de talents d’en faire autant
a son age et on peut dire qu'il chasse de race, puisque vous en avez beaucoup.
C'est (sic) deux petits desseins envoyez par M. votre fils au mien luy onts
fait grand plaisir ; il les a trouvé fort bien et se propose d'en envoyer des
siens a M. votre fils, ce qu'il auroit deja fait depuis longtems s'il n’avoit été
1. Marguerite-Fimilie-Pulchérie, fille de Joseph Vernet, née le 20 juillet 1760,
épousa en 1776 Jean-François-Thérèése Chalgrin, de vingt-et-un ans plus agé
qu'elle, à qui elle apporta 40.000 livres de dot. Chalgrin avait eu le prix de Rome
en 1758 et était depuis 1770 membre de l'Académie royale date In-
tendant des batiments du comte de Provence, 1l construisit l’église Saint-Phi-
lippe-du-Roule, restaura les tours de l'église Saint-Sulpice, l'hôtel de la Vrillière,
ete. Chalgrin et sa femme énmigrérent en Belgique au début dela Révolution. Enu-
lieVernet, étant revenue pour assister au mariage de Madame Filleul, fut arrètée et
le peintre Louis David, malgré les sollicitations dont il fut l’objet, refusa d'in-
tervenir en sa faveur. Elle fut guillotinée le 6 thermidor an II. Son mari fut nom-
mé membre de l’Institut en 1790, restaura le palais du Luxembourg, dirigea
l'exécution de l'Arc-de-triomphe de l'Étoile commencé en 1800 et mourut à Pa-
ris le 20 janvier 1811.
LE ———————_—_—_——_————…— mr me ot pme mu
DE JOSEPH VERNET | 17
malade ; il est encore convalessent, et dès qu'il sera en etat de faire quelque
chose, il s'en occupera.
J'ay ouis dire mille biens de vous, Monsieur, a tous egards ; je suis bien
flatté d'avoir fait vôtre connoissance, que je cultiveray du mieux qu'il me
sera possible ; nous avons d'ailleurs plusieurs titres a nous lier : même patrie,
même profession, meme genre (et je me flatte) meme façon de panser. |
Si je puis etre assez heureux que de vous etre bon a quelque chose dans
ce pays-Cy, je vous prie de vous addresser a moy avec la confiance que je
voudrois vous inspirer, Car je souhaiterois avoir des occations ou je püt vous
faire connoître et le cas que je fais de votre personne, de vos talents, et du
sincere attachement avec lequel j'ay l'honneur d'etre, Monsieur,
Votre tres humble et tres obeissant serviteur.
VERNET.
À Paris le 19° S'e 1776.
Je vous prie d’embrasser bien M: votre fils et de ma part et de celle de
mon fils et luy dire que je luy conseille de profitter et de son age pour ettudier
et des tallents que la Providence luy a donné.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, peintre françois, Warwick Street,
Golden Square, Veste Foluim, a Londres (1).
III. — A DOMINIQUE SERRES. — 1779, 9-11 Septembre.
Original : Tbidem, fol. 8 et 11.
C'est bien avec grand plaisir, Monsieur et cher compatriotte, que j'ay
reçû par votre amy M. David la lettre que vous m'avez fait l'honneur de
m'ecrire le 26® juillet dernier et le petit essay de gravure que je trouve fort
bien. Je voudrez cependant que les ombres des voiles fussent moins fortes
et moins dures, mais ce n'est qu'un essay. Je suis bien d'avis que vous gra-
viez toutte sorte de batiments maritimes ; cela vous faira honneur et proffit ;
j y suscrit d'avance. J'ai double interest a la chose, l’un parce que ce sera
bien, l’autre parce que ce sera de vous, de qui je fais le plus grand cas.
J'ay reçü il y a quelques jours une lettre de M. Gabriel Mathias, qui m'a
été remise par M. Back, compositeur de musique (2) ; il me parle de vous
avec beaucoup d'eloge, et cela confirme l'opinion que j'en avais deja.
1. Cette lettre a conservé le cachet en cire rouge qui la fermait, et qui pré-
sente l'empreinte d'une intaille paraissant antique, le buste d'un empereur lauré.
2. C'est ou bien Charles-Philippe-Fmmanuel Bach, le deuxième fils du grand
Jean-Sébastien (1714-1788), ou bien Jean-Christophe-Frédéric, autre fils du
méme (1732-1795), ou bien encore Jean-Chrétien, onzième fils du même, musi-
cien de la reine d'Angleterre et maitre de sa chapelle (1735-1782).
Sur les relations de Joseph Vernet avec les musiciens de son temps. Cf. Léon
Lagrange, p. 237 ; cet auteur ne parle pas de Bach.
18 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
Nous avons actuellement au Salon du Louvre a nôtre Academie une
exposition de peinture et de sculpture qui dure ordmairement cinqgs a six
semaines. Cette exposition est magnifique cette année, fort abbondante et
des fort belles choses ; il y a dix tableaux de moy, dont deux ont dix pieds
de haut et large a proportion (3). Il y va un grand concour de monde. Cette
exposition ne fait qu'augmenter les affaires dont je suis toujours surchargé,
et ce n’est qu'a la hâte que je puis vous ecrire pour proffitter du depart de
M. David. Vous ettez pere, et cette raison me fait penser que vous serez
bien aise d'apprendre que mon fils, âgé de 19 ans (4), vient de remporter le
seul prix de peinture qu'on a donné cette année (5). Il a lutté d'abord contre
44, puis contre 16 et enfin contre six et lui, 7€, qui onts ettez admis au
concour après touttes les epreuves ou il a toujours été le premier : 1l est plus
jeune de 7 ans que le plus jeune des concurents et de 17 du plus agé, dont
trois onts ettez deja etatier (6) a Rome et trois onts gagnez des seconds prix.
Il faut notter que c'est le premier tableau qu'il a fait en sa vie, et de 70 acade-
miciens que nous ettions au jugement, il a eû 67 voix en sa faveur. Le public
auquel ces prix sonts exposez d'avance pendant huîts jours avant qu on les
juge, en avoit porté le meme jugement. Je pense que cela vous faira plaisir.
On m'a deja interrompü vingts fois en ecrivant cette lettre que je ne puis
differer, puisqu'on a dit chez moy que M. David ettoit venü hier dire qui
partoit demain, et c'est avec precipitation que j'ecris.
J'eusse voulüt vous envoyer par M. David quelque chose de moy et de
mon fils (1) ; pour moy je n’ay rien, mais ou le diable y sera ou incessamment
je vous fairay quelque chose, que je trouveray bien le moyen de vous faire
parvenir. Mon fils n'a que des crocquis qu'il ne veut pas qu'on vous envove,
parce que il veut envoyer quelque chose de plus arretté, et voila comme on
ne fait pas ce que l’on veut. Je ne m'attendoit pas d’ailleurs que M. David
1. Le livret du Salon de 1770, réimprimé par Guiffrey, ne signale, p.21et 22,
que huit tableaux de Joseph Vernet sous les n° 36 (deux toiles de 9 pieds 4 pou-
ces de haut sur 7 pieds 8 pouces de large : Matin et Mer calme au clair de lune),
57 et 58 (Chute du Rhin à Schaffouse, 2 toiles), 59(Lerer du soleil avec mer calme
Par temps de brourllard et Pavsage au coucher du soleil. Ces quatre derniers
tableaux de 4 pieds de large sur 2 et demi de haut, appartenaient à M. Girardon
de Marigny) et 60 (deux toiles, Paysage éclairé du soleil couchant et Marine au
clair de lune). |
2. Joseph Vernet oublie ou dissimule l’âge de son fils Carie, qui avait alors
21 ans et non 109.
3. I obtint le deuxième prix (le premier ne fut pas décerné) avec son tableau
Abigaïl aparse la colère de Daïid en lui apportant des présents. Cf. Jules Guiffrey
et J. Barthélemy, Liste des pensionnaires de l'Académie de France à Rome, p. 44.
Charles Blanc, Une famille d'artistes. Les lrois Vernet, p. 53, ainsi que Édouard
de Lelaing, Les Vernet, p. 53, prétend que Carle Vernet avait obtenu son second
prix à l'age de 17 ans, l’année méme où David fut couronné (1774).
4. C'est-à-dire sans doute pensionnaires du Roi ou de l'État.
5. Vernet promet toujours, il le fait dès la première lettre que nous pub'ions,
mais ne s'exécute pas souvent. |
DE JOSEPH VERNET 19
partit si tot, et aujourd’huy je n’ay pas meme cinqs minuttes pour chercher
quelque crocquis de mon fils.
Je vient de fouiller a la hâtte dans des vieux papiers de mon fils et j'ay
vollé au hazard quelques crocquis qu'il a fait a l'age de 14 a 15 ans ; il fait
beaucoup mieux a present, mais je crois que ce que je vous envoye suffira
pour vous faire voir qu'il a du talent. Vous vous appercevrez aussy qu'il
aime les cheveaux (1), il les dessine et les monte bien ; maïs a present il
galoppe dans le genre de l'histoire dans lequel il a gagné le prix. Vous avez
un fils aussy qui fait sans doutte son chemin, auquel j’ay vû des bonnes dispo-
sitions par deux choses de luy que vous m'avez envoyée il y a quelques
années (2) ; je voudrois bien sçavoir s'il fait du progrest, car m 1RiereSent
au pere, je m'interesse aussy au fils.
Je suis obligé de finir ma lettre pour l'envoyer vitte a M. David, car il est
tard. Je finiray sans façons en vous embrassant de tout mon cœur et desirant
toujours [vous] faire connoître les sentiments d'estime et d'amitié a[vec]
lesquels j'ay l'honneur d'etre
Monsieur et cher compatriotte
Votre tres humble et tres obeissant serviteur.
VERNET.
À Paris, ce 9° 7'® 1770.
C'est a l'insçû de mon fils que je vous envoye ces drogues, et 1l me gron-
deroit bien s'il le sçavaoit. Il trouve si movois tout ce qu'il a fait qu'il ne
vouloit pas qu'on montra a personne son tableau qui a renporté le prix et a
pleuré lorsque je n’ay pas voulüt le retirer de l'Academie pour qu'il ne fût
vüû de personne, disant qu'il ettoit trop movais.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, peintre à Londres (3).
Sur un autre feuillet : Vous recevrez cette lettre par la poste, Monsieur et
cher compatriotte, et voicy l'histoire.
M. David, votre amy, passa chez moy mercredy 8® de ce mois, et ne me
trouvant pas, dit a mes domestiques qu'il comptoit partir le vendredy 10°
pour Londres ; je me pressay le jeudy mattin de vous ecrire et de voller a la
hâte quelques crocquis de mon fils pour vous les envoyer. J'ecrivit aussy a
M. David, j'envoyay tout de suitte mon domestique chez lui ; on luy dit qu'il
ettoit partis le matin de bonne heure, mais qu'on pourroit luy faire tennir
ce qu'on voudroit a l'endroit ou il devoit s’ambarquer. Mon domestique
1. On n’a pas besoin de rappeler que Carle Vernet eut toujours une affection
particulière pour les chevaux, qu'il en peignit, lithographia et dessina des quan-
tités.
2. En 1776. Voir les lettres n° I et II.
3. Même cachet que sur la lettre précédente.
.20 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
ettant revenû me dire ça, je vous ecrivit une autre lettre (1) et une autre a
M. David que je joignit aux deux premieres, et je renvoyay tout de suitte,
mais inutilement, car on dit allors que M. David pourroit bien s'embarquer
dès en arrivant a Ostende ou qu’on ne pouvoit pas hazarder de luy rien
envoyer, crainte qu'il ne le reçû pas. Je suis donc contraint de vous envoyer
ma lettre par la poste et d'y joindre cette apostille. Je chercheray quel-
qu'autre occation pour vous envoyer quelque chose de mon fils (2), et (si je
le puis) j'y joindray du mien.
Je vous embrasse toujours de tout mon cœur.
VERNET.
À Paris, ce 11° bre 1770.
Parlez moy un peut de Monsieur votre fils, dittes moy s’il fait des progrès
dans la peinture pour lequel etat je luv ay trouvé du talant.
IV. — À DOMINIQUE SERRES. — 1785, 6 Juillet.
,
Original : Ibidem, fol. 12.
Il y a bien longtemps, Monsieur et cher compatriote, que nous ne nous
somment rien dit. Je puis bien etre longtemps sans vous ecrire, mais non
sans penser a vous. Il va un temps infiny que je desire vous envoyer quelque
bagatelle de ma façon et de celle de mon fils ; les affaires dont je suis toujours.
surchargé m'empechent de faire ce que je voudrois. Mon fils a eu la petite
verole d'une maniere a faire craindre pour sa vie et en a eté malade pendant
siX mois ; Jay eté deux mois sans le quitter d’un instant, ny nuit ny Jour ;
j'en ay eté la duppe, car a mon tour je suis tombé malade presque tout
l'hivers. Tout cela a recullé mes affaires et les a accumulées de façon a ne
sçavoir ou donner de la tête. Mon fils se porte bien à present et moy aussy.
Voicy une affaire dont je veut vous parler, mon cher compatriotte. Il y a
cinqs a six semaines que M. le marechal de Castries (3), ministre de La marine,
1. Elle paraît perdue.
2. Donc, cette fois encore, Vernet n’envoya rien ni de son fils, ni de lui.
3. Charles-Fugene-Gabriel de la Croix, marquis de Castries (1727-1801). Aprés
avoir conquis tous ses grades à l’armée depuis celui de lieutenant jusqu’à celui
de lieutenant général, il avait pris une part glorieuse aux opérations de la guerre
de Sept ans et avait remporté la victoire de Clostercamp (1760). Ministre et se-
crétaire d’État au département de la marine en 1780, 1 avait reçu, le 13 juin
1783, le baton de maréchal de France. Il devait émigrer en 1700 et commander
un corps de l'armée de Condé.
DE JOSEPH VERNET | 21
me demandat de luy procurer quelqu'un de mes elèves, qui, sous ma
direction, put faire des tableaux des faits glorieux a la France concernant
la marine dans cette derniere guerre (1). Je luy dit que je ne connoissois
personne de mes elèves ny autres qui fût capable de cela, et que je ne con-
noissois que vous qui dessina bien les bâtiments maritimes et entendissiez
bien ce qui concerne la marine. 11 me dit qu'il avoit de vos dessins, que son
fils (2) luy en avoit porté en revennant de Londres ; mais qu’on voulloit des
tableaux a l'huile qu'on fairoit graver après, et qu’on voulloit me charger
de diriger tout cela. ;
Après quoy, M. le marechal de Castries me demandat si je ne nie
pas faire moy meme les tableaux en question. Je luy dit que non, que je
n'aimois pas la servitude et la contrainte, que j'aimois a etre libre dans les
tableaux que je faisois et que ceux de cette nature etoient trop assujetissants
pour que je voullüt les entrepprendre.
Je pense, mon cher compatriotte, qu’on vous ecrira pour cela et qu’on
vous proposera de faire les tableaux en question et sans doute de vennir les
faire icy. Je souhaitterois que la chose püût s’arrenger a vôtre convenance et
que cela me procura la sattisfaction de vous voir icy ; mais, si cela a lieu,
faittes bien votre marché, faittes vous bien payer, et surtout qu’on vous
payera exactement a chaques tableaux, car l'argent de la Cour est souvent
bien des années a vennir et 1l faut le mandier : j'en sçay quelque chose. Je
vous previent que tout est cher icv et qu’il en coutte beaucoup pour s'y
entretennir.
L'interest que je prend a ce qui vous concerne m'a engagé a vous prennir
(sic) sur tout ce que je vient de vous dire.
Donnez moy de vos nouvelles et croyez moy avec un bien sincere atta-
Chement, Monsieur et cher confrere, votre tres humble et tres ShERCre
serviteur.
VERNET.
Ecrit a la hate a Paris, 6€ juillet 1785.
Adresse : A Monsieur, Monsieur Serres [Vernet avait écrit : Warwick
Street, Golden Square, Veste Folaim, a Londres, maïs cette adresse, sauf les
deux derniers mots, a élé biffée et remplacée ainsi par un employé de la poste:]
In Tyeborn Tumpike.
. La guerre pour l'indépendance des États-Unis, commencée en 1778 et ter-
Ho en mars 1783, par le traité de Versailles.
2. Armand-Charles-Augustin de la Croix, qui fut après la mort de son père
marquis, puis en 1814 duc de Castries (17306- 1842). Il avait pris part à la guerre
d idépendence des États-Unis d'Amérique, s'était distingué au siège de Vork-
town en 1781, et était revenu en France avec le grade de brigadier de cavalerie.
22 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
V. — AU MÊME. — 1785, 4 Août.
Original : Ibidem, fol. 1x4.
_ À Paris, 4° aoust 1785.
Il y a quelques jours, Monsieur et cher compatriote, ‘que M. Desforges
m a remis vôtre lettre du 21 juillet dernier et m'a porté aussy le petit tableau
que vous luy avez donné. J'ay eû la sattisfaction de causer beaucoup avec
luy sur votre compte ; il paroit étre fort de vos amis ; tout ce qu’il m'a dit
de vous m'a fait grand plaisir, ecepté l’histoire entres M. le marechal de
Castries. et vous, car independamment de ce que vous m'en avez ecrit, M.
Desforges, qui paroit etre bien au fait, y a ajoutté ce que vous n'avez bee
eu le temps de me dire.
_Je trouve effectivement comme vous que la conduitte du ministre de la
marine et celle de ceux qui onts agis pour luy a votre egard n’est pas bien. :
Je vous ay deja dit que la premiere fois que M. de Castries me fit apeller
pour me parler du projet qu'il avoit de faire peindre tous les faits glorieux
a la France de cette derniere guerre, je Vous proposay pour les executter, a
quoy il paroissoit n’y etre pas porté ; il me fit voir allors quelques dessins
de vous a l'aquarelle et a l'ancre de la Chine, mais il ne me montra pas des
tableaux. Cette affaire est encore en l'air et indecise. La derniere idée qu'on
a eüe est de les faire faire a mon fils, qui non seullement peint l’histoire
mais le païsage, les animeaux et tous les genres auxquels il veut s’adonner,
car je peut dire qu’il est né peintre. On pense donc qu'en luy faisant faire
quelques etudes concernant la marine, et conduit par moy, il pourroit
executter ces tableaux sous ma direction. Allors, j'ay mis par ecrit les condi-
tions pour que mon fils entrepprit les tableaux en question et je vay vous
en faire part, pour que cela vous serve de regle, suposé qu'on revienne a vous,
pour que vous puissiez vous regler en consequence. |
J'ay dit que je composerois ces tableaux, les ebaucherois pour donner le
ton de couleur, et après cela j'aurois l’œuil sur l’execution qu'en fairoit mon
fils ; mais, pour que mon fils et moy pussions entrepprendre cette besoigne,
il faudroit que la chose en vallût la peine ; il faudroit qu'il y eût une vintainne
de tableaux ; et s'ils étoient de cinqs a six pieds, il faudroit qu'on les paya
cinqs a six mille livres chaques ; sans quoy ce ne seroit pas la peine d’entre-
preridre cet ouvrage.
Je vois, mon cher compatriotte, par ce que vous me dittes dans vôtre
lettre, que vous avez trop peut demandé et que vous vous trompez tres fort
dans vos conventions dont vous pourriez etre la duppe. Vous ne connoissez
pas Paris, combien il y fait cher vivre et combien on y dépence malgré toutte
=
DE JOSEPH VERNET 23
l'economie qu'on peut avoir. Six mille livres de pension vous obligeant de
faire quatres tableaux par an de moyenne grandeur ou six plus petits, vous
mengeriez ou depenseriez pendant le temps que vous les fairiez bien au dela
de six mille livres. Je crois devoir vous donner cet avis en amy et pour le
bien que je vous veut. Ainssy, si on revient a vous, faittes bien votre marché,
pour que vous puissiez y trouver votre compte. Je souhaitterois fort que
cela s'arrengea avec vous, puisque cela me procureroit la sattisfaction de
vous voir icy. Il faut aussy que vous sçachiez qu'on attand l'argeant de la
Cour pendant plusieurs années. Tous les degoust que j'ay eû la dessus,
m'onts faits renoncer a continuer la suitte des ports de France (1), quon
auroit bien desiré que je continua ; et ay renoncé aussy a tous les autres
ouvrages qu'on voulloit que je fit pour le Roy (2). Je vous diray meme que
quoi que on accordat ce que je demande, je ne me soussie guere de cette
besoigne, prevoyant touttes les choses desagreables qu’on peut eprouver,
entre autres les observations des officiers qui se sonts trouver aux faits
qu’on representeroit, qui demanderoient des arrangements impratiquables
en peinture et où chaqu’un voudroit paroître, etc. Et moy j'aime ma liberté
soit en peinture, soit autrement.
Il y a bien 15 jours que j'ay donné l’ecrit en question et n'ay aucune
reponse jusques a present ; je ne sçay quel party on prendra et a quoy on
se determinera.
Le petit tableau de vous que vous avez donné a M. Desforges est trop
petit pour que je puisse juger de votre sçavoir faire.
Mon fils me charge de vous dire bien des choses de sa part ; et moy, sans
autres façons, je vous embrasse de tout mon cœur et ay l'honneur (sc).
Votre tres humble serviteur
VERNET.
P-S. — Bien des choses affectueuses de la part de mon fils et de la mienne
a M. Henard ; vous nous avez fait plaisir de nous donner de ses nouvelles.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, peintre du Roy, St Georges Rou,
Oxford Turnpille. À Londres.
1. Le dernier tableau des Ports de France, lue du port de Dieppe (n° 954 du
Musée du Louvre),est daté de 1763. Il a été payé 6.200 livres au mois de dècem-
bre de la même année : F1. Ingersoll-Smouse, t. II, p. 10, n° 817.
2. Les derniers ouvrages que JosephVernet semble avoir faits pour le Roi sont
les quatte tableaux des Quafre parties du jour, qu'il ReIEn en1765 pour la biblio-
thèque du château de Choisy : ils furent achevés de payer au début de janvier
1776: F1. Ingersoll-Smouse, t. II, p. 10, n° 827-830. Il exécuta encore, de 1771
4 1773, cinq tableaux conunandés par la comtesse Dubarry pout Louveciennes,
qui lui furent payés presque comptant : /dem, n° 934, 945, 952, 962 et 963.
24 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
VI. — AU MÊME. — Début de septembre 1785.
Original : Ibidem, fol. 18.
Vernet, en revennant chez luy (1) ce matin a midy et demy a, trouvé une
carte qui luy apprend que Monsieur Serres est a Paris. On luy a dit qui
ettoit allé au Sallon de l’exposition des tableaux (2). Vernet y est retourné
tout de suitte, car il en vennoit, pour voir si a l'odeur (3) il pourroïit v de-
couvrir Monsieur Serres ; il y a passé une heure a cette recherche, mais en
vain. Comme il est fort empressé de le voir, il demande s’il le trouveroit a
l’hôtel ou il loge, demain, vers les neufs heures du matin. Il ne faudroit pas
qu'il voullut vennir luy meme chez M. Vernet, car il ne le trouveroit pas.
Il faut cependant qu'il ne se gêne pas de rester chez luy, c’est a dire M. Serres,
suposé qu'il eut a faire ailleurs a cette heure la ; et s’il a affaire, il est prié
de le faire sçavoir a Vernet avant neufs heures du matin.
Son addresse est aux Galleries du Louvre.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, peintre, rüe de Grenelle, a l'hôtel
de l'Empereur.
VIL. — AU MÊME. — 1785, 5 septembre.
Original : Tbidem, fol. 16.
M. Vernet demande si Messieurs Serres pourroient se rendre chez luy
demain mardy vers midy et demy pour aller ensemble voir l'exposition au
Sallon, et de la vennir diner sans façons chez M. Vernet ou sa fille (4) se
trouvera, desirant connoître Messieurs Serres. Mais je regrette que mon diné
est sans façons, comme il est tous les jours pour les Vernets pere et fils et
ceux qui se contente de cela et n'aime pas la bonne cheres a
Lundy, 5 7Pre 17b5-
Réponce aujourd'hui s. v. p.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, rüe de Grenelle St Honoré, a
l'hôtel de l'Empereur.
La famille Vernet était installée depuis 1763 aux Galeries du Louvre, du
te de Saint-Germain-l’Auxerrois. Voir la lettre de M. de Marigny annonçant
à Joseph Vernet cette faveur, publiée par Édouard de Lalaing, Les Vernet, p. 30.
2. Vernet y exposait un certain nombre de toiles : F1. Ingersoll-Smouse,
n°® 1124,1120, 1133, 1130 Ct 1140, dont une Tempête qui lui avait été commandée
pour le Tsar et qui fut payée 15.000 livres.
3. Joseph Vemmet n'avait donc jamais vu Dominique Serres et n'aurait pu
reconnaitre son visage.
4. Madame Chalgrin.
DE JOSEPH VERNET . 25
VIII — À JOHN-THOMAS SERRES. — 1786, 27 janvier.
Original : Ibidem, fol. 17.
M. Vernet souhaitte bien le bonjour a Monsieur Serres et luy fait sçavoir
qu'il ne pourra ny aujourd'huy ny demain aller voir le tableau en question
chez M. le marechal de Castries, et que s’il veut se rendre dimanche prochain
chez M. Vernet, a midy et demy, allors ils pourront aller ensemble chez M.
le marechal de Castries.
Vendredy, 27 jan' 1786.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, au caffé des Quatres Nations, rüe
de Grenelle St Honoré.
IX. — AU MÊME. — 1786, 7 février.
Original : Tbidem, fol. 10.
Des affaires tres importantes empechent M. Vernet de se rendre ce matin
€hez M. le marechal de Castries ; il en est bien faché, puisque cela pourroit
etre agréable a Monsieur Serres. M. Vernet sera fort occupé toutte la journée
d'aujourd'huy. Il sera tousjours disposé a faire tout ce qui dependra de luy
pour ce qui peut etre avantageux a Monsieur Serres et a sa famille qu'il
ame bien.
Mardy, 7 fe" 1786.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, rüe de Grenelle St Honoré, au
caffé des Quatres Nations, a Paris.
X. — À DOMINIQUE SERRES. — 1786, 28 novembre.
Original : Tbidem, fol. 20.
Il y a bien longtems, Monsieur et cher compatriotte, que je n’ay eù de vos
nouvelles et de celles de vôtre chere famille ; j'en suis inquiet pour l'interest
que je prand a tout ce qui vous concerne. Donnez m'en donc le plus tôt que
vous le pourrez. |
M'imaginant que vous serez bien aise d’avoir des miennes et de celles de
ma famille, je vous diray et moy et les miens nous portons a merveille
Vous ne sçavez peut etre pas a quoy on c'est determiné au sujet des ta-
bleaux de marine concernant la derniere guerre, vous en serez sans doutte
ettonné. |
Vous sçavez qu'on me les proposat d’abord a moy et que je m'y reffusay.
Vous sçavez que je parlay de vous pour l'execution desdits tableaux comme
le meilleur peintre en marine que je connusse ; on vous a fait essaver et on
n a pas continüé avec vous. Je proposay allors de les faire executter par mon
fils en luy faisant faire d’abord des ettudes concernant la marine et prendre
Connoissance de la forme,construction et gréements des batiments maritime ;
après quoy j'aurois composé et ebauché les tableaux et mon fils les auroit
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f'arrient var à Mentr. Gé dite jé purs le NV Pomernt Die nc. Je
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n'av pius ve cet officier derysis et re <çay pas CŒ Qui se passe a œ su'et : ais
je pense qu'on ne le faire pas continuer. a moins qu 01 velle des tab'eaux
faits comme des esta. pes enlurirée.
Donnez moy donc de vos nouvelles le plus t0* possible, aïnssv que de cles
de vôtre chere farmile, et crovez moy toujours avec un sincære attacherient,
Monsieur et cher cmpatriotte,votre tres humbh'e et tres obeissant serviteur.
; VERNET.
À Paris, 25€ qbre 17%),
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, peintre du Roy, St Georces Rou,
Oxford Turnpille, a Londres (11.
1. La recueil qui contient les lettres de Vernet a conservé, au fol. 22, la minute
de Ja réponse de Dominique Serres : « A Londres. le 25° de decembre 1756. Mon-
sieur et cher compatriote. J'ay reçu avec plaisir votre lettre du mois dernier.
Je vous suis bien obligé pour ta part que vous prenés a ce qui regarde ma fannille.
Je vous diray donc que nous nous portons tous bien, Dieu mercy, et suis charmé
d'entendre que vous et les votres jouissent d'une parfaite santé, et Dieu veuille
vous Ja conserver. Pour ce qui concerne les tableaux de batailles de la derniere
Huerre, Vous pouvés etre assuré que je n'ai rien oublié a ce sujet et que je suis
tres tranquille Ja dessus. Vous me dites que vous avés proposé de les faire exe-
cuter par Votre fils, je ne doute nullement que sous votre inspection 1l s'en tire
a son bontieur, mais Je m'imagine qu'il v rencontrera bien des difficultés, comme
vous ie l'aviés marqué cy devant dans une de vos lettres. Vous m'apprenés
que Von à cmploié un officier de marine, qu'il a fait un tableau que vous avés
vuet que Vous ne voulé m'en rien dire parce que vous n’en etes pas satisfait.
Je ne fs pa Comprendre comme ce Monsieur, qui apparemment n'a guere
point dis Sa Vie, pouvait s'attendre a autre chose d’une personne consotnniee
dans la theorie et la pratique de cet art comme vous l’etes. I1y a presqu'un
(sc) que Mon fils Vous remit ma lettre quant il porta le tableau a Paris, en vous
priant de l'aller voir. Je vous ay dit que je me soumetais a votre jugement et
j'en PRESS A Votre candeur:; je comptais que vous m'auriés fait le plaisir
de fi'en dire quelque chose : ainsi, puisque vous ne m'en avés pas dit un mot, j'ai
ben peur que je suis dans la ineme situation de cet officier. Il y a quelques
DE JOSEPH VERNET 27
XI — AU MÊME. — 1788, 14 avril.
Original : Ibidem, fol. 24.
Il y a bien longtems, Monsieur et cher compatriotte, que nous ne nous
sommes rien dit. J’ay cependant quelquefois de vos nouvelles par des per-
sonnes de vôtre connoissance qui viennent de Londres. Il y a quelques jours
que j'en ay eû par M. Desforges, qui m'a dit avoir reçû dernierement une
lettre de vous et que vous et toutte votre famille etiez en bonne santé, ce
qui me fait grand plaisir. | : |
Le bon acϟil que vous avez fait a touttes les personnes que je vous ay
recommandé, me fait esperer que vous voudrez bien en faire de meme a
Monsieur Rouillé, sous-intendant de Champagne, qui vous remettra cette
lettre, et que vous luy procurerez tous les agréemens qui dependrons de vous.
Je regarderay tout ce que vous fairez pour luy comme fait a moy meme,
puisque je prend le plus vif interest a ce qui le concerne, et J'ajoutteray cette
nouvelle obligation a celles que je vous ay deja.
Je vous prie de voulloir bien dire des choses affectueuses de ma part a
toute vôtre chere famille et de me croire, avec toutte l’amitié et tout l’atta-
chement possible, Monsieur, cher confrere et cher compatriotte, votre tres
humble et tres obeissant serviteur. |
VERNET.
À Paris, 14° avril 1788.
P.-S. — Mon fils le jeune (1), qui a l'honneur d'etre connû de vous, est
marié (2) depuis six a septs mois ; 1l me charge de le rapeller a votre sou-
veanir, ainssy qu'a celuy de M" vos fils.
Adresse perdue.
années que vous me fites l'honneur de m'inviter a aller voir les tableaux que
Tous aviés fait pour mylord Shelburne ; je les vis avec grand plaisir et vous en
is mon sentiment ; ainsi je n’attendais que vous en auriés fait de meme a
Mon égard, et comme je n’ai pas la vanité de me croire infallible, j'aurais eté
tés flatté de quelqu'’une de vos remarques ; mais je n’en diray pas davantage.
Je vous souhaite bonnes fêtes et heureuse nouvelle année à M. Carlo, M. et Ma-
cu Chalgrin, et suis avec le plus sincere attachement, M. et cher compatriote,
otre, etc. ».
1. Carle.
: us Fanny Moreau, fille du dessinateur Moreau le jeune. Cf. Lagrange,
2 9.
26 UNE CORRESPONDANCE INÉDITE
executtez sous mes yeux ; mais comme mon fils auroit dû pour ainssy dire
dû (sic) rennoncer au genre de l’histoire auquel il c’est adonné jusques a
present, il failloit que cette entrepprise en vallût la peinne, qu'il ÿ eût au
moins 25 a 30 tableaux et que mon fils, a la fin de l'ouvrage, eût pût mettre
a part une centaine de mille livres.
Je ne reçü pas de reponce a ce sujet et je n’y pensois plus, lorsque j'appris
qu'on avoit chargé un officier de marine retiré du service, qui, comme ama-
teur, dessine un peut et peint encore moins. Tout le monde a été ettonné de
cela. Cet officier de marine a fait un de ces tableaux, ti m'a prié de le voir.
Je l’ay vü. Je n'aime pas a dire du mal, ainssv je ne vous diray rien sur ce
tableau. Il desira que je luy donna par ecrit une attestation que j avois vü
ce tableau et que j en ettoit sattisfait, pour qu'il pût la montrer au ministre
de la marine. Je luy repondit que, en concience, je ne pouvoit ny dire ny
ecrire que j'ettois content dudit tableau et que le meilleur conseil que je
pusse luy donner etoit d'evitter qu'on me consultat la dessus, parce ques
n'aimant pas a imentir, ce que je pourrois dire luy porteroit prejudice. Je
n'ay plus vüû cet officier depuis et ne sçay pas ce qui se passe a ce sujet ; mais
je pense qu on ne le faira pas continuer, a moins qu'on veüille des tableaux
faits comme des estampes enluminée.
Donnez moy donc de vos nouvelles le plus tôt possible, ainssy que de celles
de vôtre chere famille, et croyez moy toujours avec un sincere attachement,
Monsieur et cher compatriotte,votre tres humble et tres obeissant serviteur.
À | VERNET.
À Paris, 28€ gPre 1786.
Adresse : À Monsieur, Monsieur Serres, peintre du Roy, St Georges Rou,
Oxford Turnpille, a Londres (1).
1. Le recueil qui contient les lettres de Vernet a conservé, au fol. 22, la minute
de la réponse de Dominique Serres : « À Londres, le 25° de decembre 1786. Mon-
sieur et cher compatriote. J'ay reçu avec plaisir votre lettre du mois dernier.
Je vous suis bien obligé pour la part que vous prenés a ce qui regarde ma famille.
Je vous diray donc que nous nous portons tous bien, Dieu mercy, et suis charmé
d'entendre que vous et les votres jouissent d'une parfaite santé, et Dieu veuille
vous la conserver. Pour ce qui concerne les tableaux de batailles de la derniere
guerre, vous pouvés etre assuré que je n'ai rien oublié a ce sujet et que je suis
très tranquille la dessus. Vous me dites que vous avés proposé de les faire exe-
cuter par votre fils ; je ne doute nullement que sous votre inspection il s'en tire
a son honneur : mais Je m'imagine qu'il y rencontrera bien des difficultés, comme
vous me l'aviés marqué cv devant dans une de vos ‘lettres. Vous m’apprenés
que l’on a emploié un offieier de marine, qu'il a fait un tableau que vous avés
vu'et que vous ne voulé m'en rien dire parce que vous n'en etes pas satisfait.
Je ne puis pas comprendre comme ce Monsieur, qui apparemment n’a guère
peint dans sa vie, pouvait s'attendre a autre chose d’une personne consommée
dans la theorie et la pratique de cet art comme vous l’etes. Il y a presqu'un
(s'c) que mon fils vous remit ina lettre quant il porta le tableau a Paris, en vous
priant de l'aller voir. Je vous ay dit que je me soumetais a votre jugement et
m'en rapportés a votre candeur; je comptais que vous m'auriés fait le plaisir
de m'en dire quelque chose : ainsi, puisque vous ne m'en avés pas dit un mot, j'ai
bien peur que je suis dans la ineme situation de cet officier. II y a quelques
DE JOSEPH VERNET 27
XI — AU MÊME. — 1788, 14 avril.
Original : Ibidem, fol. 24.
Il y a bien longtems, Monsieur et cher compatriotte, que nous ne nous
sommes rien dit. J’ay cependant quelquefois de vos nouvelles par des per-
sonnes de vôtre connoissance qui viennent de Londres. Il y a quelques jours
que j'en ay eû par M. Desforges, qui m'a dit avoir reçû dernierement une
lettre de vous et que vous et toutte votre famille etiez en bonne santé, ce
qui me fait grand plaisir. Lu
Le bon acceüil que vous avez fait a touttes les personnes que je vous ay
recommandé, me fait esperer que vous voudrez bien en faire de meme a
Monsieur Rouïillé, sous-intendant de Champagne, qui vous remettra cette
lettre, et que vous luy procurerez tous les agréemens qui dependrons de vous.
Je regarderay tout ce que vous fairez pour luy comme fait a moy meme,
puisque je prend le plus vif interest a ce qui le concerne, et j’ajoutteray cette
nouvelle obligation a celles que je vous ay deja.
Je vous prie de voulloir bien dire des choses affectueuses de ma part a
toute vôtre chere famille et de me croire, avec toutte l’amitié et tout l’atta-
chement possible, Monsieur, cher confrere et cher compatriotte, votre tres
humble et tres obeissant serviteur. |
VERNET.
À Paris, 14° avril 1788.
P.-S. — Mon fils le jeune (1), qui a l'honneur d'etre connû de vous, est
marié (2) depuis six a septs mois ; il me charge de le rapeller a votre sou-
vennir, ainssy qu'a celuy de M'® vos fils.
Adresse perdue.
années que vous me fites l'honneur de m'inviter a aller voir les tableaux que
Vous aviés fait pour mylord Shelburne ; je les vis avec grand plaisir et vous en
$S mOn sentiment ; ainsi je n’attendais que vous en auriés fait de meme a
Mon egard, et comme je n’ai pas la vanité de me croire infallible, j'aurais eté
trés flatté de quelqu’une de vos remarques ; mais je n’en diray pas davantage.
Je vous souhaite bonnes fêtes et heureuse nouvelle année à M. Carlo, M. et Ma-
ame Chalgrin, et suis avec le plus sincere attachement, M. et cher compatriote,
votre, etc. ». |
1. Carle.
. Pa Fanny Moreau, fille du dessinateur Moreau le jeune. Cf. Lagrange,
«209.
Jean Saint-Martin
1840-1926
Les sociétés savantes de province ont la mission, non seulement
d'étudier le passé local dans tous ses vestiges, mais encore de disputer
au Temps inlassable le souvenir des hommes éminents qui disparais-
sent sous nos yeux; et c’est pourquoi L'Académie de Vaucluse a le
devoir de garder la mémoire d’un de nos plus distingués concitoyens qui
nous a été récemment enlevé après une longue carrière, Jean Saint-
Martin. Ne fut-il pas d’ailleurs au nombre de ceux qui, il y a près d’un
demi-siècle, rétablirent notre société, dont il fit longtemps partie ?
Que l’amitié respectueuse par moi portée au défunt dont nous regret-
tons [a mort, mesoit un titre suffisant pour tenter de tracer cet homma-
ge et de dérober à l'oubli l’originale et supérieure personnalité que
nous venons de perdre.
Jean Saint-Martin naquit à Pertuis le 5 mai 1840 ; Pertuis, petite
ville active et riche, où les sentiments démocratiques sont profondé-
ment enracinés. Il put voir autour de lui, encore enfant, les belles
espérances de 1848, la résistance au coup de force du Deux Décembre,
et les persécutions de l’Empire commençant contre les républicains :
il en garda toujours la mémoire. Et, souvenir typique, il me racontait
que, tout jeune, il s’amusait, avec ses petits camarades, à faire des
niches au grand’père de Maurras, dont la famille demeuraïit alors à
Pertuis.
Il poursuivit de bonnes études au Lycée d'Avignon, où, heureuse
promesse que l'avenir devait confirmer, il obtint régulièrement, en
troisième, en seconde, en rhétorique, un prix de narration française
ou de discours français. Bachelier en 1858, il commença ses études de
30 JEAN SAINT-MARTIN
droit à la Faculté d’Aix-en-Provence, puis les termina à Paris. Que
de fois, dans ces conversations familières où brillaient encore sa mémoi-
re exacte et son esprit charmant, ne contait-il pas volontiers ses souve-
nirs de cette époque curieuse et du petit monde républicain à la fin
du Second Empire ! C’est alors qu'il noua de solides amitiés, celles de
Naquet et de Lockroy entre autres, et qu'il pénétra dans les milieux
littéraires où ses talents d'écrivain et de causeur ne tardèrent pas à
lui faire une place remarquée. Il connut et fréquenta Victor Hugo,
Monselet, Alexandre Dumas fils, plus tard Anatole France et Capus ;
il compta au nombre des premiers habitués du salon de Madame de
Caillavet. Saint-Martin fut toujours un grand charmeur. Dès 1864, il
avait publié un volume de vers, Juvenilia, de forme souple, aisée, mais
classique, plein de grâce, de fraicheur et de jeunesse. Le journalisme
l'attira aussi rapidement.
Saint-Martin s'inscrivit ensuite au barreau et plaida avec succès.
La politique le tentait également : le parti républicain le compta tou-
jours au nombre de ses membres les plus convaincus et les plus fermes
dans la lutte contre l'Empire. | |
Vint le Quatre Septembre. Saint-Martin fut appelé par Poujade,
préfet provisoire de Vaucluse, à remplir les fonctions de secrétaire
général de la Préfecture. Le 8 juin 1873, il était élu conseiller général
du canton de Pertuis.
Le 11 février 1877, à Avignon, 1l se présenta çomme républicain
radical à la députation. Il avait deux concurrents, un conservateur, Du
Demaine, et un républicain modéré, Eugène Raspail. Au premier
tour, ballottage : tandis que Du Demaine arrivait en tête, Saint
Martin devançait Eugène Raspail d’une centaine de voix. Il fallait
réaliser l’union des républicains, la victoire était à ce prix. Grâce à
l'appui de François Raspail, l'ancêtre du parti démocratique, qui
soutint le plus avancé, en dépit de sa propre parenté avec l’autre
candidat de gauche, Saint-Martin, demeuré seul républicain dans ia
lice, fut élu le 25 février, il y a tout juste un demi-siècle.
Cette élection fit quelque peu scandale à Paris. La presse de draite
dénonça l’abdication fatale de la République conservatrice, chère au
JEAN SAINT-MARTIN 31
cœur de Monsieur Thiers, entre les mains menaçantes de la Républi-
que radicale. Et c'est ainsi que cette élection partielle d'Avignon ne
fut pas étrangère aux résolutions d’où sortit le Seize Mai. |
Saint-Martin alla siéger à l’Extrême-gauche, auprès de Raspail,
Louis Blanc, Madier-Montjau, Clémenceau. L'heure de la grande lutte
venue, il se rangea naturellement parmi les 363, dont il fut un des
derniers représentants. Deux de ceux-ci, Riotteau au Sénat et Thom-
son à la Chambre, appartiennent encore, après cinquante ans, à nos
Assemblées ; avec quelques autres, Loubet, Fallières, Clémenceau,
Andrieux, Marcellin Pellet, ils forment la petite phalange des survi-
vants de cette époque déjà presque héroïque.
Réélu député de Vaucluse en 1879, après un échec momentané et
l’'invalidation de son concurrent Du Demaine, Saint-Martin le demeura
jusqu’en 1889; il fut comme le chef des républicains du département,
et connut alors les douceurs et les corvées de la popularité ! Puis,
sous l'influence de son intime ami Alfred Naquet, il se rallia au pro-
gramme révisionniste du général Boulanger. L'Histoire impartiale dira
un jour quels sentiments élevés et profondément démocratiques
réunirent les premiers boulangistes, Naquet, Laguerre, Saint-Martin,
Laisant, Francis, Laur ; mais le chef désigné n'était qu’un médiocre, et
les intrigues des partis transformèrent vite en machine de guerre
contre la République ce mouvement d’origine toute républicaine.
Saint-Martin reporta sa candidature dans le département de la
Seine, et fut élu député du XVIIIS arrondissement de Paris, au pre-
mier tour, contre trois concurrents, le 22 septembre 1889. Mais le
boulangisme avorta, et le Suffrage Universel lui tenant quelque rigueur
de son passage dans les rangs boulangistes, 1l échoua aux élections de
1893. Il reprit courageusement sa profession d'avocat. Après avoir
été l'élu du canton de Pertuis au conseil général de Vaucluse de 1873
à 1886, il fut celui du canton de Pernes de 1892 à 1910.
Une dernière faveur du Suffrage Universel lui fit représenter à la
Chambre l'arrondissement de Carpentras de 1906 à 1910.
L'àge de la retraite qui vint alors pour Jean Saint-Martin ne fut
pas celui du repos. Il se consacra plus que Jamais à ses travaux histo-
32 JEAN SAINT-MARTIN
riques et littéraires, qui lui valurent la direction de l’École des Beaux
Arts d'Avignon, puis le poste d’archiviste municipal de notre ville;
il présida également le Syndicat d’Initiative. Il travailla jusqu'à son
dernier jour : la politique ne l’avait pas enrichi. …
Et c’est à cet âge apaisé que je l’ai connu, rapproché de lui par nos
communes recherches d’érudition sur la période révolutionnaire. Que
de longues conversations sur tel ou tel épisode de nos annales ! Quelle
était sa Joie lorsque je lui communiquais un document inédit sur l’un
des personnages auquel il s’intéressait plus particulièrement !
_ Jean Saint-Martin avait beaucoup lu, beaucoup travaillé, il a beau-
coup écrit. Collaborateur recherché de nombreux journaux parisiens,
Le Figaro, entre autres, il a dispersé un peu partout les chroniques, les
contes et les nouvelles sortis de sa plume charmante. Peut-on lire
rien de plus délicieux que le pastiche si réussi, Vierlle lettre non signée,
qu'il me donna en 1924 pour la Nouvelle Revue du Midi de Nimes ?
Pastiche si réussi en effet que beaucoup de lecteurs s’y trompèrent,
Il a fondé et dirigé un journal consacré à l'Enseignement primaire,
l'Ecole laïque. Son Livre des Familles, recueil de pensées et d'extraits,
une de ses dernières productions, montre combien la question de
l'éducation civique le préoccupa toujours.
Il a également donné plusieurs études précieuses d'histoire locale :
une biographie de l'rançois Vincent Raspail, des livres sur le Afaréchal
Brune à Avignon, sur la Fontaine de Vaucluse et ses souvenirs (le
meilleur certes qui ait été consacré à la célèbre Fontaine) ; on lui doit
diverses brochures, sur la Loi des suspects dans Vaucluse, sur Siévès,
et principalement sur l’histoire de la Révolution. Ses études de l’histoi-
re révolutionnaire dans notre pays empruntent une valeur particu-
lière au fait qu'il a été jusqu'ici le seul historien local à faire usage
des sources italiennes : deux missions à Rome, en 1910 et 1911, lui
avaient permis de glaner dans les archives du Vatican beaucoup de
documents inédits et du plus haut intérêt. De tant de matériaux
patiemment et amoureusement réunis, il n’a guère tiré que les biogra-
phies de Pieracchi et de Giovio le dernier Recteur du Comté Venaissin
et le dernier archevêque d'Avignon avant 1791.
QE
JEAN SAINT-MARTIN 33
Il laisse beaucoup de notes manuscrites, plusieurs recueils de contes
et de nouvelles inédites, une biographie de la curieuse Madame de Rus,
prête pour l’impression, des travaux.entamés sur Jourdan et Lescuier,
personnages de notre Révolution, de nouvelles éditions préparées de
la vie de Raspail, de son Maréchal Brune, de sa Fontaine de Vaucluse;
car, jusqu'à son dernier jour, ce travailleur, pourtant si doué, mais
si difficile à lui-même, a repris, perfectionné ses livres, poli son style.
Il faut espérer vivement que tout ce labeur ne sera pas perdu ; que
ces recherches ne seront pas restées vaines et que, en dépit des diffi-
cultés actuelles, tout ce qui est prêt sera imprimé ; comment pourrait-
on mieux garder la mémoire de Jean Saint-Martin ?
Et je l’évoque, mon vieil ami, à peine courbé par l’âge, encore alerte,
souriant, le regard vif et pétillant d'intelligence sous ses longs cheveux
blancs, toujours d’une politesse exquise, le geste précis, élégant ; je
l'entends conter quelque anecdote du temps de sa jeunesse ou quelque
récit d'histoire révolutionnaire. Alors, on se figurait aisément le grand
charmeur qu'il avait été.
Combien avaient eu recours à sa bonté toujours serviable et agissan-
te ? Mais combien s’étaient souvenu ? Jean Saint-Martin avait connu
la popularité, puis, presque, l'oubli...
Il avait conservé une exquise fraîcheur d'esprit et de sentiment que
ses intimes ont pu apprécier jusqu'à sa fin ; car, s’il fut brutalement
enlevé, le 30 décembre 1926, par un transport'au cerveau, à l’affection
de ses amis et de cette compagne tant aimée qui l’a soigné avec le
plus admirable dévouement, son grand âge n’a pas connu les déchéances
physiques qui sont le lot ordinaire des vies prolongées. Cinq jours
avant l’heure dernière, dans sa 87° année, il causait avec moi de ses
travaux en cours et de ses projets, plein de la foi confiante de ceux
qui osent encore parler au futur... Heureux ceux qui gardent l’âme
jeune jusque dans la vieillesse !
Nous l’avons ramené à Pertuis et rendu à sa terre natale, où il est
venu dormir le grand repos après les longs labeurs. En ce beau jour
d'hiver provençal paré des espoirs de l’année nouvelle, le ciel clair et
le soleil brillant attestaient l’éternelle jeunesse du Monde, tandis que
Sen allait celui qui ne reviendra jamais... H. CHOBAUT.
_ L’Exposition
des
Manuscrits à Miniatures
du Musée Calvet
(19 mars - 1° mai 1927)
L'Exposition organisée par le Musée Calvet a eu pour but de faire
connaître au public les principaux manuscrits à miniatures conservés
dans la Bibliothèque de cet établissement.
Depuis près de vingt ans, ces manuscrits, autrefois exposés d’une
façon permanente, ont été retirés des vitrines. Cette mesure, résultat
d'une initiative personnelle, est devenue une règle générale pour toutes
les bibliothèques depuis la circulaire ministérielle du 27 février 1922
qu proscrit les expositions permanentes de manuscrits, d’estampes et
de livres précieux.
« Sans cesse ouverts aux mêmes pages (choisies nécessairement
parmi les plus belles) », dit la circulaire, « ces textes subissent des
détériorations irrémédiables. Les encres s’anémient et s’effacent ; les
miniatures perdent leurs coloris et leur fraîcheur ; les parchemins et
les papiers jaunissent et s’encrassent profondément. Si bien que les
feuillets exposés détonnent bientôt avec le reste du volume, lequel
perd ainsi son unité d'aspect, son harmonie ancienne, sa valeur d’art.
36 L'EXPOSITION DES MANUSCRITS
L'action corrosive de la lumière est telle que, malgré toutes les précau-
tions, elle s'exerce dans les vitrines même recouvertes, en l'absence
des visiteurs, par des cartons, des housses ou des rideaux épais. Contrai-
rement à une idée répandue, les plaques de mica placées sur les pages
exposées n'empêchent pas les dommages que je viens de signaler. Au
surplus les poussières, la réclusion dans des meubles où l'air ne pénètre
jamais engendrent des altérations moins immédiates sans doute, mais
identiques. Et tous les amateurs savent que la couleur des cuirs et
des maroquins exposés change rapidement et que les reliures mainte-
nues ouvertes ne tardent pas à se briser. Sitôt après la consultation,
le livre doit ètre fermé et replacé sur les rayons.
« Tous les bibliographes, tous les bibliophiles sont, à l'heure actuelle,
unanimes à proscrire énergiquement les expositions permanentes. La
sauvegarde intégrale des trésors légués par le passé doit primer toutes
les autres considérations d'agrément, d'esthétique, d'habitude, de
présentations défimtives. Les plus célèbres librairies de l'étranger
se sont astreintes sans exception à cette règle absolue. Et en France,
notre Bibliothèque Nationale prêche un exemple qui doit être partout
obei.
« . Au srstème destructeur des expositions permanentes, on
pourrait substituer avec un singulier profit pour l'instruction de tous,
celui des expositions temporaires d'une durée limitée à deux ou trois
mois. Comme cela se pratique maintenant dans la majorité des grands
dépôts de France, tantôt on montrera au public des spécimens de
manuscrits appartenant aux diverses époques, et tantôt et successi-
vement des incunables, des livres à gravures, des volumes armoriés...
des reliures, des estampes, des portraits, des autographes, des ex-
hbris, etc. etc... Ainsi la curiosité et l'intérêt des érudits et des arti-
sans, des artistes et des écoliers seront toujours tenus en éveil et
toujours satisfaits. Ainsi la bibliothèque usant de la plus intelligente
et de la plus active des propagandes renforcera sa clientèle, jouera
Vralnent son role d'éducation et conservera ses richesses intactes
pour l'avenir ».
Pour entier dans les vues si clairement exprinées et faire connaitre
DU MUSÉE CALVET 37
ses richesses bibliographiques, le Musée Calvet s'est muni récemment
de vitrines nouvelles et modernes lui permettant de montrer ceux de
ses trésors dont la conservation est incompatible avec une exposition.
indéfinie. On a voulu commencer la série de ces présentations tempo-
raires par une des richesses les plus précieuses et les moins connues
de la bibliothèque, les manuscrits à mimatures du 1Xe au XVIe
siècle.
*
+ +
Ces manuscrits proviennent pour la plupart d'anciens trésors
d’églises ou de couvents antérieurs à la Révolution. Les plus nombreux
datent du XIVe siècle, de l’époque pontificale, la plus brillante période
de l’histoire avignonaise, et beaucoup ont été exécutés à Avignon.
Y a-t-il eu une école avignonaise de miniature ayant des qualités
propres aisées à discerner ? La question a été tranchée par l'affirma-
tive. « Au XIXe siècle, dit la Grande encyclopédie au mot Miniature,
se forma dans la ville papale d'Avignon une école de miniaturistes
d'origine italienne, mais qui subit l'influence de l’art français ».
En réalité, parmi les miniaturistes avignonais dont les documents
nous ont découvert l'existence, on trouve un André de Beauvais, un
Bartholot ou Barthélémy de Paris, un Florent du Sable (du diocèse de
Beauvais), un Bernard de Toulouse, un Jean Amiot, et d’autres enco-
re qui ont des noms bien français ; de même au XVe siècle, Guiot
Baletet, l'unique miniaturiste avignonais qui ait signé son œuvre. Un
sul, à la fin du XIVe siècle, Martin Riperii mis en lumière par le Dr.
Pansier, dans son Histoire du livre et de l'imprimerie à Avignon, peut
être considéré comme étant d’origine locale ; son nom latin se traduit
en effet par Ribier. Il y a eu aussi à Avignon des miniaturistes d'ori-
gine ou de formation italienne, et même sous Jean XXII, un Anglais,
Jean Bacon. En somme Avignon a été pour la miniature au XIVe
siècle, ce qu’il sera pour la peinture au XVe siècle, un centre et un
marché d'art où se sont rencontrés des œuvres et des artistes venus
de points très divers. Aussi, dans les manuscrits exécutés à Avignon,
trouve-t-on, soit le style français, soit le style italien, soit l’un des deux
plus ou moins influencé par l’autre, soit tous les deux employés succes-
38 L'EXPOSITION DES MANUSCRITS
sivement sans mélange dans le même ouvrage, mais jamais un style
véritable autochtone, ainsi que l’a montré M. Labande dans son étude
sur les Afintaturistes avignonaïs.
Le catalogue des manuscrits exposés qu’on trouvera ci-après com-
porte 49 numéros seulement (plus les n° 9 bis et 15 bis). On n’a exposé
que les volumes les plus brillamment illustrés, à l’exclusion de ceux
dont la décoration est de minime intérêt, ou en mauvais état. Un de
ces manuscrits est étranger à la Bibliothèque, c’est le n° 11 (G. 10
des Archives départementales) ; un autre le n° 46 est un imprimé de
1520 environ enluminé comme un manuscrit.
Tel qu'il est, ce choix permet de se faire une idée assez exacte de
l'évolution de l’art de la miniature des manuscrits. En tête, un beau
spécimen de la décoration des évangéliaires carolingiens, symboles
évangéliques et portiques de couleurs vives. Puis viennent quelques
manuscrits du XIle et du XIIIe siècles, dans lesquels les initiales sont
ornées avec une grande ingéniosité, soit de filigranes ou de dessins
géométriques, soit de végétaux et d'animaux souvent fantaisistes, soit
de sujets à personnages. La Crucifixion, traitée isolément en tête du
canon de la messe, prend une importance capitale. Le grand drame
chrétien réduit encore aux trois figures du Crucifié, de la Vierge et de
Saint Jean, se dégage peu à peu des conventions bvzantines, ainsi que
de la rigidité romane, et évolue vers le pathétique.
On sait que le rècne de Saint Louis vit en France la transformation
de l’art de la miniature. Les enlununeurs de Paris conquièrent une pré-
éminence à laquelle Dante rendra hommage dans un vers bien souvent
cité. Rompant avec les traditions archaïques, la miniature cherche,
par l'éclat de l'or et des couleurs vives, à reproduire l'effet éblouissant
du vitrail.
Nous n'avons pas de manuscrit du X1lle siècle où tte évolution
s'affirme. Par contre nos manuscrits du NIVe siècle, — de beaucoup
les plus nombreux de notre collection, -— comme je l'ai dit tout-à-l’heu-
re, permettent d'admirer les belles qualités de là miniature française
de cette époque. Les figures sont des silhouettes élévantes et fines au
dessin net, aux contours précis, enlumineces de teintes plates : le réalis-
DU MUSÉE CALVET 39
me apparait dans l’imitation des armures et des costumes, des animaux
et des végétaux. Les tonalités sont plus claires, plus délicates. Grande
est l’importance des encadrements formés de tiges minces munies de
feuilles à pointes effilées, tantôt s’allongeant dans la marge, tantôt for-
mant une haie épaisse, souvent mêlées d'animaux ou de scènes de genre.
A côté de ces manuscrits français, les manuscrits italiens de la même
époque forment un contraste saisissant. Rien de cette variété qui fait
le charme des œuvres nées de l'influence parisienne, plus de couleurs
vives, plus de délicats feuillages ponctués d’or. L’ornement italien du
XIVe siècle, initiales et bordures, garde un aspect uniforme, avec des
rinceaux larges, des feuillages lourds, des tonalités assourdies où do-
minent les roses et les bleus. Mais les miniaturistes italiens excellent
déjà dans le portrait, comme le montre le fameux Missel du pape
Urbain V (Ms. 136).
Les manuscrits du Musée Calvet datant du XVe et du XVIe siècle
sont moins nombreux et d’une qualité un peu inférieure à celle des ma-
nuscrits du XIVe siècle. On peut néanmoins saisir les principales ca-
ractéristiques de la miniature au XVe siècle. La plupart des livres illus-
trés sont des livres d’heures. L'évolution est franchement réaliste, les
fonds d’or sont remplacés par des paysages. Les grandes miniatures
indépendantes de l’initiale deviennent très nombreuses et sont de vrais
petits tableaux. Les initiales aussi sont très historiées. Enfin les bor-
dures prennent un grand développement et forment un véritable fouil-
lis de rameaux et de feuilles rehaussées d’or. En même temps, pour
faire contraste à ces pages éclatantes de couleurs et de dorures, appa-
trait la miniature monochrome, camaïeux et grisailles, dont le Musée
Calvet conserve un curieux exemple local (Ms. 2.595).
À partir de la diffusion de l'imprimerie et du livre à gravures au
XVIe siècle, la miniature connaît la décadence. Pendant quelque temps,
on enlumine, non seulement les manuscrits, mais encore des livres im-
primés, notamment des livres d'heures, œuvres de praticiens plutôt
que d'artistes. Puis l’enluminure perd peu à peu son caractère d’illus-
tration pour devenir une véritable peinture et abandonne ainsi ses
meilleures qualités décoratives.
40 L'EXPOSITION DES MANUSCRITS
BIBLIOGRAPHIE
Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France.
Départements, t. XXVII-XXIX. Avignon, en 4 vol. (par L..-H. La-
bande).—ILabande (L..-H.). Les Miniaturistes avignonaïs et leurs œuvres,
. dans la Gazette des Beaux-Arts, 1907, tome 1er, p. 213-240, 289-305.—
Leroquais (Abbé V.). Les Sacramentaires et les missels manuscrits des
Bibliothèques publiques de France. Paris, 1924, 3 vol. grand in-4°, et
1 vol. de planches. — Pansier (Dr P.). Histoire du livre et de l’impri-
merie à Avignon du XIVe au XVIe siècle. Avignon, 1922, 3 vol. in-8°,
avec planches.
I. MANUSCRITS DU IXe AU XIlles.
A. IXe siècle.
I. — Ms. 22. — Evangéliaire des Bénédictins de Saint-André de Ville-
neuve.
Fol. 25 v°. Quatre médaillons accolés contenant chacun un des symboles
évangéliques ; croix dorée au milieu des médaillons. — Fol. 26-31 v°. Por-
tiques encadrant les canons de concordance des évangiles. — Fol. 32 vo.
Miniature représentant Saint Mathieu.
B. XITe siecle.
2. — Ms. 178. — Sacramentaire à l’usage d’une abbaye du diocèse de
Narbonne (légué par Mme de Taulignan, 1858). XIIe siècle avec additions
du XIlIle.
Quelques initiales ornées vermillon, carmin, azur, vert et Jaune ; à remar-
quer celle du fol. 6, du XIle s.
3. — Ms. 593. — Sermons et traités théologiques, XIe siècle (Célestins
d'Avignon).
Jusqu'au fol. 46, l’initiale du premier sermon de chaque fète est ornée
d'une petite miniature avec personnages représentant le plus souvent une
scène inspirée du texte.
4. — Ms. 9. — Psautier provenant de la Chartreuse de Villeneuve.
Fol. 75. Lettre ornée et encadrement filigrané. Dans le calendrier en tête
du volume, médiocres dessins coloriés représentant les signes du zodiaque.
C. XIIIe siecle.
5. — Ms. 176. — Sacramentaire de N.-D. des Doms, commencement du
XIIIe s.
Fol. 8 v°, magnifique initiale ornée d'entrelacs. — Fol. 9, grande minia-
ture représentant le Christ en croix entre la Vierge et Saint Jean ; au som-
DU MUSÉE CALVET 4L
met, le Soleil et la Lune ; fond outremer avec une bande d’or en forme de T
encadrant la croix (Reproduction, dans Labande, Miniaturistes, p. 231).
6. — Ms. 139. — Missel cistercien de provenance inconnue, début du
XIIIe s.
Fol. 8o et 81, belles initiales ornées sur fond or et azur ou carmin.
7. — Ms. 137. — Missel cistercien, rer quart du XIIles.
Fol. 93, miniature à demi page, la Crucifixion.
8. — Ms. 143. — Sacramentaire de Caromb, fin du XIlle s.
Nombreuses initiales filigranées en vermillon, outremer et vert ; c'est un
spécimen remarquable de la calligraphie de cette époque.
9. — Ms. 1.019. — Recueil de traités de médecine, fin du XIIIe s.
Initiales décorées de petites scènes représentant soit le médecin ensei-
gnant en chaire ou donnant des consultations, soit des malades prenant des
temèdes. Ces miniatures de petites dimensions sont de dessin fin et précis ;
le fond d’or est très en relief.
9 bis. — Ms. 1.355. — Recueil de vies de saints, provenant des Domini-
cains d'Avignon. Fin du XIlle s.
Fol. I. Encadrement de pages avec grotesques. Dans l'initiale 1, figure
de saint. — Fol. 5 v°et 6. Initiales miniaturées avec figures de saints béné-
dictins et ornements mêlés de grotesques se prolongeant dans les marges.
II. MANUSCRITS DU XIVe SIÈCLE
DE STYLE FRANÇAIS
À. Manuscrits Avignonaïs.
10. — Ms. 24. — Evangéliaire de N.-D. des Doms exécuté peut-être à
Avignon, au temps de Jean XXII.
Fol. I. Initiale I décorée des quatre symboles évangéliques superposés.
Encadrement de page avec oiseau, ange jouant de la cithare et figures gro-
tesques (singe et centaure musiciens). — Fol. 139. Initiale avec représen-
tation de la naissance de Saint Jean-Baptiste.
11. — Archives départementales de Vaucluse, G 10. — Terrier de l'évêché
d'Avignon, XIVe siècle.
Miniature représentant l'évêque d'Avignon, Anglie Grimoard, frère du
pape Urbain V, offrant le terrier de l'évêché à la Vierge ; les personnages se
détachent sur un fond rouge recouvert de filigranes d'or. Œuvre de Bernard
de Toulouse, miniaturiste fixé à Avignon au milieu du XIVe siècle, et qui
a eu pour collaboratrice une femme nommée Marie. (Reproductions dans
Labande, Miniaturistes, p. 237, et dans Pansier, t. Ier, p. 22, planche en
Couleurs).
12. — Ms. 133. — Missel romain provenant d'Avignon. Seconde moitié
du XIVe siècle.
Fol. 133. Grande miniature représentant la Crucifixion ; aux pieds du
42 - _ L'EXPOSITION DES MANUSCRITS
Christ, un cardinal agenouillé (Reproductions dans Labande, Miniaturistes,
p. 2539, et dans Leroquais, pl. LXI). — Au-dessous, dans la lettre initial,
le mème cardinal célébrant la messe. — Cette décoration est attribuée à
Bernard de Toulouse, à cause de sa ressemblance avec celle du G 10 des Ar-
chives départementales ; le dessin des figures, les fonds rouges et filigranés
d or, les bordures offrent de grandes similitudes.
13. — Ms. 557. — Vie du Christ par Ludotphe le Chartreux, manuscrit
exécuté à Avignon et provenant des Célestins de Gentilly, XIVes. Tome 1er.
Fol. 1. Encadrement de page de stvle français, avec bande médiane de
stvle italien. Dans l'initiale F, le Christ de Majesté, d'une remarquable exé
cution. {Reproduction dans Labande, p. 2$o).
14. — Ms. 1.348. — Recueil de traités historiques, provenant de la Char-
treuse de Bonpas, XIVe siècle.
I contient de belles initiales caïligraphiées et des dessins, dont l'un très
curieux (fol. à0 V0) représente le pape Urbain V en barque avec deux cardi-
naux, en route pour Rome, avec la légende : « Intereunt », qui exprime les
regrets des Avimonais abandonnés par le pontife (Reproduction dans La-
bande, p. 240).
15. — Ms. 221. — Livre d'oftices des Cé’estins d'Avignon. Œuvre pro-
babement avignonaise.
Initiiies Miniaturées, initiales fiigranées, initiales dessinées en brun et
Jaune représentant des figures gTotesques.
15 Dis. — MS. 28. — Oro efisoariom aux armes du cardinal Faydit d’Ai-
trefeutlle, évèque d'Avignon, provenant de N.-D. des Doms. Seconde moitié
du XIVe s.
FOl. LE Initiale nuniaturée {S. Pierre et S. Pau!i et encadrement de page
AVEC AUNoiles du catdinal.
10, MS 2 Kg - Statuts d'Avignon wnië et enluminés de 1377 à
1383 par Marin Ripetit, religieux du œuvert des Augustins d'Avignon.
Lex Requien.
Quelques mitiales mitiatuiees (Reproduction dans Pansier, t. Ier. P- 34,
planche en conlents).
17.- MS 727: Constitutions des Célestins. fin du XIVe s.
Eu tête, nntiatuie tepusentant S Pierre Cecestin, quittant le trône et
les atnements PATTICAUX pont reptendre la Tot% Le moine. «Reproduction
dans Labande, Ze Concent des Coestins P'Arscece dans L'Art. 1903. p. 591).
eue natiale EH mate,
* , PR \ + EC J x ss
À Minnie de Mocassins
1 Mit Lui d'heures ave les IRitTes, du comimencenient
au Xe aècle, piovenant pobaliement du Grace à Arras. Acquis.
D pren ANNE dont ptesque toutes les pages sont décorés de
pantatutes Ut fottl at ou ur tnt quadrille ou tmancé : la plupart des
DU MUSÉE CALVET 43
scènes donnent la suite de la vie du Christ. Quelques pages ont des bordures
avec sujets variés, anges musiciens, oiseaux, combattants, etc.
19. — Ms. 659. — Décret de Gratien, beau manuscrit du commencement
du XIVe siècle, donné en 1538 aux Célestins d'Avignon par Madeleine Lar-
tessuti, marquise de Porcelet.
Fol. 1 v°., armoiries de la donatrice, XVIe s. — Fol. 2, omementation
du commencement du XIVe s. Encadrement du texte avec bande médiane
formée de médaillons superposés. Au commencement du texte, deux gran-
des miniatures figurant, l’une un docteur en chaïre, enseignant à des clercs,
l’autre un roi assis sur un trône à qui un personnage présente un manuscrit
et un autre un placet. Dans l’initiale, combat d'un Maure à cheval et d'un:
chrétien à pied. Au bas du feuillet, miniature formant deux scènes coupées
par les armoiries de Madeleine Lartessuti. — De nombreuses miniatures
d'une admirable conservation figurent dans le corps du manuscrit.
20. — Ms. 1903. — Livre d'heures provenant d'un couvent de Valréas.
XIVe siècle.
Encadrements de pages.
21. — Ms. 207.— Livre d'heures du bienheureux Pierre de Luxembourg,
XIVe siècle.
Fol. 8. Miniature représentant Pierre de Luxembourg à genoux aux pieds
de la Vierge ; derrière lui, son chapelain portant le chapeau de cardinal. En-
cadrement de page avec armoiries du bienheureux en haut et en bas. — Fol.
16 v°. Autre miniature représentant l’Annonciation et Pierre de Luxem-
bourg agenouillé à gauche.
22. — Ms. 26. — Evangéliaire romain provenant de N.-D. des Doms,
fin du XIVe siècle.
En tête, miniature représentant le Christ de Majesté entouré des symbo-
les des quatre évangélistes. Encadrement de page avec armoiries d'un car-
dinal.
III. MANUSCRITS DU XIVe SIÈCLE
DE STYLE ITALIEN
4. Manuscrits Avignonais.
23. — Ms. 203. — Ordo romanus, pontifical noté de la chapelle papale
donné par le pape Jean XXII à N.-D. des Doms, XIVe siècle.
La rère initiale renferme le Christ bénissant ; la 2e représente un évéque
imposant la tonsure à un clerc. Dans le corps du manuscrit, un certain nom-
bre d’initiales miniaturées représentent aussi des cérémonies (Repro-
ductions dans Labande, Miniaturistes, p. 233).
24. — Ms. 23.— Evangéliaire romain, datant de l'époque de Jean XXII.
Initiales miniaturées, la plupart avec rinceaux, animaux chimériques,
fleurons, etc.Celles des fol. 132, 139, 140 v° et 162 sont décorées assez curieu-
Sement d’anges portant des instruments de musique.M. Labande a reconnu,
44 L'EXPOSITION DES MANUSCRITS
dans cette décoration, un mélange des deux styles italien et français (Re-
production dans Labande, Winiaturistes, p. 235). -
25. — Ms. 71. — Commentaire d'Augustin Trionfo d'Ancône sur Saint
Mathieu, provenant des Célestins d'Avignon, tome Ier, XIVe s.
Initiales miniaturées ; dans celle du fol 3 v° représentation de Saint Ma-
thieu écrivant (Reproduction dans Labande, p. 293).
20. — Ms. 338. — Vie du Christ par Ludolphe le Chartreux, tome Il,
XIVe siècle, provenant des Célestins de Gentilly.
Fol. 240. Décoration de marge avec armoiries. Dans le même ms., une
autre miniature (fol. 369 v°) est de style français.
27. — Ms. 135. — Missel romain noté provenant peut-être de la chapelle
du pape. Seconde moitié du XIVe siècle.
Nombreuses initiales miniaturées.
B. Manuscrits de provenances diverses.
2$. — Ms. 130. — Missel dit du pape Clément VII, provenant des Céles-
tins d'Avignon, 2me moitié du XIVe siècle (avant 1370). |
Bien que ce missel ait été à l'usage du pape Clément VII, il a été exécuté
antérieurement, au temps du pape Urbain V (1362-1370) qui est désigné à
plusieurs reprises par l'initiale de son nom et dont la physionomie au pro-
gnathisme caractéristique est reproduite sur maintes vignettes. Ce manus-
crit à perdu ses grandes miniatures, mais possède de très nombreuses ini-
tiales historiées accompagnées d'une décoration formée de larges feuillages
semés de petites rosaces d'or. A l'intérieur des initiales, sont représentées
des suènes ou des figures de saints et des personnages divers ; c'est dans la
dernière partie du volume que se trouvent les portraits d'Urbain V, dont
l'identification n'est pas douteuse quand on les compare à la statue du mo-
nument funétatte du mème pape conservée au Musée Calvet. Cette décora-
tion se rattache À l'Ecole de Bologne. M. Paolo d'Ancona (La Miniature a-
henne du Xe an Ne siècle. Paris, 1925) n'hésite mème pas à l’attribuer
au grand maitre de cette école, Nicolo da Bolouna, mort avant 1402 (Repro-
duetions dans Labande, p.200, Pansier, t. Ier, planche en couleurs en fron-
tipice, et Letoquais pl LNID.
JO MS ESS Missel tomain aux armes d'un chanoine de Naples,
Nuls Jean Ricardide Ricardiis, mott en 130$, pour qui ce magnifique
mannsont provenant de Deslise Saint Didier d'Avisnon a dù être exécuté.
M abande suppose que le volinne à pu êtie apporté de Naples à Avi-
Qu et donne À Sont Diier parle catdinal Bernard de Bosqueto, ancien
atchevèque de Naples (dé ibn À LibN), dont la livrée cardinalice était
À Avuton, tue Suint Mate, près de leulise Naint-Didier.
La decoration eat de at vle hapolitan, saut dans les derniers cahiers ajot-
tes at los. Nonmbiete tutiadtes Hiiattiees et au tol. 150 v?, occupant
toute La pPane, la tattde one de lu Ctuettiion, \'Aste composition aux per-
SSSR
mm 00 mo ÎÊ … — —e
DU MUSÉE CALVET 45
sonnages multiples se détachant sur fond d'outremer (Reproduction du
fol. II, David en prière, dans Leroquais, pl. LXIII).
30. — Ms. III. — Livre d'heures, fin du XIVe s., donné par M. Léon Gau-
tier, de Vaison, en 1842.
Miniatures de st yle florentin. La scène de l’Annonciation (fol. 20) est d'une
‘élégance et d'une noblesse remarquables.
31. — Ms. 308. — « Distinctiones » de Nicolas de Byard, etc. XIVe s.,
provenant des Dominicains d'Avignon.
Le 1ère initiale de chaque traité est miniaturée avec ornement prolongé
dans la marge. |
32. — Ms. 1.079. — Traités philosophiques d’Aristote traduits par Boèce.
Même provenance.
Initiales miniaturées.
33. — Ms. 1088. — Recueil de traités philosophiques, même provenance.
Fol. I, dans l’initiale C, représentation d’un philosophe enseignant. —
Fol. 49, dans l'initiale P, représentation d'Aristote méditant.
34. — Ms. 710. — Règle de Saint Benoît. XIVe siècle.
En tête, Saint Benoît expliquant sa règle à une assemblée de moines.
35. — Ms. 749. — Institutes de Justinien, XIVe s.. Acquis en 1876.
Deux petites miniatures : fol. 33 v°, pendaison devant l’empereur. —
Fol. 51, l’empereur dictant son code. Nombreuses initiales miniaturées.
IV. MANUSCRITS DES XVe ET XVIe SIECLES.
À. Le XVe Siécle.
36. — Ms. 2.337. — Institutions divines de Lactance. XVe s. Legs Cal-
vet.
Fol. 5. Dans la lettre initiale M, Lactance prêchant aux païens en présence
de Constantin assis sur son trône. Encadrement avec armoiries. — Autres
représentations de Lactance aux fol. 63 v°9, 93 et 183 v°.
37. — Ms. 225. — Recueil d'offices, commencement du XVe s.
Miniatures (entre autres, fol. 42, la Pentecôte), de style italien, mais d'exé-
cution probablement avignonaise, d’après M. Labande.
38. — Ms. 208. — Livre d'heures, début du XVe s. Don du chanoine
Collet, 1839. |
Charmant petit manuscrit contenant plusieurs pages miniaturées assez
finement (ex., celle du fol. 139 v° représentant la Trinité). Nombreuses inie
tiales miniaturées ; encadrements de pages richement décorés.
39. — Ms. 211. — Livre d'heures, XVe siècle.
Somptueux manuscrit contenant quelques très belles miniatures, notam-
ment celle du fol. 84 v° représentant la Vierge portant l'Enfant et tendant
une main secourable à un clerc agenouillé, malgré les protestations d’un dia-
46 L'EXPOSITION DES MANUSCRITS
ble qui brandit la liste des fautes du suppliant. — Toutes les pages non en-
luminées sont décorées d’un large encadrement formé de rinceaux, de feuil-
lages et de fleurs mouchetés d'or.
40. — Ms. 10, — Psautier des Boucicaut, commencement du XVe siècle,
provenant des Célestins d'Avignon.
Manuscrit précieux à cause de son origine et de sa décoration. Fol. r v°,
miniature représentant David en prière devant Dieu ; près de lui, sa harpe.
Encadrement losangé avec les armoiries des Boucicaut, leur devise : Et puis
hola, et l'invocation : Deus secundum magnam misericordiam miserere mei.
— D'autres miniatures et des bordures aussi remarquables que celles du
1er feuillet ornent le reste du manuscrit. Ainsi, au fol. 35, initiale E historiée
(David couronné, un marteau dans chaque main, frappe sur une cloche) ;
dans le bas, dans la bordure, armoiries des Boucicaut (Reproduction dans
Pansier, t. ler, p. 60).
41. — Ms. 2.595. — Livre d'heures composé probablement pour un cha-
noine de la collégiale Notre-Dame-la-Principale d'Avignon. Fin XVes. Legs
Requien. .
Très nombreuses initiales miniaturées avec personnages en gris rehaussé
de blanc s’enlevant sur le fond bleu du ciel ; ce sont de charmants petits ta-
bleautins d’une grande finesse d'exécution (Reproductions dans Labande,
Miniatunistes, p. 303, et dans Pansier, t. Ier, p. 100). — Le nom de l’auteur
est indiqué, à la fin du volume, dans ces termes : « Ces présentes heures fu-
rent achevées d'escripre le XXVIIIe jour d'avril, l'an Mil CCCCLXXXVIII
pag Guiot Baletet, escrivain et enlumineur habitant en Avignon ».
42. — Ms. 112. — Livre d'heures provenant probablement du château
de Fargues, près Avignon, XVe s. Acquis en 1570.
Quelques miniatures (fol. 68, la Pentecôte) et encadrements de pages de
style italien.
43. — Ms. 117. — Office noté de Sainte Lucie, XVIe s.
Initiales miniaturées souvent décorées de personnages ; celle du fol. 5 re-
présente Sainte Lucie assise sous une arcature gothique décorée d’armoiries ;
au-dessous, un chœur de moines.
44. — Ms. 188. — Psautier et hymnaire noté des Célestins de Gentilly,
XVes.
Grand manuscrit avec initiales miniaturées. Fol. 13 v°, bordure de page
- avec ornements.
B. Le XVIe Siècle.
45. — Ms. 29. — Epitre et leçons de la messe à l'usage des Célestins d’A-
vignon, XVIe s.
Plusieurs initiales miniaturées de style italien bien que le manuscrit pa
raisse avoir été exécuté à Avignon. Au fol. 78 v°, la date 1548 est inscrite
dans les ornements de la bordure.
DU MUSÉE CALVET ; 47
46. — Réserve 203. — Hore divine virginis Marie, secundum usum Ro-
manum. Paris, G. Hardouyn, (vers 1520), in-8°, Don Requien.
Imprimé sur vélin richement décoré ; l'illustration, exécutée à la main
comme sur un manuscrit, comporte à chaque page, une bordure coloriée et
dorée, ainsi qu'un certain nombre de grandes et de petites miniatures d’un
coloris très vif, mais de dessin médiocre.
47. — Ms.145. — Missel noté pour le premier dimanche de l'Avent, XVIe
s. ; c'est le premier volume d’une série de 28 missels pour différentes fêtes
de l’année exécutés par divers copistes et enlumineurs pour le cardinal Geor-
ges d’Armagnac et donnés par lui à Notre-Dame des Doms quand il était
archevêque (1577-1585) et colégat d'Avignon.
Fol. 2 v?. Armoiries du cardinal et encadrement de page.
48. — Ms. 157. — Missel noté du Cardinal Georges d’Armagnac pour le
dimanche des Rameaux, copié et enluminé par Romain Albaret, de Mira-
doux (Armagnac) en 1564 (signé).
Fol. 1 v°. Armoiries du Cardinal.
49. — Ms. 172. — Missel du Cardinal Georges d’'Armagnac pour l'office
des Morts. |
Fol. 10 entièrement miniaturé. Le Christ en croix sur fond bleu. Au pied
de la croix, la date 1549 ; dans la double banderole qui part du pied de la
croix, est inscrit le nom de l’auteur : ANTONIUS VERGEL SCRIBEBAT
ET FACIEBAT. — Au bas de l'encadrement, armoiries du cardinal d’Ar-
magnac, avec l'inscription : GEORGIUS ARMENIACUS AR. EP (iscopus)
TUR (onensis) CARD (inalis),ce qui indique que ce missel a été er
dant que Georges d’Armagnac était archevèque de Tours de 1547 à 1551 et
probablement, dans cette ville. — Cette page enluminée a été reproduite
par Pansier, t. II, en frontispice, et par Leroquais, pl. CXXIV.
Table des manuscrits exposés
Ms No Ms No Ms No Ms N°
9 — 4 133 — 12 203 — 23 727 — 17
10 — 40 135 — 27 207 —: 21 749 — 35
22 — ,I 136 — 28 208 — 38 1.019 — 9
23 — 24 137 — 7 211 — 39 1.079 — 32
24 —- IO 138 -- 29 221 — 15 1.088 — 33
25 — 22 139 — 6 225 — 37 1.348 — 14
28 — x15bis 143 — 8 308 — 31 1.355 — Obis
29 — 45 145 —- 47 337 — 13 1.903 — 20
71 — 25 157 — 48 338 — 26 2.337 — 36
III — 30 172 — 49 505: +. 3 2.595 — .41
II2 — 42 1796 — 5 659 — 19 2.834 — 16
117 — 43 178 — 2 710 — 34 G 10 — II
121 — 18 188 — 44 Rés.203— 46
Joseph GIRARD.
Les souvenirs des Vernet ‘
au Musée Galvet
Les relations du Musée Calvet et de la famille Vernet se sont formées
par les soins des deux avignonais de marque, le Marquis de Cambis
d'Orsan, administrateur du Musée Calvet qui résidait une partie de
l'année à Paris, et le baron de Montfaucon, maire de la bonne ville d’A-
vignon, tous deux guidés et conseillés par une personnalité extrême-
ment attachante qui était alors l'âme du Musée, Esprit Requien.
Sousla Restauration, leMusée Calvet ne possédait pas encore degalerie
de peinture, à peine une vingtaine de tableaux, parmi lesquels un seul
Joseph Vernet, mais de la plus belle qualité, acquis en 1823 et prove-
nant du Cabinet d’Astier de Montfaucon C’est ce magnifique Port de
mer au soleil levant qui occupe le centre de la galerie, le plus séduisant
de tous nos Vernet dans sa clarté blonde, le mieux ordonné aussi avec
ses masses bien équilibrées, une mer calme, des vaisseaux, des archi-
tectures classiques, de petits groupes de personnages exquisement
arrangés et distribués quelques nuages légers tachant le ciel, le tout
baignant dans une lumière vibrante et douce. |
Ces quelques tableaux dispersés dans diverses salles, on décida de
les réunir dans une galerie ouverte au public, qu’on voulut, pour lui
assurer un parrainage puissant, placer sous le vocable des Vernet, nom
tnplement illustre. De Joseph Vernet, sorti d'Avignon, la gloire n'avait
pas encore subi d’éclipse. Son frère Carle, membre de F'Institut depuis
dix ans, occupait une situation artistique prééminente. Son petit-fils
Horace était déjà célèbre, lui aussi membre de l’Institut à 37 ans.
Nulle part, le culte des Vernet n’était plus fervent qu’à Avignon et
il retrouvait à ce moment un regain de faveur, puisqu’en 1825 l’Aca-
(1) Conférence faite pendant la séance de l’Académie de Vaucluse au Musée
Calvet le 12 mai 1927 pour la commémoration du Centenaire de la Galerie
Vernet.
50 LES SOUVENIRS DES VERNET
démie de Vaucluse avait proposé comme sujet de concours littéraire
« l’Eloge de Joseph Vernet ». De leur côté, les administrateurs du Musée
Calvet, désireux de donner du lustre à leur galerie naissante en y fai-
sant entrer un tableau d’un peintre en renom, ne pensèrent pas à un
autre artiste qu'à Carle Vernet, alors chef de la glorieuse dynastie.
Ce furent MM. de Cambis et de Montfaucon qui furent chargés de se
mettre en rapports avec le maître.
Le 12 octobre 1825, M. de Cambis écrivait à Requien :
« J'ai pu enfin trouver M. Carle Vernet que nous avions vainement
« cherché M. de Montfaucon et moi... I1 fait dans ce moment-ci, et je
« l'y ai vu travailler, une vue de Montmartre, avec un four à chaux
« en action, une charette sur le devant, etc. Je lui ai dit : « J'emporte
« votre tableau quand il sera fini et puis nous nous arrangerons ». Il
« n'a répondu... que pour le Musée d'Avignon, il fallait un autre su-
« jet que Montmartre et une charette et qu'il ferait plutôt une attaque
« de voleurs ; la scène aurait lieu en Espagne pour que les costumes
« fussent plus pittoresques. »
Et comme Carle Vernet passait pour être quelque peu paresseux,
M. de Cambis ajoutait : « Rien de mieux assurément, mais quand arm-
« vera l'exécution de ce beau projet? Le combat vaudrait mieux que
« la charette, et les Andaloux que les chevaux de Montmartre. La cha-
« rette cependant vaudrait mieux que rien et je serais presque tenté,
« lorsqu'elle sera terminée, de vous l’expédier. »
M. de Cambis disait encore : « J'ai fait part à M. Carle du sujet du
« CONCOUTS proposé par notre Académie... Si le tableau était fait lors-
« qu’on décernera le prix de l'éloge, ce serait bien l’occasion d’une belle
« fête littéraire et académique. Cette idée a flatté M. Carle ; je la lui ai
« indiquée pour accroïtre son ardeur et dans l'espoir que la gloire en-
« trera dans le paiement. Il ne faut rien négliger dans les affaires dif-
« ficiles. » M. de Cambis, on le voit, avait le sens pratique.
C'est ainsi que prit naissance l’idée de la fête dont nous commémo-
rons aujourd'hui le centenaire. Le sculpteur Joseph Brian exécutait
alors le buste en marbre de Joseph Vernet qu'il voulait offrir à la ville
AU MUSÉE CALVET SI
d'Avignon en reconnaissance de l’aide que celle-ci lui avait prêtée à
ses débuts.
M. de Cambis, — dont la correspondance (1), je le dis en passant,
est une mine inépuisable pour l’histoire d'Avignon et du Musée Calvet
sous la Restauration. — M. de Cambis suggère qu’on pourrait, en fai
sant la remise à la ville du buste de Joseph Vernet ainsi que du tableau
de Carle et en « y ajoutant la lecture du poème couronné (par l’Aca-
« démie de Vaucluse), faire une espèce de fête avignonaise à laquelle
« nos autorités ne se seraient pas refusé de concourir et qui aurait pu
« séduire M. Horace et nous valoir un de ses ouvrages. ». À ce dernier
trait on reconnait le bon administrateur perpétuellement en quête de
quelque don gratuit pour son établissement. Désireux de mettre en
vedette son cher Musée, le Marquis ajoute : « Il nous faut l’apparat
« d’une réunion olympique ».
Ce projet rencontra à Avignon une approbation unanime. Aussi M.
de Cambis écrivait-1l le 13 décembre : « Pour exciter le zèle avignonais
« de M. Vernet, nous l’avions à plusieurs reprises entretenu de l’en-
« thousiasme de ses compatriotes et du désir d'inaugurer son tableau
« dans une éfe de famille où seraient à la fois placé le buste de Joseph
« Vernet fait par Brian et décerné le prix de poésie proposé par notre
« académie. Cette idée a fructifié et M. Carle Vernet nous dit qu’il en
« avait causé avec son fils Horace, qu'ils en étaient tous les deux émus
et reconnaissants et que M. Horace même avait manifesté l’opinion
LC.
et le désir que toute la famille Vernet se rendit à Avignon pour assis-
ter à cette jéfe nationale et être présente aux hommages rendus à leur
célèbre grand-père. Cette idée a beaucoup plu à M. Carle Vernet et
&
vous pensez bien que nous y avons vivement applaudi, d'autant
LA
qu'elle nous mettait en mesure d'engager M. Horace de fournir aussi
“à
son contingent et de rendre la fête complète par l'inauguration si-
A
multanée d’un tableau de sa main. M. Carle chez qui cette conversa-
A
tion avait lieu a été de notre avis... De chez lui nous sommes allés
A
chez M. Horace que nous avons trouvé trop occupé à terminer le
(1). Correspondance d’Esprit Requien, n° 3.199-4.331.
52 LES SOUVENIRS DES VERNET
« portrait du général Foy pour lui parler d’affaires, mais nous l'avons
« engagé à dîner avec nous mardi prochain. Son père sera des nôtres
« et nous tâcherons de tout arranger définitivement... »
De son côté, le baron de Montfaucon écrivait non moins gaïillarde-
ment : « Nous traiterons l'affaire le verre en main ».
Le diner eut lieu ; il fut, paraït-il, très gai. Les deux peintres promi-
rent chacun un tableau. Il fut convenu que l'inauguration projetée
aurait lieu en mai, que les deux peintres y viendraient et qu'Horace
amènerait sa femme et sa fille « visiter le berceau de la gloire de son
nom ».
Quelque temps après, M. de Cambis annonça que Carle avait com-
mencé son tableau. Les bandits espagnols étaient abandonnés pour
un nouveau motif, la course des chevaux sans cavaliers qui se donnait
à Rome sur le Corso à la fin du Carnaval. « Le fils, disait le Marquis,
aurait l'intention de prendre un sujet dans l'histoire d'Avignon. Je
n’en connais pas. Pourriez-vous m'en indiquer un? »
Ce que proposa Requien ne fut pas agréé. Horace songea un instant
à Laure et Pétrarque, puis se fixa sur le héros de l'Ukraine, Mazeppa.
Celui-ci était le type de l’amoureux romantique, victime du destin et
de la méchanceté des hommes. Son histoire avait déjà inspiré à Horace
le Mazcppa aux chevaux. Cette fois, c’est le passage suivant du poème
de lord Byron que le peintre interprêta : « Nous glissions comme le vent
«a à travers le feuillage, laissant en arrière les buissons, les arbres et les
« loups ; car la nuit, j'entendis ces animaux sur nos traces, leur troupe
« touchait presque nos talons ».
Notre Marquis annonça le tableau en termes enthousiastes. « On le
« dit admirable. Il parait que la tète de Mazeppa est plus belle que
« celle de son premier tableau sur le mème sujet. » Quelques jours après
il écrivait : « Le Mazeppa poursuivi par les loups qu'il a fait pour nous
« est magnifique. IE v a une figure (Mazeppa), un cheval, six loups et
«a le parsage ».
Quant au vovage à Avignon, il avait été remis d’abord en août parœæ
qu'en Juillet Carle Vernet, - - le paresseux, — n'avait pas encore ter-
miné son tableau, puis en septembre, parce que Mme Horace Vernet,
AU MUSÉE CALVET 53
ainsi que sa fille « craignait beaucoup la chaleur », puis enfin en octobre,
car entre temps s'était produit l’accident fameux, chute ou coup de
fleuret, qui avait crevé le Mazeppa
Le 10 septembre 1826, Horace Vernet écrivait à M. de Montfaucon :
« Les petits accidents arrivés au tableau que la ville d'Avignon veut
« bien agréer en même temps que celui de mon père a (sic) rendu né-
« cessaire un retard qui n’était primitivement occasionné que par l’ex-
« cessive chaleur que des femmes peu accoutumées aux voyages n’au-
« raient pu supporter sans inconvénients pour leur santé. Maintenant
« que tout est réparé, que votre beau soleil est moins brülant, nous vous
« prions de bien vouloir nous recevoir les premier Jours d’octobre (1) »
C'est par la lettre suivanté (2) que Carle Vernet annonça son départ
et celui de sa famille ; on y reconnait la jeunesse de caractère de l’ai-
mable peintre ravi à l'idée du beau voyage.
| Ce 30 septembre, samedy.
Monsieur le Baron,
« Nous partons à l'instant pour Lyon d’où j'aurai l'honneur de vous
« écrire de nouveau. Excusez le laconisme de ma lettre. Maïs les che-
« vaux piétinent ; le postillon fait claquer son fouet. Nous montons
« en voiture et il nous tarde beaucoup de descendre au château de
« Montfaucon.
« Agréez, je vous prie, les assurances de nos sentiments dévoués.
Carle VERNET.
Les Vernet, dit un narrateur anonyme (35), arrivèrent à Avignon dans
la soirée du 8 octobre « après trois jours d’une pénible navigation sur
le Rhône ». M. de Montfaucon les reçut dans son hôtel. Le 10 eut lieu
la séance académique dans la Galerie Vernet du Musée Calvet qui oc-
cupait alors encore les bâtiments de Saint-Martial.
À l'entrée des Vernet dans la salle, dit le chroniqueur, une « musique
tir. MS. 2.071, fol. 139.
‘2, Ibid. fol. 141.
131. Jbid., fol. 132 et suiv.
54 LES SOUVENIRS DES VERNET
harmonieuse » joua « l’air Où peut-on étre mieux? qui réveilla dans tou-
tes les âmes le sentiment glorieux et vrai que la postérité de Joseph
Vernet appartient à la famille avignonaise »,
Ensuite se succédèrent les discours et les poésies dont M. le Prési-
dent de l’Académie vous a donné tout à l’heure de suggestifs exemples.
Après la séance on mena les Vernet au cirque Francomi, — alors de
passage —, dont les chevaux et les écuyères avaient si souvent servi
de modèles à Carle Vernet.
Le soir il y eut grand banquet dans la salle de la Bibliothèque. On y
lut encore des vers, entre autres ceux de M. Laribe, sous-bibliothécaire,
dont l’historiographe anonyme a supprimé trois couplets « entièrement
bachiques ».
On revint à la galerie Vernet, le jeudi 12, pour l’inaugurer solennel-
lement. Autour de la Marine de Joseph Vernet que possédait alors le
Musée, on avait placé deux tableaux de Carle, le Corso donné par lui
et le Cosaque sur un pont qui se brise que M. de Montfaucon avait acheté
à l'insu du peintre à une exposition parisienne, et deux tableaux d’'Ho-
race Vernet, les deux Mazchpa.
Pourquoi deux Mazeppa? Eternelle, obsédante question, posée de-
pus cent ans par des milliers de visiteurs. La notice des tableaux ex-
posés alors au Musée Calvet (1) y répond dans le style pompeux de
l’époque.
« Il est extrémement rare de voir le même sujet traité deux fois par
« le même auteur ; le tableau destiné par Horace Vernet, au Musée
« Calvet, avait été promis pour une époque fixe ; au moment où il
« venait d'être terminé, la toile est déchirée par un évènement imprévu
« qui a lieu dans l'atelier même. Ce peintre célèbre dont la facilité égale
« le talent, n' abandonne plus le pinceau, ne le quitte pas même pen-
« dant une partie des nuits ; et, trois jours après, ce chef-d'œuvre, qui
« depuis a été parfaitement réentoilé et habilement réparé, se trouve
« refait de manière à ne pouvoir pas juger quel est le premier ou le se-
(1). Notice des tableaux exposés au profit des pauvres dans la Galerie V'ernet au.
Muséum Calvet. Avignon, Guichard ainé, octobre 1820, in-12, 15 p.
AU MUSÉE CALVET 55
« cond. Le Muséum Calvet, instruit de ce fait extraordinaire et jaloux
« de se procurer une œuvre si étonnante, est devenu possesseur des
« deux Mazeppa, quoique le second eut déjà été vendu à un person-
« nage illustre, pour lequel Horace Vernet doit faire, en remplacement,
« un autre tableau d’un sujet différent ».
La « répétition du Mazeppa » coûta 2.000 fr. au Musée Calvet. On
s'explique difficilement pourquoi Horace Vernet mit tant de hâte à
exécuter une réplique de son tableau puisque l'original pouvait-être,
— et a été, — facilement et rapidement réparé. Peut-être le « person-
nage illustre » avait-il déjà manifesté son désir ?
Outre les œuvres des Vernet, l'exposition comprenait quelques ta-
bleaux du Musée et d’autres toiles prêtées par des amateurs de la ville,
en tout 165 numéros.
Le Maire remit aux deux Vernet un exemplaire en or d’une médaille
frappée pour la circonstance et l'Administration du Musée leur offrit
deux vases d'argent exécutés par Gloria, orfèvre de Paris, natif d'Avi-
gnon. Ces vases avaient coûté 7.195 francs, l’orfèvre ayant demandé
seulement la restitution de ses frais. Pour le remercier de ce désintéres-
sement, l'Administration du Musée Calvet lui fit présent d'une pièce
de vin de Montfaucon. Quant aux dames Vernet, elles daignèrent accep-
ter deux pièces de soie de la fabrique avignonäise.
Ensuite, on tint une nouvelle séance de l’Académie de Vaucluse ;
on lut de nouveaux « éloges », d’autres poèmes ; dans l’un deux, on
célébrait intarissablement tous les grands hommes produits par le dé-
partement de Vaucluse.
Les jours suivants, il y eu des réceptions organisées par le Cercle du
Commerce et la Société des Amis des Arts, avec de nouveaux banquets
terminés par des toasts et par des vers : il y eut aussi un bal où, dit
l'historiographe anonyme, se donna libre cours « la vivacité des jeunes
avignonaises ». Mme Vernet, ajoute-t-il, «s’y distingua par la grâce et :
la décence » et Carle Vernet « par la noblesse et la légèreté de sa danse »
malgré son âge (il avait 69 ans). M. de Montfaucon mena les Vernet à
Vaucluse, encore solitaire comme au temps de Pétrarque, puis le dé-
Part eut lieu le 17 octobre.
56 LES SOUVENIRS DES VERNET
Tel est le grand évènement de la chronique du Musée que nous com-
mémorons aujourd'hui.
A cette occasion, nous avons réuni tous les souvenirs des Vernet
que nous possédons.
D'abord les humbles peintures d'Antoine, le chef de la dynastie, re
présenté par trois panneaux de chaises à porteurs peints avec une appli-
cation de bon ouvrier ; un modeste Paysage ; souvenir des cascatelles de
Tivoli de François Vernet, frère puiné et imitateur de Joseph, puis,
en grand nombre, des œuvres de celui-ci, de Carle et d’'Horace.
Joseph occupe naturellement la place prépondérante. Tombé pres-
que en discrédit au temps de l’impressionisme, il connaît un renouveau
d'estime depuis que, lassée des virtuoses de l’effet, notre époque a re-
pris goût à la peinture expressive, aux œuvres synthétiques, aux com-
positions narratives ou décoratives. Rien ne témoigne mieux de œ
regain d'intérêt comme la publication en 1925 des deux beaux volu-
mes in-4° de Mlle Florence Ingersoll-Smouse, Joseph Vernet, peintre
de marines (1714-1780), étude critique suivie d'un catalogue raisonné
de son œuvre, peint avec 357 reproductions (Paris, Bignou éditeur).
À Avignon, Joseph Vernet n’a jamais cessé d'être un grand homme
et pendant trois quarts de siècle on rechercha ardemment ses œuvres.
Par achats ou par dons, 17 tableaux, Temps Calmes ou Tempétes, vin-
rent peu à peu entourer la triomphante Marine du Cabinet d'Astier
de Montfaucon. En 1888, le legs Ernest de Millaudon nous apporta
une œuvre inattendue, cette Bergèrce des Alpes, froide et claire comme
une eau de montagne, réplique de celle du Palais de Saint-Cloud, que
Vernet exécuta pour plaire à Mme Geoffrin en s'inspirant d’une nou-
velle médiocre de Marmontel. Diderot, qui aimait beaucoup Vernet
sinon Marmontel, disait : « Je ne trouve ni le conte ni le tableau bien
merveilkux ». Les personnages de ce dernier sont pourtant si charmants
et tellement dans le goût des « bergeries » de l’époque.
Vous examinerez à loisir les dessins exécutés par Joseph Vernet
pour préparer sa fameuse série des Ports de France commandée par le
Marquis de Marigny en 1753 et à laquelle il travailla dix ans. Ces des-
sins sont au nombre de quatorze. Il y en a un du Golfe de Bandol, trois
mn
AU MUSÉE CALVET 57
de Toulon, un de la rade d'Antibes, un de Cette, deux de Bayonne,
trois de Bordeaux, un de la Rochelle et un de Rochefort, un de Dieppe.
Il nous ont été donnés par Horace Vernet et nous initient au « métier »
de son illustre grand-père. Celui-ci, qui ignorait l’étude d’après nature,
dessinait sur de longues feuilles de papier maintenant jaunies par le
temps et couvrait ses croquis d’annotations en italien, — car il était
de bon ton d'employer en art la langue italienne comme aujourd’hui
l'anglais dans la vie sportive. — C’est d’après ces dessins que Vernet
peignait ses tableaux. Aussi avait-il eu soin de noter, comme par exem- .
ple sur la vue d'Antibes, que les montagnes du fond étaient ici gris
azuré, là violet foncé, ailleurs rose clair, que la mer était tantôt d’un
gris azuré et un peu violet, tantôt d’un bleu vert céladon, que les ter-
trains étaient des blés, des vignes, des prairies.
Vernet a été fort reproduit par l’estampe et est lui-même auteur
de quelques eaux-fortes. Son historien Lagrange avait réuni une collec-
tion de 268 pièces gravées par ou d’après Vernet ; c’est la plus complète
qui existe. Le Musée Calvet l’a acquise jadis de son auteur ; la plus
grande partie, — tout ce que nous avons pu montter, — est placée
dans les vitrines et les meubles à volets de notre grande galerie. On ad-
mirera notamment la série complète des quinze Ports de F rance, tous
avant la lettre et en état magnifique, ainsi que les trois célèbres gra-
vures de Balechou, le Calme, la Tempéte et les Baïgneuses, celle-ci voi-
sinant avec une autre interprétation du même sujet par Saint-Flour,
ce qui fait ressortir les rares qualités de notre Balechou. Nous avons
exposé à part deux épreuves de la fameuse Vuc d'A vignon gravée par
Martini et dédiée au prince des Asturies ; l’une d’elles « sans le ciel et
sans les eaux » est de nature exceptionnelle (nous en possédons deux
exemplaires). Sait-on que le tableau original perdu depuis plus d'un
siècle a failli être acheté par la Ville d'Avignon? Il serait aujourd’hui
au Musée Calvet (x). |
Considérez enfin les fameux Livres de raison de Joseph Vernet où
(1). Lors de la vente de Peilhon, en 1763, le Conseil de ville avait décidé d'aller
jusqu’à 1.200 livres (Ms. 1575, note d'Achard d'après les délibérations de
Conseil). Mais la tableau fut adjugé 4.000 livres à Randon de Boisset.
58 LES SOUVENIRS DES VERNET
cet homme d'ordre notait minutieusement ses comptes depuis les com-
mandes de tableaux, jusqu'aux notes de cuisine, aux gains et pertes
de jeu, aux dépenses de toilette. On y suit ainsi toute sa vie et lors-
qu'on voit que le coiffeur est resté quelque temps sans «accommoder »
Madame, c’est qu'un nouveau petit Vernet est venu au monde (1).
Il y a même un livre de comptes tenu en italien par Mme Vernet,
qui, avant de perdre la raison, inscrivait avec soin les dépenses du mé-
nage (2). Vous regarderez avec émotion le cahier d’écolière de la mal-
heureuse Emilie Vernet, qui devenue Mme Chalgrin, périt sur l’écha-
faud révolutionnaire parce que son mari avait émigré (3).
Ce dernier cahier est couvert de croquis d'enfant de Carle Vernet
que des œuvres importantes font connaître chez nous sous les divers
aspects de son talent, la peinture anecdotique, avec sa Course de Rome
et son Cosaque ; les scènes de chasse, avec un très beau dessin à l'encre
de Chine intitulé Chasse à courre :'les chevaux, avec trois dessins tirés
de l’Album Requien (Dance à cheval, Postillon, Attelage et figures), et
deux gravures à l’aquatinte par Debucourt (Cheval qu'on bouchonne
et Cheval de retour de la ‘chasse, avant la lettre) ; l'illustration, avec ses
Fables de La Fontaine, don de Mme Horace Vernet. Quelques auto-
graphes, pieusement collectionnés par Requien (4), nous révèlent, —
le style, c'est l’homme, — son caractère gai, léger, toujours jeune ;
nous possédons aussi un de ses Livres de comptes, bien moins détaillé
que ceux de son père (5).
De tous les Vernet, le troisième, Horace fut de son vivant le plus
célèbre et le plus admiré. Il paraît maintenant démodé sans espoir de
retour. « Ses panoramas nulitaires, a dit Armand Dayot, ne nous tou-
« chent guère aujourd’hui ; et si nous nous inclinons pourtant devant
(1). Ms. 2.321-2.323. - Le Ms. 2.326 porte dans le Catalogue général des nia-
nuscrits le titre : « Notes sur le dessin et la peinture, par Claude-Joseph et
Carle Vernet ». On n'y trouve que des notes d'histoire naturelle et quelques
dessins ou croquis assez inforimes qui sont peut-ctre de Carle Vernet enfant.
). AIS. 2.324.
3). Ms. 1.207.
). Autographes de la Collection Requien, n° 10.103-10.104.
J,°MS.:2:325;:
AU MUSÉE CALVET 5
« le peintre de la Prise de la Smala d’ Abd-el-Kader, c'est parce qu’il
« fut un très pénétrant portraitiste avec les effigies d’Isabey, du géné-
« ral Foy, de Canrobert, du comte de Castellane, de Mlle Mars, etc., et,
« dans ses lithographies, le précieux commentateur des élégances de
« son temps (I) ». |
En 1872, le Louvre nous a envoyé Joseph Vernet attaché à un mât et:
étudiant les effets de la tempête, grande marine éxécutée en 1822 par
Horace Vernet pour la Maison du Roi au prix de 6.000 francs.
Et puis, il y a les deux M azeppa. Sait-on que le premier engouement
passé, on se lassa de voir toujours les deux Mazeppa côte à côte. Peut-
être Requien était-il fatigué de l’éternelle question : Pourquoi deux
Mazeppa? On essaya d'en échanger un. Peine inutile. Mme Vernet
écrivait le 2 août 1844 à Requien :
« 11 (Horace) me charge de vous dire qu'il ne faut pas songer à pou-
« voir obtenir le Mazeppa aux chevaux. Ce tableau est beaucoup plus
« grand que ceux que vous avez dans votre Musée. Il appartient à la
« liste civile ; le Roi ne consentirait pas à l’échanger. Mais vous pouvez
« sans le moindre scrupule faire cet arrangement avec le Musée de
« Montpellier. Si l’occasion se présente encore, mon mari trouvera tout
« simple que vous vous sépariez d’un double pour avoir un tableau
« d'un autre maître ». L'occasion ne s’est plus présentée. Les visiteurs
du Musée d'Avignon diront toujours : Pourquoi deux Mazeppa ?
Mentionnons encore quelques dessins d’Horace, notamment un Hus-
sard combattant et un portrait du duc d'Angoulême, tous deux extraits
du précieux Album Requien, des gravures (Le Trompette par Charles
Johannot, Mazeppa aux loups et Mazcppa aux chevaux, À braham ren-
voie Agar, Rébecca à la fontaine, Judith et Holopherne par Jazet) dans
leurs cadres de l’époque, images vieillotes qui ont fait la joie de nos
grands’mères ; quelques livres illustrés ; des autographes, composés
pour la plupart de lettres de lui ou de sa femme écrites à Requien (2).
(1). Armand Dayot. Carle Vernet, 1925, p. 10.
(2). Autographes de la Collection Requien, n° 10.105-10.107, et Correspon
dance d’Esprit Requien, n° 13.732-13.747.
60 LES SOUVENIRS DES VERNET
Oublierai-je qu'Horace Vernet a été un des bienfaiteurs insignes de
notre Musée? Outre les dessins de son grand’père et les Livres de raï-
son, 1l nous a donmé son propre buste par le grand sculpteur danois
Thorvaldsen. En l’adressant à Requien, Mme Vernet écrivait le 16
juillet 1835 ; « C’est avec joie et orgueil que je sacrifie la possession de
« la ressemblance de mon mari faite par un homme célèbre. N'est-ce
« pas une vive satisfaction et un honneur pour toute notre famille de
« voir le buste du petit-fils placé près de son illustre aïeul au Musée de
« la ville qui l’a vu naître? »
A Horace Vernet, nous devons encore un Zntérieur d'église par Gra-
net, aujourd'hui bien noir, le Combat de Nazareth exécuté dans l’atelier
de Géricault d’après une esquisse de Gros, et enfin un des tableaux les
plus précieux de notre Musée, le Bara, œuvre admirable de Louis Da-
vid, d'une pureté de dessin incomparable.
Les souvenirs de l'inauguration de 1826 ont été groupés également.
On v voit eu triple exemplaire, or, argent et bronze, la médaille frappée
à cette occasion avec, au revers, l'inscription + Galerie Vernet votée
et établie au Muséum Calvet par le Conseil municipal de la bonne ville
d'Avignon le 1S mars 1820. Le Baron de Montfaucon, maire », et la lé-
guette ! a Le Vernet, Carle Vernet, Horace Vernet. Ce nom seul
ilustienat trois villes ». Cette legende avait été oubliée par le graveur
du coin Passeton : AL de Montfaucon, qui y tenait beaucoup, la fit re-
tabitu et C'est pour cœla qu'elle est inscrite en petits caractères. Le coin
de L'avets, portant le buste de Josenh Vernet gravé par P. Petit, avait
ete quete pat Etat.
\oite des exemplaies de cette madatlie. ont été placés leurs coins,
QSCELES UE Musce L'alvet, des brarhures Le cirvonstance, le Dis-
ere AE de Kilean, préfet et president de ! Academie, la Cansour
Re nt NE VEN Gen eur PR, Aer TIS d'iRS AI THON,
et ae te atntats Hiaciurhe Mori etc..et Les manuscrits,entre
autivs Les Rates des souscrite au hüanguet offert aux Vernet
ASS TOUT ON Le \ None AR te Vice er ne M'iisee Calvet: (x).
AU MUSÉE CALVET ÔI
Dans la même vitrine, on verra une miniature de Mathieu Bilfeldt.
représentant le baron de Montfaucon, un portrait d'Esprit Requien
dessiné par Boilly fils et encore un précieux souvenir d'Horace Vernet,
dû à sa générosité, sa grande médaille d'honneur en or, à lui décernée
par le jury international de l'Exposition universelle de 1855.
Signalons encore deux caricatures amusantes du sculpteur Dantan
jeune, la figure osseuse de Carle Vernet dressée sur le cou d’un cheval
et la tête d’Horace surmontée d’un crâne prodigieux.
Telle est notre exposition formée d’objets d'art et de reliques. Elle
nous permet de rappeler à nos compatriotes l’œuvre du grand peintre
de marines et d'évoquer d’agréables souvenirs locaux. Avec Carle et
Hôrace Vernet, nous voyons reparaîïtre les hommes de la Restauration,
M. de Cambis, M. de Montfaucon, Requien, Hyacinthe Morel, M. de
Suleau, etc. tous bons serviteurs de notre ville et du Musée Calvet. Ils
sont venus dans ce salon qui vit les réceptions de M. Deleutre. Ce sont
des ombres familières que nous avons évoquées ; nous avons pensé à
elles et parlé d’elles comme on fait de vieux amis disparus, avec un
sourire, non de raillerie, mais de tendresse.
Joseph GIRARD.
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Stuart Mill et Mistral
Le philosophe anglais Stuart Mill venait d'obtenir sa retraite de la
Cie des Indes où, pendant 35 ans, il avait occupé de hautes fonctions.
Avec sa femme et sa belle-fille Helen Tavlor, il allait dans le Midi de
la France pour passer l’hiver à Hyères et,ensuite, le printemps en Italie.
Mme Mill tomba brusquement malade à Avignon (Hôtel d'Europe) et
+ mourut (3 novembre 1858).
On l’ensevelit au cimetière Saint Véran. Stuart Mill, qui professait
pour sa femme un véritable culte, voulut, ainsi que sa belle-fille du
reste, rester près de sa dépouille mortelle. Ils achetèrent, à proximité
du cimetière, un petit cottage, tout en gardant leur domicile anglais.
Avignon devint désormais leur principale résidence. Stuart Mill y mena
pendant une quinzaine d’années une existence très régulière, mais très
variée et très occupée : visites fréquentes au tombeau de sa femme,
excursions botaniques ou de tourisme, surtout travail intellectuel. I
mit la dernière main à quelques ouvrages qu'il avait composés avec
celle qui, vingt ans avant leur mariage, était déjà son inspiratrice ; il
en composa d’autres. En même temps il s’intéressait aux plus hautes
idées politiques, sociales et philosophiques et entretenait une active
correspondance avec des penseurs de plusieurs pays. Les évènements
de France, en ces dernières années du Second Empire et ces débuts de
la Troisième République, le préoccupaient vivement. La vie avigno-
naise, au moins la vie politique et intellectuelle, ne pouvait manquer
d'attirer son attention.
Il était l’ami d’un homme qui, par ses fonctions et sa haute intelli-
gence, occupait un rang distingué parmi l'élite du pays, M. le Pasteur
Louis Rey. Il se lia aussi avec l’entomologiste Henri Fabre. I1 n’est
04 STUART MILL ET MISTRAL
pas douteux qu'il connut le mouvement félibréen qui se développait
avec une rapidité extraordinaire, produisait des chefs d'œuvre tels que
Mireille, la Grenade entr'ouverte, Calendal, et soulevait des questions
littéraires et politiques de premier ordre.
C'est ainsi apparemment qu'il entra en relations avec Mistral. Il lui
offrit un de ses ouvrages, l’Assujettissement des femmes (1), un de ceux
qu'ila travaillés le plus et à la diffusion duquelil attachait la plus grande
importance. Cet ouvrage était, d’ailleurs, autant l’œuvre de sa femme
que la sienne. C’est même le féminisme de Stuart Mill, encore tout jeu-
_ ne, qui avait été le point de départ de leurs sympathies intellectuelles.
Plus tard, en 1851, Mme Mill avait écrit, dans une Revue anglaise, un
article qui déclancha en Angleterre le mouvement féministe dont les
suites furent considérables.
Dans son livre, Stuart Mill montrait que la situation actuelle de la
femme est un vestige de la loi du plus fort : dans le mariage, elle man-
que d'indépendance relativement à ses biens et à ses enfants ; dans la
vie publique, elle est également sacrifiée. Or il n’y a aucune raison de
lui refuser l'accès de toutes les fonctions. Elle y apportera son sens fra-
tique et sa promptitude dans la décision. Ses défauts, tels que la mobi-
lité et le manque d'originalité, appartiennent aussi à beaucoup d’hom-
mes et sont dus en partie à son état d’assujettissement. Enfin Île pro-
grès réalisé par l'émancipation de la femme aurait des effets considé-
rables dans la société et réduirait beaucoup les penchants égoïstes que
son assujettissement aux hommes est de nature à favoriser.
C'était la première fois que la question était traitée dans toute son
ampleur, du point de vue moral, social et juridique, par un des plus
grands penseurs de son époque, dans cet esprit de large empirisme qui
caractérise la philosophie de Stuart Mill, en dehors de tout système
exclusif, avec des faits et des raisonnements et, animant le tout, une
sorte de poésie morale, très discrète mais très élevée
(1) Traduction française Cazelles, Paris, Guillaumin, 1869.
STUART MILL ET MISTRAL 65
Quel accueil Mistral fit-il à ce plaidoyer? A défaut de sa lettre, qui,
à ma connaissance, n’a jamais été publiée, nous avons du moins la ré-
ponse que Stuart Mill fit à cette lettre et qui ne laisse aucun doute sur
l'adhésion de Mistral.
D'abord, les deux ou trois lignes que l'éditeur a mises en tête de la
lettre de Mill et qui sont évidemment le résumé de la lettre de Mistral,
disent que Mistral a été « converti » par cet ouvrage (converted by it).
Ensuite la première phrase de la réponse de Mill donne exactement
la même impression
« Cher Monsieur. Parmi toutcs les adhésions qui ont été données à la
thèse de mon petit livre, je ne sais s’il y en a aucune qui m' (ait) (x) fait
plus de plaisir que la vôtre ; et cela non seulement à cause de l'influence
que donne à vos opinions votre position si importante dans le monde des
lettres, mais encore plus par la confirmation de ma conviction que les âmes
poétiques, lorsqu'elles sont jointes à une intelligence éclairée, ne verront
rien qui leur répugne dans la modification que la justice exige dans les
relations sociales entre les deux sexes... (2) »
Cette défimtion du génie de Mistral (me poétique et intelligence éclai-
réc) est d’une exactitude frappante pour nous qui pouvons mettre sous
ces deux expressions tant de choses puisées dans l’œuvre mistra-
lienne.
Après avoir dit que l’homme cherchera toujours à idéaliser la femme,
Stuart Mill aborde une thèse qui concorde admirablement avec ce qu’on
pourrait appeler la « poétique de Mistral. »
« Mais 1c2, comme dans tout le reste, il s'agit pour l'idéal de ne pas
trop s'écarter des conditions de la réalité... »
L'art classique, fait de mesure, d'harmonie, de sobriété et de naturel,
est peut-être tout entier dans cette phrase qui révèle un vrai connais-
seur de nos grands écrivains de race. Stuart Mill, en effet, avait étudié
(1) Ont dans le texte. C'est apparemment une faute due au copiste ou à l’im-
primeur, Il v en a un certain nombre dans les lettres françaises de Mill. J'ai eu
entre les mains, grace à l'obligeance de M. le Pasteur Rey, plusieurs autographes
français de Stuart Mill. Ils sont généralement corrects.
(2) The letters of John Stuart Mit... Longimans, Green and Co, London, New-
York and Calcutta, 1910, tome II, p. 217.
66 STUART MILL ET MISTRAL
avec sa sympathie et sa pénétration ordinaires, tout particulièrement
Pascal, Voltaire et Paul-Louis Courier ; et il reconnaissait, ou pressen-
tait, en Mistral un auteur de la même famille. Et pour remonter plus
haut encore, lui qui, enfant prodige, avait déjà lu, à huit ans, six da-
logues de Platon, il avait gardé l'empreinte de ce qu'il y a de plus ex-
quis dans le génie grec, que Mistral précisément a fait revivre.
« …4utrement, continue le penseur anglais, on aurait d’une part ur
idéal incompatible avec les conditions de la vie, et d'autre part une ii
réclle toute prosaïgue dans laquelle on retomberait toujours... »
C'est le problème même de la poésie dans la vie. Ce problème, on
peut dire que Stuart Mill l'a résolu pour son propre compte. Car au-
cune existence ne fut à la fois plus occupée, plus minutieusement or-
donnée et plus poétique, plus sentimentale que la sienne. Les affaires
de la Cie des Indes, qui l’absorbaïent quelques heures par jour, ne l'en
pêchaient pas de gouter les plaisirs les plus délicats de l’art, du senti-
ment de la nature et de l’amitié. I/empirisme, où avait cru l’enfermer
la rigide éducation paternelle, ne lui interdit jamais l'accès aux médi
tations de la philosophie ni à l'idéal moral. Il dut seulement briser les
barrières de ce système étroit, adopter une attitude intellectuelle à la
fois positive et largement ouverte à toutes les possibilités, — et c'est
par là, en inaugurant, comme on l’a dit, un « esprit philosophique spé-
cal (1) » qu'il est devenu un des grands maîtres de la pensée humaine.
Modestement, il attribue ce qu'il v a de meilleur dans son œuvre à l'in-
fluence de sa femime. Mais on ne subit guère que les influences pour
lesquelles on était préparé.
Quant à Mistral, sa vie et son œuvre sont si intimement mélees
qu'elles semblent faire un seul et méme poème. Rien d'étonnant, don,
que ces deux natures d'élite, si différentes à tant d’autres égards, se
soient rencontrées pour procurer à la femme, inspiratrice de la poésie
et souveraine de la vie, une existence plus digne, plus libre et même
plus conforme à sa nature.
En ciel, continue Stuart Mill, beaucoup se sont figuré 1n étre tout
1 Qté par P. Lemaire. Nr! Mill, L'Ulitariime. Paris, Hatier, p. 5.
STUART MILL ET MISTRAL 67
de jantaisie, qui aurait besoin pour exister d’un monde aussi imaginaire
que lui: ils ont proposé aux femmes cet étre-là pour modèle, et quand elles
lâchent de s’y conformer, elles se heurtent contre les dures exigences de la
vie réelle qui s'opposent invinciblement à (sa) (x) réalisation. Il me semble
que l'idéal propre à l'existence humaine serait tout autre que cet idéal de
fantaisie, sans être pour cela moins poétique : ce serait l'idée d’une per-
sonne complète dans toutes ses facultés, propre à toutes les tâches et à toutes
les épreuves de la vie, mais qui les (remplirait) (2) avec une grandeur
d'äme, une force de raison et une tendresse de cœur très au-dessus de ce
qui a lieu maintenant, sauf peut-être chez les plus admirables caractères
dans leurs moments de plus grande exaltation. »
Par ces nobles paroles, Stuart Mill réfute l’objection si souvent faite
aux « féministes » qu'ils veulent arracher la femme au foyer, la jeter
dans la mêlée sociale et politique, lui faire perdre le charme qu’elle
tiendrait précisément de son rôle discret, et diminuer ainsi son influ-
ence qui serait d'autant plus forte qu'elle est plus subtile. Toute la
question est de savoir si cette action en quelque sorte maternelle ne
serait pas plus intense et plus continue le jour où l’homme et la femme
_vivraient sur un pied d'égalité et marcheraient de conserve vers le
même idéal. Stuart Mill n’en doute pas et l’adhésion de Mistral suppose
chez lui la même conviction.
Enfin Stuart Mill, tout détaché qu'il est des religions positives, n’en
présente pas moins le Christ comme l’incarnation de cet idéal :
«Si cel idéal, dit-il, a été jamais offert au genre humain, c'est dans
le Christ, et je ne sais pas ce qu'on pourrait demander de mieux, soit à un
homme, soit à une femme, sous le rapport du perfectionnement moral que
de lui ressembler. Or ce caractère-là est aussi projondément récl que poëti-
quement élevé ct émouvant. »
*
* *
Ce sera une gloire pour Mistral d’avoir provoqué une telle réponse.
Et l’on n’en regrette que davantage de ne pas pouvoir lire sa propre
(1) {a dans le texte.
(2) remplissait dans le texte.
+
68 STUART MILL ET MISTRAL
lettre. Espérons du moins qu'il en aura gardé une copie et qu’elle sera
publiée un jour. En attendant, nous ne savons d'elle qu'une chose :
que l’adhésion de Mistral aux idées de Stuart Mill a été pleine et en-
tière. Car s’il avait fait des restrictions, il est vraisemblable que, sui-
vant son habitude, Stuart Mill les aurait discutées.
J'ai à peine besoin d'ajouter qu’il faut écarter l’idée d’une adhésion
de pure forme, de simple politesse, ce qui serait injurieux pour la mé-
moire des deux correspondants.
I n'y a pas lieu, non plus, d'y voir une ironie vulgaire, également
déplacée. L'ironie de Mistral est tout autre et bien plus profonde : elle
est dans la plupart de ses idées, même les plus chères. Toutes les opi-
nions de Mistral, — et elles sont plus variées qu’on est tenté de le croire
—, sont également sincères, vivantes, passionnées, mais presque toutes
sont également symboliques et ne doivent pas être prises au pied de
la lettre. Je crois qu’au fond de la pensée mistralienne, il n’y a que le
Bien et le Mal, et, comme réalité suprême et définitive, le triomphe
du Bien sur le Mal. Tout le reste est subordonné à cette loi souveraine.
C’est pourquoi l'idéal de justice, exalté par l’auteur de l’Assujcttisse-
ment des femmes a séduit l'âme généreuse de Mistral, comme l'avaient
enthousiasmée l'idée provençale et l’idée latine.
Aussi bien l'émancipation de la femme est analogue à celle de la
Province. La Provence, tenue en tutelle malgré sa beauté physique
et morale, malgré le pacte libéral par où elle s'était donnée à la France,
est dans la même situation que la femme moderne. Le Code civil et
les lois politiques procèdent du méme esprit jacobin que la centrali-
sation administrative. |
D'ailleurs cette adhésion sincère au « féminisme » s’est produite à
une époque toute particulière et décisive de la carrière de Mistral. Elle
se rattache assez étroitement à ce qu’on a appelé le « républicanisme
de Mistral » qui paraît s’être affirmé plus nettement aux dernières
années du Second Empire. Sa lettre et celle de Stuart Mill sont de 1860,
Il ne faut pas s’imaginer, du reste, que Mistral se classât ainsi parmi
les « rouges du Midi ». Son républicanisme était d'essence assez rare et
ne l'empêcha pas plus tard de partir en guerre contre les Jacobins de
STUART MILL ET MISTRAL 69
la Troisième République. Il ne fut d’ailleurs pas plus tendre pour leurs
adversai es, les conservateurs et les monarchistes.
Sous le bénéfice de ces réserves, Mistral, malgré certaines apparences,
est un vrai démocrate, « le démocrate idéal », comme l’appellera Paul
Mariéton (1) ; et, par son féminisme, il se plaçait tout à fait à l’avant-
garde des démocrates français de cette époque. Il avait toujours eu
l'esprit libéral et hardi.
On sait qu'entre 17 et 18 ans, il fut pris d’un zèle ardent pour la révo-
lution de 1848 et à la façon dont il raconte la scène où son père le lui
‘reprocha durement, on sent bien qu'il ne fut pas convaincu par les ar-
guments paternels. Ce fut plutôt le père qui fit des concessions. S'il a
gardé une piété filiale à Lamartine, la reconnaissance était certaine-
ment doublée d’une réelle sympathie intellectuelle. Ce n’est pas non
plus sans aucune intention politique qu'il réédita, en 1862, le Galoubet
de Jacinte Morel, et écrivit une préface élogieuse sur ce poète, qui, à
la nouvelle de la Révolution, quitta sa chaire de rhétorique au collège
Bourbon d’Aix-en-Provence, et jeta sa robe de Doctrinaire aux orties,
pour venir défendre dans sa bonne ville d'Avignon les idées libérales
des Girondins.
D'ailleurs, au moment où il se ralliait au féminisme de Stuart Mill,
Mistral sortait d'une période d’ambition politique. Bonaparte-W'yse,
qui était son adnurateur et son ami et qui, à ce moment-là, fut un peu
son confident, trouve qu'il devenait « révolutionnaire. » Mistral lui
écrivait à la date du Ier mars 186: :
“ Les temps futurs sont à l'union non à la séparation. Maïs aussi et
Surtout, ls sont à la liberté, à la liberté des races, des cités, des individus
dans l'harmonie. N'est-il pas évident pour tous ceux qui réfléchissent
que l'Europe — même en conservant ses rois et ducs et empereurs — court
à l'union républicaine? (2) »
Enfin l’époque où nous sommes est celle de Calendal, poème de pre-
1} Poéles provençaux contemporains, Nouvelle Bibliothèque populaire,
Paris, Henri Gautier, 1888, p. 4.
21 Lettre publiée par J. Ch. Roux (Prorençal de Paris, 17 nov. 1912) et citée
Par Jules Véran : De Dante à Mistral. Paris, de Boccard, 1922, p. 109.
70 STUART MILL ET MISTRAL
mier ordre, généralement peu compris et injustement placé au-dessous
de Mireille. Il est cependant, à mon avis, d’une force bien supérieure,
et surtout d’une plus large envergure. On n’y a vu que l'exaltation
de la Provence de la mer et des montagnes. Maïs Théodore Aubanel
ne sv est pas trompe et en a bien comyris le sens profond. Au lende-
c'ain de sa publication, il écrivait à sa lointaine amie, Mile Sophie de
Lens + janvier IS0>) :
Ce gui a charité dans Calendal) c'est la lutte éternelle du bien
ccnire de mal, ce sont les ans d'une die éprise de l'infini... Je crois,
Mademeisele, que ceiée éfofce, emS$retnte d'une inspiration St élerée,
pesera tune des litres de da Provence. Leftres à Mignon, p. 28)
E:tectivertent, au chant IX de cæ poème p. 362\, Estérelle, deman-
dant à Caiendal un suprème etfort. Ru dit :
P'eicn frecrdin rent ersé Sur Le nate, — va, sets le crerater, Partie
— Mans ses entr lesiasines que fon Cet SOUS dar ie — en: #rasse la fatrié
-
HR MN me LEON CA USSN Poe, PNR NS En LES = At at St UF E HS _.
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Cette epogte de Caendal est, Je crois, l'ai ogée de l'œuvre mistra-
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STUART MILL ET MISTRAL 77
puisque les idées qu'ils défendaient alors l’un et l’autre, contre la pres-
que unanimité de l'opinion publique en France, ont fait, depuis, beau-
coup de chemin. |
*
* *
I1 me semble que cet enthousiasme « féministe » donne à la physio-
nomie énigmatique de Mistral un air assez inattendu. Lui, si rassis, si
pondéré, si régulier dans ses travaux et son apostolat, si attentif aux
moindres articles d’un programme, si minutieux à recueillir les expres-
sions et les antiquités provençales, nous apparaît disposé à caresser
tout rêve généreux, prompt à se dégager des idées courantes, dépassant
en hardiesse non seulement ses amis politiques, mais ses adversaires
mêmes |
L'opinion courante est trop portée peut-être à voir dans Mistral un
traditionnaliste, hypnotisé par le souvenir d’un passé, glorieux sans
doute, maïs à jamais disparu. Son féminisme, si on le rapproche d’au-
tres vues analogues, nous révèle un Mistral préoccupé de l’avenir, et
mème d’un avenir quelque peu lointain. « Ayons, dit-il, les yeux ou-
verts autant que la mémoire. » (1) |
Et par là son culte très réel, très authentique, pour les institutions
qui firent de la Provence le pays de la sage liberté, de la poésie, de la
beauté et de la vaillance, prend un sens nouveau. La Provence, Mistral
le dira plus tard, fut pour lui le symbole de l’Idéal, qui n’est ni passé,.
m1 futur, mais de tous les temps : :
€ ...Suyr la mcr de l'histoire, pour moi — tu jus, 6 ma Provence, uñt pur
Symbole, — un mirage de gloire ct de victoire qui. — dans l'écoulement
lénébreux des siècles, —.nous laisse voir un éclair de Bcauté. »
(Lis Oulivado. L'archétype).
Alfred DUMAS.
(1) Lis Isclo d'or, La brassado, p. 502 (édition Lemerre).
LS
PLAN DE L'ÉGLISE
1. Chapelle Saint Joseph. A Sacristie.
2: — Ames du Purgatoire. B.. Arrière Sacristie.
3. — Saint Antoitie. C. D. Débarras.
4. — du Rosaire. Dépôt de chaises,
5. — “ainte Anne,
o. — Saint Vincent.
7. — Sacré-Covur,
Les parties pleines sont du XII Ss.
— eu hachures : 1% agrandissement,
— eu quadrillé: 2° —
_ sablées 3 après le XVIII Ss.
L'Eglise Paroissiale de Valréas
PAR
M. l'Abbé François DUTERTRE, Vicaire
,
L'église paroissiale de Valréas est un des monuments les plus intéres-
sants du Haut-Comtat.
Le but de cette notice est moins de raconter l’histoire de ce monu-
ment vénérable que d’en donner une description aussi complète que
possible tant au point de vue de son architecture qu’à celui de sa déco-
Tation. |
I
PRÉCIS HISTORIQUE
| PLAN.
Pour se rendre compte du plan primitif de l’église, il faut faire abs-
traction des constructions accumulées au cours des siècles autour de
la nef. Retranchons par la pensée les deux bas-côtés et les chapelles
adjacentes, la grande voûte et la chapelle du Rosaire, enfin les deux
chapelles qui prolongent le transept.
On se trouve alors en présence d’un plan très régulier affectant la
forme d’une croix latine : nef en deux travées, transept, chœur et ab-
side.
Les deux travées mesurent en longueur 18 m. 90 ; le carré du tran-
sept a 6 m. 87 de côté ; le chœur et l’abside 7 m. 25 : soit une longueur
de 33 m. 02. Le transept a 15,51 entre ses deux extrémités. Comme
nombre de ses contemporaines, l’église ne possède pas deux dimensions
74 L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
symétriques. Il est intéressant de noter que l’écartement des piliers
de chaque travée varie entre 7,05, 6,20 et 6, 10.
Ja voûte ajoutée à l’ouest de la nef à 14 m. 80 d’ouverxture et 8 m. 50
de long. Ce qui donne à l'édifice, de bout en bout une longueur totale
de 41 m. 57, avec une hauteur moyenne de 15 à 16 m.
ESSAI DE CHRONOLOGIE.
Faute de documents, il est impossible de fixer la date exacte de la
construction de l'église. M. Camille Bréchet, dans son guide du Nvon-
sais, dit que la ville parait devoir son existence à une abbaye fortifiée
qui aurait été construite sur le monticule où se trouve l’église. Celle-ci
n’est probablement pas la première qui ait été élevée en ce lieu. D'a-
bord parce que la cité existait au Xe s. ; parce qu'il y avait une com-
munauté de chrétiens : et aussi parce que l'infrastructure parait bien
dater de l’époque carolingienne : son appareil est irrégulier, formé de
pierres sommairement taillées. En outre, d’où proviendraient les sculp-
tures remployées dans la voûte de la première travée? A les examiner
attentivement, celles-ci ne paraissent pas postérieures au XIe s. Flles
ne peuvent avoir été placées en clé de voûte qu’au moment de l'achè-
vement de cette partie de l’église.
Quant à dire que ces débris proviendraient de la ville romaine d'Ale-
tanum (Le Pègue), c'est affirmer une pure hypothèse.
Les entrelacs carolingiens de la façade sud, comparables à ceux de
Vaison, doivent provenir de monuments étrangers à la ville, bien qu'ils
soient de la mème pierre que le reste de l'édifice.
Valréas possédait au XIe s. un prieuré dans le quartier de Saint Vin-
cent, à 1.500 m. au sud. Ses prieurs étaient nommés par l’abbé de Cruas
(Ardèche). Vers la même époque, un second prieuré fut fondé sous le
vocable de N.-I). de Nazareth, à proximité du château des comtes
Ripert. Ilse peut, comme on l'entend souvent dire, que l’église actuelle
ait été construite sous l’inspiration des moines de Cruas. Il y a loin de
là à prétendre que notre église ressemble à celle des bénédictins de
Cruas ; elle sera plus utilement rapprochée de celle de Bourg-Saint-
Andéol.
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS 75
Par la sobriété de ses ornements, l’église de Valréas est bien anté-
rieure à ces dernières. Ici, plus qu'ailleurs, apparaît l'ignorance dans
l’art de buter les voütes. Notons en passant que les marques de täche-
rons font totalement défaut.
Quoiqu'il en soit, l’église primitive devint bientôt trop petite. Dès le
XIIe s., on appuya sur les murs extérieurs d'alors, une nef en demi-
berceau. On perça les murs latéraux des deux travées et de chacun
des côtés ouest du. transept, et force fut alors de reporter plus au sud
le portail primitif. Ce travail dut s’accomplir en une soixantaine d’an-
nées. L’ornementation du portail sud, donnant sur la place Pie, permet
de fixer l'achèvement de ces agrandissements vers la fin du XIle s.
En 1477, on construisit la grande voûte, au couchant. Pour ce tra-
vail, l'entrepreneur Vitalis Revote, de Montségur, reçut 12 florins 1;
Déjà recouverte par des dalles en 1450, l’église fut pavée en 1402.
Elle servait de lieu de sépulture à nombre d'habitants notables. ‘l'el
un Raymond qui au XVIIIe s. désire être enterré près du confessionnal
du secondaire (le vicaire). Le dallage a été remplacé au début du siècle
par la mosaïque actuelle.
Les chapelles ont été édifiées par les soins de certaines familles ou
corporations qui les dotaient de bénéfices modestes en raison du nom-
bre des chapellenies. La plus ancienne est celle de Saint Joseph, autre-
fois Saint Benoît ; et celà ne surprend pas dans une église qui doit son
origine à un prieuré bénédictin. Peu après, fut construite celle de Saint
Vincent, au côté nord. En 1505, les Fournier font bâtir la chapelle de
Saint Joseph (Ames du Purgatoire), au côté sud. Presque immédiate-
ment celle de Saint Antoine, jadis dédiée à Saint Etienne. Ia chapelle
du Rosaire est édifiée en 1719, celle du Saint Sacrement, aussi au
XVIIIe s. et est devenue celle du Sacré-Cœur. En 1840, on élève la
Chapelle de Sainte Anne. Enfin, le local servant d'entrepôt aux chaises
date de la même époque.
La sacristie appuyée à l’église peut être du XVIe s., et on croit que
l'arrière sacristie était un oratoire dédié au Saint Esprit. Les boiseries
du chœur empêchent de se rendre compte de son accès.
L'appareil est moyen pour les voûtes, tandis que les murs inférieurs
Présentent un appareil irrégulier. Les angles sont formés de pierres
76 L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
taillées, et les murs sont en maçonnerie qu'il serait peut-être disgrà-
cieux de dépouiller de son badigeon. Aussi a-t-on cru sage de blanchir
l’église depuis le XVIIIe s. En 1822 ce badigeonnage a été exécuté à
la satisfaction de tous, écrit-on alors. La couleur de ces badigeons était
fort variable, et devait peut-être suivre les influences de la mode.
| Ainsi, vers le milieu du siècle dernier, les murailles jusqu'à hauteur de
la corniche étaient de couleur rouge marbré.
II
DESCRIPTION
1. L'INTÉRIEUR
Pour étudier méthodiquement l’archéologie de l’église, il convient
de commencer par la grande voûte, au revers de la façade occidentale.
La grande voûte. — Comme on l’a vu, cette grande travée était des-
tinée à allonger l’église. Au lieu de prolonger la nef centrale et ses bas-
côtés, on a préféré construire une voûte d’un seul jet, avec une portée
exceptionnellement impressionnante. Sans aucun doubleau, la voûte
en tiers-point, fort élargie, d’une part semble seulement juxtaposée à
l'édifice roman dont il a fallu démolir la façade occidentale : d’autre
part, elle est appuyée sans contrefort sur les murs déjà assez épais.
C’est une réalisation audacieuse qui a duré cependant, malgré les crain-
tes de ruine que,vers 1889, une municipalité exprimait moins par souci
de la sécurité publique que par sectarisme : elle fit barricader l'accès
de cette partie de l’église, comme certains crochets en témoignent.
À droite s'ouvre par un arc percé dans l'épaisseur des murs, la cha-
pelle de Notre-Dame du Rosaire, chère à la piété des Valréassiens.
Construite avec les pierres d’une chapelle privée, elle possède une voûte
en ovives. Elle est médiocrement éclairée par deux ouvertures en œil
de bœuf, qui jurent dans un ensemble ogival assez heureux. Souhaïitons
qu'on les remplace par de vraies fenêtres du même style que la cha-
pelle.
I,a tribune de l'orgue a été construite en 1723. En face, contre la
paroi de la nef, l'autel des saints Roch et Sébastien (gauche) et celui
L
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS : | 77
des saints Crépin et François-Régis (droite), tous deux restaurés en
1818. |
La nef. — Malgré les multiples couches de badigeon, il est assez
facile d’admirer l’appareïl des deux travées de la nef. Celle-ci est re-
couverte d’une voûte en berceau, soutenue par des doubleaux à deux
ressauts, reposant sur des pilastres que l’on a taillés en biseau ,vers
1840, jusqu’à une certaine hauteur afin de gagner la place de quelques
chaises. À ces pilastres et à ces doubleaux correspondent des contre-
forts très épais, dont trois sont encore visibles dans leur partie supé-
rieure. Le reste a été démoli lorsqu'on construisit les deux collatéraux,
dont les murs à leur tour remplissent le rôle des contreforts antérieurs.
Avant l'agrandissement de l’église au milieu du XIIe siècle, les murs.
s'évidaient, à l’intérieur de la nef, sous une grande arcature double,
de dimension variable (5 m. 35, 4 m. 88, 5 m. 12). À la construction
des bas-côtés, ces évidements furent totalement percés. Le visiteur
non averti de ces travaux successifs, s'étonne de la masse de ce qu'il
appelle des piliers. Ce ne sont pas des piliers, mais les murs eux-mêmes,
Enfin la voûte de la première travée présente une curiosité qui tient
de la fantaisie. On a inséré, sans doute au temps de la construction de
cette voûte, comme claveaux, une série de personnages sculptés qui,
nous l’avons dit, paraissent provenir d’un monument antérieur, à
cause du caractère archaïque de certaines attitudes et des costumes,
Il est intéressant de les connaître. En voici la nomenclature, les numé-
1os suivent leur ordre de l’ouest à l’est :
18
I 2 3 6 1IO II 12 13 14 15 10 17
19
4 5 7 8 9
I. Cavalier : peut-être le Christ entrant à Jérusalem?
2. Fleur : les pétales très réguliers sont aplatis sur un boudin.
3 Homme ou femme drapée
4, $ 6. Fleurs.
7. Tête d'homme barbu, le front auréolé d'une couronne de perles.
8. Chien ou cheval en marche, les pattes relevées
7S L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
9. Fleur avec rayons
10. Personnage nu brandissant un fléau, ou un morceau de bois re-
courbé. Est-ce la mort?
11. Personnage vêtu d’un collet et surgissant d’un bassin ou tout
au moins d'un mur
12. Personnage assis sur un siège à pieds, tenant à la main gauche
un objet plat difficile à identifier
13, 14, 15 Personnages méconnaissables à cause du badigeon
16 Moine ou paysan, recouvert d'un capuchon.
17. Personnage également revêtu d’un capuchon, mais les bras pen-
dants.
IS. Personnage tête nue, vêtement serré à la taille, le bras droit re-
levé et paraissant indiquer le ciel ou une scène de l’étage supérieur
19. Un ou deux monstres à côté d’une roue fleurie.
Est-ce là ce qui resterait d’un portail primitif, antérieur à l’agran-
dissement de l'église ? Ce n'est guère probable, car au moment de cet
agrandissement, la voute de la prennière travée était montée, et ses
claveaux nécessairement en place. Ou ne les aurait pas remplacés sans
utilité par ces fragments qui peuvent provenir d’un monument de
l'époque carolingienne, porte, sarcophage ou sculpture d’une chapelle.
Les bas-côtés. — Le bas-côté nord parait être le plus ancien. Formé
d'une demi-voute en berceau, il s'étend depuis le transept jusqu'à la
grande voute. Cette demi-voute est soutenue par deux arcs doubleaux
qui s'appuient aux tronçons des contreforts de la nef. Comme en celle-
Ci, une corniche court à très faible hauteur, formée d’un cavet et d'un
quart-de-rond. La mème moulure est répétée avec plus ou moins de
succès au sommet des pilastres,.
Sur ce bas-coûte s'ouvre la chapelle dite de Saint Vincent, qui pour-
rait ètre du XVe s. Flle est voutée en croisée d’ogives soutenues par
quatre nervures dont deux reposent sur des colonnes avec chapiteaux.
Cette chapelle était primitivement éclairée par une seule fenètre dont
la trace est visible de l'extérieur. Elle a été remplacée par deux fené-
tres vulgaires, et pour elle 1} faut exprimer le mème désir de prochaine
testauration.
Lee à nn =
nus 8 RSS ge Ge — _
L
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS 79
La chapelle de Sainte Anne est de construction récente (XIXe s.) et
n'offre aucun intérêt.
Le bas-côté sud a été plus modifié par l'édification de chapelles ados-
sées successivement les unes aux autres, comme en témoignent les con-
treforts extérieurs.
L'une, dédiée aux âmes du Purgatoire, était celle de la famille des
Fournier (1305). Elle est éclairée par une fenêtre haute partagée par
deux meneaux au sommet desquels régnait une rosace. Voüte en croi-
se d'ogives reposant sur des chapiteaux bien ensevelis sous la chaux.
L'autre chapelle, celle de Saint Antoine, est de date un peu plus ré-
cente et a été restaurée au milieu du XIXe s., par la famille Prosper
Mevnard. La fenêtre est semblable à la précédente. Notons que les ro-
saces sont aveugles et gagneraient à être débouchées et pourvues de-
vitraux.
Ce qui intéresse le visiteur perspicace, ce sont les deux colonnes en-
chassées dans le mur, à droite et à gauche de l’arc de la première tra-
vee, Ces deux colonnes reposent sur un socle formé d’un boudin et d’un
filet. Celle de droite, auprès du bénitier, est surmontée d’un chapiteau
orné de feuilles. Celle de gauche a la mème base et le même diamètre
de fut ; quant au chapiteau, il est orné de feu Ilage et de perles, mais
il a été passablement détérioré. |
La trace heureusement visible des moitiés d’arceaux en plein cintre,
permet de supposer avec de fortes présomptions que ce sont les co-
lonnes des côtés extrêmes du portail primitif, lorsque l’église ne com-
prenait seulement que la nef. En effet, un calcul très simple permet de
reconstituer le portail avec ses trois baies, celle du milieu étant sans
doute seule ouverte à la circulation, les deux autres aveugles parce
que le mur co ntenu dans l’intrados est du même appareil que celui qui
lui est extérieur. |
Ce portail était-il orné d’un tympan sculpté dont les sujets remployés
Comme claveaux de la première travée seraient les vestiges? Nous ne
Saurions l’affirmer ; toujours est-il que ces deux colonnes très écartées
l'une de l’autre laissent croire à l'existence d’un portail dont celui qui
$ trouve plus en avant serait la reproduction.
80 L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
Transept. — Le transept est formé d’une croisée de nefs, couverte
d’une voûte en plein cintre.
Si les dimensions de ces nefs sont inégales, chaque croisillon possède
une absidiole voûütée en cul-de-four et dont l’axe est loin d’être au m1i-
lieu du mur dans lequel elle est bâtie.
L'absidiole du côté nord est percé d’une fenêtre romane très étroite
d'ouverture sans aucun ornement. Elle est actuellement cachée par
un tableau. D'ailleurs cette fenêtre donne sur un débarras où l’on accè-
de par le chœur. Elle est limitée par un arcen tiers-point, dont la partie
droite est empâtée dans un mur où l'on a découvert tout dernièrement
une niche moulurée qui devait servir à entreposer les burettes; l’élé-
vation de cette niche donne lieu de supposer que le sol de cette chapelle
absidiale était plus haut que de nos jours. Une autre niche vient d'être
mise à jour, un peu au-dessous.
L'absidiole du sud est de construction plus régulière, mais elle n'a
ni corniche ni fenêtre. Ici un tableau, pouvant pivoter sur des gonds,
cache heureusement l’envers ou l’endroit d’une cage grillagée qui con-
tenait autrefois la relique de Saint Martin des Ormeaux.
Le croisillon sud est éclairé par une fenêtre haute, en plein cintre
avec large ébrasement, et autour une légère saillie. C’est la seule fenê-
tre ancienne en dehors de celle du chœur. L'église n’en devait donc
posséder primitivement que deux. La raison de cette parcimonie dans
l'éclairage naturel se trouve dans un préjugé relatif à la solidité : des
murs trop ajourés ne doivent pas tenir. Il y a aussi la difficulté d'ob-
turer ces ouvertures pendant l’hiver, surtout dans ce pays exposé aux
vents violents du nord. On pourvoyait à l'éclairage par les lustres gar-
nis de nombreuses bougies.
Le transept lui-même est élevé sur plan carré. Chaque arc doubleau
à ressauts a à peu près la même dimension. Ie transept est couvert par
une voûte en ogives, soutenue par des nervures reposant sur des tron-
pes. La clef de voûte enchassée dans une moulure circulaire, représente
la Bienheureuse Vierge Marie, titulaire de l’église N.-D. de Nazareth.
Disons tout de suite que la clef de voûte est incontestablement du
XIVe siècle, à cause de la finesse de sa décoration ; les murs qui avoi-
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS 81
sinent le carré du transept sont d’une époque bien antérieure, tandis
que la croisée d’ogives ne peut être que du XIVe. Enfin couvrir la croi-
sée du transept roman par une voûte avec ogives n’est pas l'ordinaire
dans l’art du haut moyen-âge. Ces considérations amorcent la question
du clocher et à ce propos on aura l’occasion d’y revenir.
Chœur et abslde. — Le chœur ne comprend qu’une travée voûtée
en berceau et soutenue par un doubleau qui s’appuie sur un pilastre
dont les montants ont été coupés comme tous les autres, jusqu’auprès
de la corniche. |
Par suite de réparations effectuées au premier tiers du XIXe siècle
l'abside n’a plus gardé de son aspect antérieur que la voûte en cul de
tour dont l’appareil est nettement visible sous les couches de badigeon
Dans l’état actuel, le tableau du fond masque la seule fenêtre qui
ait éclairé chantres et clergé pendant de longs siècles. C’est vers 1835
que le conseil de fabrique eut la regrettable pensée de boucher la fenê-
tre primitive et d'ouvrir dans le mur, un peu à droite, une baïe très
large et très haute, seul moyen, pensait-on, de donner au chœur un
éclairage suffisant. Celà ne se fit pas sans dommages tant à l’intérieur
qu à l'extérieur : on dut au dehors mutiler une colonne. et au dedans
donner à cette ouverture l'apparence d’une verrière d'usine : du coup,
le caractère du chœur était changé. De plus, les boiseries installées à
ce moment nécessitèrent des mutilations plus graves encore, bien qu’au-
cun document, aucun registre de délibérations ou de comptes ne fasse
mention des travaux exécutés.
Que l’on enlève le tableau surmonté de la gloire provenant de la cha-
pelle des Cordeliers, que l’on bouche la baie de droite, et l’on aura l’ab-
sde dans son état primitif, et l’art n'aura qu'à y gagner. Mais il man-
quera toujours ce qui a du être démoli au moment où l’on a posé les
lambris autour des stalles. Voici l'hypothèse :
Toutes les églises de la région sans exception, — contemporaines
de celle de Valréas — , ont leur abside ornée d’une colonnade suppor-
tant des arcatures aveugles, celle du milieu étant occupée par la fené-
tre que nous devrions voir À la place du tableau. On peut aisément
constater cette décoration dans les églises de Bourg-Kaint-Andeol,
£2 L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
Bonlieu (près de Marsanne), Cruas, Saint-Restitut, Baume de Transit,
chapelle rurale de Grignan, cathédrales de Saint Paul-Trois-Châteaux
et de Vaison. Faute de cette décoration, cette partie de l’église, la plus
apparente, serait bien nue.
On doit alors se demander pourquoi l’église deV'alréas en aurait été
dépourvue. Evidemment, jusqu'ici, aucune recherche ne nous a per-
mis de découvrir les débris des colonnes ; maïs il y a, derrière les lam-
bris, trois endroits où le mur parait avoir été beaucoup plus abimé
qu'ailleurs. En outre, il y a au-dessous de la naissance du cul-de-four
un évidement qui ne s'explique pas autrement que par la destruction
volontaire des arcatures sur lesquelles la voûte venait s’appuyer. En-
fin, il était nécessaire de faire disparaître ces colonnes gênantes et leurs
arcs, si l’on voulait doter le chœur de boiseries et de stalles comme dans
les grandes villes. : travail jugé indispensable ici, alors qu'il n’en fut
jamais question dans d'autres paroisses.
Espérons qu’un jour, la « plaie éblouissante » de l’abside sera fermée
et qu’on se contentera de la discrète fenêtre romane du fond : alors
l’église aura retrouvé son sens religieux si conforme aux lignes géné
rales de l'édifice.
2. L'EXTÉRIEUR.
Le portail sud. — Ia partie la plus intéressante de l’église est sans
contredit le portail sud qui donne accès à l’église du côté de la placæ
Pie.
I] comprend trois baies. Celle du milieu, composée de trois voussures
ornées, est la plus riche en décoration. L'arc est brisé en feuille de trè-
fle. La première et la troisième voussure sont ornées de fleurs à pétales,
la deuxième d’entrelacs fleurissant un long corps dont la tête et les
pieds reposent sur un coussin. La porte elle-même s'ouvre sur un fond
tréflé et mouluré. Les colonnettes supportant les voussures sont suf-
montées de chapiteaux ornés de larges feuilles ou de palmettes dont les
anyles s'arrondissent en têtes d'homme. Les voussures portent elles-
mémes sur un tailloir large et débordant sans aucun ornement.
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS 83
Les colonnettes sont posées sur un socle carré, relevé par un boudin
<t une bague. | |
L'archivolte est formée d’un arc en plein cintre dont les claveaux
sont ornés de chevrons simples ; l’intrados se compose d’un léger tore
æntre deux filets. La partie comprise entre les chevrons et l’extrados
est occupée par des dessins variés : trèfles, lettres, À majuscule dans
la partie droite, signes divers. Enfin l’extrados est orné de dents de
scie. | |
Les deux portes latérales présentent un caractère analogue : arc en
tiers-point, porte tréflée, fûts de colonne avec chapiteaux en assez bon
état à gauche. La porte de gauche est bouchée et n’a jamais dû servir
à la circulation.
L'ensemble du portail est bordé d’une moulure avec larmier assez
nettement visible. Au sommet de la porte centrale et au-dessous des
dalles, se trouve une sculpture représentant le Christ en croix, d’un
dessin très effacé. À gauche, un panneau très curieux, auquel il man-
que certainement un étage de pierre, nous fait voir trois personnages
<antonnés dans des niches carrées : au-dessous, dans un ovale, un oi-
seau. Le personnage a l’air de tenir un bâton en main. Malheureuse-
ment, cette sculpture, située sous une gouttière, est très abîimée.
À droite, c'est un personnage décapité, revêtu d’une robe qui le cou-
vre jusqu'aux pieds. Ce sont aussi deux figures humaines, représentant
le soleil et la lune, et deux personnages situés autour d’un arbre sur
lequel s’enroule un serpent, illustration évidente de la scène de la ten-
tation d'Adam et d’Eve. Enfin, une pierre ornée d’entrelacs en quatre
parties et en excellent état. |
La pluie, le vent et les tourbillons de poussière ont rongé la pierre
de ce portail devant lequel cependant les visiteurs s’attardent longue-
ment et qui a depuis longtemps sollicité le pinceau d’une foule d’ar-
tistes.
Portail ouest. — Celui-ci, appelé grande porte, se trouve sur la fa-
Sade occidentale de l’église dans l’axe de la nef. Sur un soubassement
Tépose un grand arc soutenu par cinq rangs de colonnes entièrement
dégagées du mur. A chaque rang de colonnes, correspond une voussure
84 L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
finement moulurée : cordon entre deux gorges et deux baguettes. Les
fûts de colonnes sont alternativement cylindriques et polygonaut :
l’un d'eux est une colonne à 16 faces. Les chapiteaux en excellent état
de conservation, soht ornés de fleurs très découpées. Remiarquer le
chapiteau le plus rapptoché de la porte : dans le feuillage, on aperçoit
un moine et un cochon l’épine dorsale hérissée.
La voussure de la porte comprend encore un tore entre deux gorges
et au niveau des chapiteaux se trouvent engagées des chimères. L'en-
seitible du pottail est encadré par un fronton sans décoration. Il n'y a
de place pour aucune statue ; mais tout-à-fait au sommet de la façade,
les maçons ont encastré dans le mur une statue de saint debout dans
un cadre. |
Le portail mis à part, rien de remarquable dans cette haute muraille
qui repose sur des bases consolidées par des arcatures évidées à la base
gauche.
Feñiêtres. — Les fenêtres anciennes sont fort rares pour les raisons
que nous avons déjà signalées. Au-dessus du portail ouest se trouve
une rosace de grande dimension, formée de rayons s’ouvrant en leur
extrémité en quarts-de-rond, et réunis par leur centre à une couronne.
Cette rosace paraît plus ancienne qu’elle ne l’est en réalité. Elle est
entourée d’un cordon formé de deux boudins et d’une baguette. Il y a
à peu près la même moulure sur la face intérieure.
A droite et à gauche, il y avait deux fenêtres en ogives, maintenant
à moitié bouchées. Enfin l’orgue installé à la tribune au revers de cette
façade masque la rosace qui a été aveuglée par des pierres et des bri-
ques, et on a ouvert par la suite les deux ocu/i qui donnent maintenant
à l’église une lumière parfois trop violente.
Notons en passant les fenêtres des chapelles latérales du bas-côté
sud :; celle de la chapelle du Purgatoire qui avait une rose au-dessus
des deux meneaux ; de même à ia chapelle de Saint Joseph, la fenêtre-
qui est bouchée en raison de la présence en cet endroit d’une gigan-
tesque statue.
Les quatre contreforts correspondant aux diverses chapelles mon-
‘ trent sans conteste qu'elles ont été construites longtemps l’une après
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS 85
‘l’autre. La deuxième porte au-dessous du larmier deux anges soute-
nant l’écusson de la famille des Fournier qui fonda le chapelle.
Couverture. — L'église est couverte de dalles appelées « bards »,
posées en chevauchement. Autrefois, tout l'édifice était couvert de la
sorte. On n'a utilisé les tuiles qu’en raison du coût de la pierre et sur-
tout de la fragilité de certaines voûtes. Sous la toiture du transept,
on pourra voir les modillons très nombreux aux diverses figures d’'hom-
mes ou d’animaux.
Clecher. — Le clocher, ou pour mieux dire : les clochers, sont éta- |
blis sur une plateforme à plan carré au-dessus du carré du transept. Il
y a d’abord un campanile octogonal ajouré de 8 baies trilobées et de
couverture conique. Ce clocher est un monument apocryphe : ce n’est
qu'une restauration maladroite, mais riche en indications pour l’ar-
chéologue.
L'autre clocher est édifié dans le style répandu en Provence et dans
le midi de la France. Ce clocher à arcade est percé de trois ouvertures
dont celle du haut a été bouchée, alors que les deux autres, en dessous,
sont utilisées par les cloches.
Etait-ce là le clocher primitif? Rien n'empêche d'admettre que le
clocher-arcade est contemporain de la construction de l’église. Plu-
sieurs monuments analogues ont de ces petits clochers. Mais alors est-
ce pour soutenir cette modeste construction que servent les deux arcs-
boutants au nord et au sud de la plateforme? A bien considérer l’en-
semble de l'église, on se rend compte que ces deux clochers sont bien
disproportionnés avec l’église. À un monument de cette taille il faut
un campanile important. Rien non plus n’empèche de supposer une
tour qui a pu se démolir ou même n’a pas pu être achevée.
Les églises semblables de Bourg-Saint-Andéol, Cruas, Cavaillon,
Le Thor, ont un clocher en forme de tour au-dessus de la croisée du
transept. À cette tour, correspond à l’intérieur une coupole supportée
par des trompes. Des arcs-boutants sont alors justifiés. C’est, à notre
avis, ce qui devait exister à Valréas.
On sait que la croisée du transept est voûütée en croisée d’ogives,
86 L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
tandis que tout l'édifice est d’une époque antérieure. Pourquoi cette
forme de voûte, si l’on ne peut pas supposer que cette voûte remplace
une coupole ou une tour qui n’a pas pu tenir?
_ Pourquoi ces quatre trompes si elles n'étaient pas destinées à sou-
tenir les ressauts intérieurs préparant la coupole? Pourquoi, à l'exté
rieur, ces deux arcs-boutants trapus et solides, s'ils ne devaient pas
buter une tour?
On ne saura sans doute jamais le dernier mot du problème, mais on
peut se représenter l’église surmontée d’un clocher analogue à celui
de Bourg-Saint-Andéol, élevé d’un ou de deux étages avec des arca-
tures aveugles, et un étage d'ouvertures destinées aux cloches, et l’en-
semble surmonté d’un toît plat ou à peine conique, si la tour était polv-
gonale. A l'intérieur, la lumière serait descendue douce et céleste, com-
me à Notre-Dame des Doms, en Avignon. N'est-ce pas pour remplacer
les fenêtres de la tour lanterne, qu'au moment de la réfection du clocher
on a pratiqué dans le mur de l’est cet oculus triangulaire nanti d’un
vitrail? Est-ce aussi pour conserver le souvenir de cette tour à jamais
démolie, que l’on a élevé à l'extrémité de la plate-forme le campanile
trop neuf dont les ouvertures trilobées jurent avec le style sévère de
l’église? Quant au clocher arcade, sa construction était d’une impé-
neuse nécessité. Il était facile d’imiter dans ce genre et on en est resté
là.
L'abside et.le chevet. — L'abside est formée de cinq pans rectangu-
laires dont les angles sont appuyés sur des pilastres avec chapiteaux
très abimés. Chaque pan est orné dans sa partie supérieure d’une ar-
cature géeminée dont les montants s'appuient sur trois colonnes. Enfin
une série de modillons est répartie tout autour sous la toiture en dalles
et elle-mème agencée en section conique. |
L'abside est percée d'une seule fenêtre. Les deux ouvertures prati-
quees au XIXe s. ont exige la destruction de deux colonnes médianes
de l'arcature qui sert de frise. La fenètre du milieu est très intéressante:
c'est une ouverture très étroite de 23 centimètres environ et longue de
70 à So. Elle est bordée de deux colonnes en boudin de très court rayon.
On peut voir là mème au Thor, à Clamecr, etc.
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS 87
Au dessus de cet arc, une archivolte composée de claveaux reposant
sur des chapiteaux de deux colonnes posées sur des socles carrés. Au-
tour de la fenêtre, une moulure terminée en bout brisé. À cause de
cette fenêtre, la colonne médiane est plus courte que ses voisines.
DÉPENDANCES.
Ajoutons quelques mots sur les dépendances de l’église. La sacristie
comprend deux appartements voûtés, et le premier en deux travées.
Des documents anciens signalent l'existence d’une chapelle du Saint
Esprit.
Du chœur, on accède à la sacristie par un étroit passage Tpratiqué
dans le mur, dont on peut admirer l'épaisseur.
La clastre, ou habitation du moine représentant l’abbaye de Cruas,
était située au dessous de la sacristie, Deux arceaux contenus dans une
maison adjacente permettent de situer à cette place la demeure du
prieur paroissial.
Jusqu'au premier quart du siècle dernier, l’église était entourée du
ümetière. Jusqu’alors on devait descendre une ou deux marches pour
entrer dans l’église par la porte de la place Pie. L//enlèvement des tom-
bes a certainement abaissé le niveau de la “blace. On allait, dit-on, de
blein-pied du jardin des Pénitents Blancs à l’église. Le vent, très vio-
lent au passage du côté nord, et la pluie ont aussi contribué à cet abaïis-
sement qui atteint de 1 à 2 m. Le terrain qui se trouve derrière l’église
autour du chevet et sur le côté nord, contient de très nombreux osse-
ments et par là on peut se rendre compte des détails de l’abside et de
la place des arcs-boutants : on ne manquera pas de s’y rendre.
L'escalier qui donne accès au clocher, débouchait primitivement
dans le transept sud. On voit encore la trace de son ouverture près
d'une inscription relative à la famille des Fournier. Cet escalier à vis,
dont les premières marches sont raides, est pratiqué dans l'épaisseur
du mur et se termine en rampe droite. À sa sortie, il faut marcher sur
l toiture du transept.
KB L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉ =
Voici le texte de cette inscription.
ANTIQIAE ET NOBILI FORNERIOR
UM FAMILIAE HUC AB AN MCCCCX
VII PER IQ ARTHAUDUM ADELPH
NATU TRANSLATAE SUB Sma — DN
d
PROTECTIONE IN HOC SACEL AB
HOC TEMPORE SEPULCHRO ELE
CTO POTITAE S P DE FOURNIER O
ET M PXMI ET DUO PHILIPPI DNI
DAULTANE ET DE LOYSONVILLE
MONUMENTO CONDENDPIS CADAVERI
BUS ULTIMUM IUDICIUM ENPECTATURIS
DICATUM OPERE TESDITUNEO IN F
ORNICES CONCINNATUM CARIS ET
CLARIS PARNTIBU SIBI SUIS POST
ERISQUE EORUM FIERI CURARUNT
AN. SAL. CIC DCXLIX
II
MOBILIER ET DÉCORATION INTÉRIEURE
L'orgue. — Le premier orgue serait l'œuvre d’un religieux augustin
de Nice, nommé Antoine Milani. Il fut inauguré le 7 septembre 1506
et les personnages composant le chapitre constatèrent que les orgues
« étaient suffisantes et bien sonnantes ». Ce n'est qu’en 1783 que l'on
construisit la tnbune actuelle où l'orgue, déjà réparé en 1638, fut défi-
nitivement installe. On en profita pour le revoir de nouveau moyen-
nant le prix de 2700 livres. Sa dernière rvision date de 1911.
est possible qu'il se soit d'abord trouve sur une tribune au tran-
sept sul.
Les autels. Les autels sont à peu près tous compris de la même
lacon, Le maître autel se trouvait plus en arrière, mais à partir de 1684
D ut avancé pour être visible de toutes parts. L'’autel actuel et la ba-
buste de connmunion en ter forgé datent de 1784 La table d’autel
est en loune de tombeau, et le tabernacle orné de deux groupes d’'an-
pen est surmonté d'un bailaquin qui par son stvie et ses proportions
bnp, à emma, Pharmonte des Unes architecturales.
at Et ns me
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS 89
L'autel du croisillon nord est une dalle funéraire portant une.ins-
criptidn sans intérêt.
Les autels de ces deux absidioles proviennent du couvent des Corde- .
liers, ainsi que la gloire qui surmonte le tableau au fond de l’abside.
L’autel de Saint Vincent et le rétable doré de la chapelle du Rosaire’
proviennent de la chapelle du séminaire. Sous la grande voûte, on a
placé deux autels, dont l’un dédié à Saint Crépin dont on gardait à la
sacristie le buste avec celui de Saint Vincent.
L'autel du Rosaire fut acheté par la caisse de la congrégation des
Enfants de Marie pour la somme de 2000 fr. et bénit le 14 ou 15 août
1853. | |
L'autel de Saint Antoine fut donné par la famille Rieux vers 1854.
Les fonts baptismaux qui se trouvaient dans cette chapelle furent alors
transportés là où il sont maintenant.
Statues. — L'église possède peu de’ statues anciennes. Près de la
porte du sud, une vieille statue de la Vierge, N.-D. de Nazareth, en |
bois, malheureusement peinte en brun clair, mériterait de retenir l’at-
tention. Nous nous arrêterons plus volontiers à la chapelle du Rosaire
qui possède une statue de Notre-Dame en pierre sculptée et qui offre
un ensemble heureux de pieuse expression.
La chapelle de Saint Vincent garde le buste en bronze argenté à 7
feuilles de Saint Martin des Ormeaux, évêque de Saïnt-Paul-3-Chä-
teaux, dont le corps fut transféré à Valréas. Avant la Révolution, le
reliquaire était supporté par quatre petits lions en argent
De chaque côté de l’autel majeur, sur des consoles, des anges ado-
tateurs placés là en 1735.
En 1784, M. de Moracet rapporta de Florence les deux statuettes
qui sont dans la chapelle de Saint Joseph.
Tableaux. — Pour les examiner, suivons l’ordre indiqué par le che-
min à suivre dans l’église
Chapelle de Saint Antoine : Le miracle du pied coupé, de Pierre Par-
rocel (XVIIe s.).
Purgatoire : La Vierge aux œufs, de P. B... 1668. — Saint Joseph :
La inort de Saint Joseph; de M. Berlet, don de l’Etat,1832.
90 L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
Transept sud : Sainte Thérèse.
_ Chœur : à gauche, très en lumière, la Vierge aux raisins, de Courtois
d'Avignon. Au fond, l’Assomption de Marie, de Bernardino Roderio.
1605. A droite et trop dans l’ombre : La Circoncision. Ce tableau sur
bois, sans nom d'auteur, mérite de retenir l’atterttion. Le sujet traité
est d’ailleurs fort rare. On remarquera la finesse de physionomie des
personnages, surtout de ceux qui se trouvent au second plan. Le grand
prêtre tient l'Enfant Jésus sous le bras, tandis que Saint Joseph lui
tient le corps ; la Sainte Vierge, sous les traits d’une femme opulente,
retient sa douleur. Derrière eux, tous les personnages paraissent inté-
ressés par la scène. On observera la richesse des couleurs de ce tableau »
un des plus anciens de la région et des plus curieux. On pourrait le da-
ter du milieu du XVIe s. | |
Transept nord : les Anges gardiens. — Saint Vincent : Saint Vincent.
martyr, et Saint Louis de Gonzague.
Au-dessus des fonts baptismaux : Saint Jean-Baptiste.
En face, sur la paroi de la chapelle du Rosaire : Marie protectrice de
la cité, ex-voto de la ville qui fut préservée de la peste en 1725. Dans
la même chapelle, la Présentation, attribué à un artiste de Marseille ;
et en face, La Visitation, de Nicolas Mignard, dont une copie se trouve
dans la chapelle rurale de Marie-Vierge, à côté du cimetière de la ville.
Enfin sur le mur de l’arc, reproduction un peu simpliste d’un rare exem-
plaire de !’Adoration des Mages, conservé dans la chapelle du grand sé-
minaire d'Avignon.
Autres curiosités. — C’est dans la paroisse que fut baptisé le futur
cardinal Maury orateur écouté aux Etats généraux, archevêque nonimé
de Paris, mort à Montefiascone en 1817. Il fit sa première communion
dans la chapelle du Rosaire et fut confirmé dans cette église. En sou-
venir de ces circonstances, il a donné en I8II et 1812 un ornement
blanc orné de fleurs de soie brodées : on ne se lassera pas d'admirer la
variété des teintes,et le fondu avec lequel sont traités particulièrement
les œillets. On garde aussi de lui deux calices, un ciboire, deux missels
de rite gallican.
Le trésor conserve l’anneau pastoral de Saint Martin des Ormeaux,
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS OI
gros anneau en fer, la croix pectofale de ce saint, le tout provenant de
la famille d’Aultane. On se fera montrer aussi un coffret en métal ar-
genté, très lourd, d’origine byzantine, que l’on croît être du XIIIe s.
Il a été arrangé pour contenir les boîtes à Saintes huiles. Sur le cou-
vercle en forme de dessus de châsse et sur les parois, sont gravées au
burin les têtes des apôtres et du Christ.
Dans 1a sacristie, le buste du Cardinal Maury et la première inscrip-
tion relatant sa mémoire. Dans le même lieu une toile peinte et une
soie brodée représentant Saint Pierre et le coq.
Dans le pilier du transept sud, derrière l’ange doré, un crucifix qui
parait être en bois, mais qu’il est difficile d'apprécier à cause du badi-
geon. |
Enfin, près de la porte ouest, une croix de mosaïque et une inscrip-
tion rappellent la mémoire des parents du cardinal Maury. On ne man-
quera pas aussi de remarquer, accroché au mur de la première travée
un vieux drapeau, croix rouge sur fond blanc, qui servait de bannière
à la corporation des Bouviers (Arquebusiers).
Selon d’autres, qui le tiennent de personnes très âgées, ce drapeau
serait un étendard contemporain des guerres de religion dans notre
pays et serait appendu aux murs depuis le XVIe s. On le portait au
cortège traditionnel du Petit Saint Jean, alors que cent fusiliers exé-
cutaient, derrière, une salve de mousquèterie.I,e drapeau des Bouviers
était au contraire bleu, rouge, blanc.
Avant de quitter l’église, il faut aller voir sur les colonnes du portail
occidental les « graffiti » qui échappent à un observateur superficiel.
Ce sont de curieuses et amusantes inscriptions faites au burin ou au .
couteau sur les dites colonnes. Laissons de côté celles qui n’ont aucun
Caractère d'ancienneté : on a relevé les plus intéressantes. Deux mono-
grammes du Christ. — Un chapeau de cardinal avec ses cordons (gau-
che 1). — Un bénitier surmonté d’un cœur avec une aile (g. 1). — Un
chien ou cochon (?) attaché (g. 2). — Une très belle tête de pape cou-
ronné de la tiare (g. 2). — Un écusson surmonté d’un encadrement où
l'on peut voir une tiare aussi (g. 4). — Un écusson avec une barrière
(8. 4). — Une tête de bourgeois de 1500 coiffé d’un bonnet à 2 pointes
92 EL ÉGLISE PAROISSIALE DE VALRÉAS
(dr. 1)a — Un fort beau monogramnie du Christ IHS (d. 2). — divers
noms } manernon. — Blason pontifical avec les clefs, une belle majus-
cule À (d. 2).
Ainsi, les générations ne se sont pas contentées d'apporter à l’église
des embellissements, mais elles se sont plu à confier à ces muraïlles, à
œæs pierres qui semblent défier les temps et les orages, le secret de
leurs haines et la confidence de leur attachement.
MÉMOIRES
DE
L'ACADÉMIE DE VAUCLUSE
DEUXIÈME SÉRIE
TOME XXVII — ANNÉE 1927
VAISON
MACABET FRÈRES, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
1927
L’exil de Kichelieu
à Avignon
Tout le monde sait qu'après son premier ministère, Richelieu fut
exilé à Avignon, en 1618 ; mais on ne sait guère ce qu’il fit dans cette
ville pendant les neuf à dix mois que dura sa disgrâce.
Lui-même est muet à ce sujet. Vous trouverez dans ses Mémoires
la mention de son départ de Luçon et celle de son départ d'Avignon ;
mais rien sur la phase de sa vie qui se déroula entre les deux dates.
Avenel, qui a publié la correspondance de cet éminent homme d'état,
n'a pu trouver pour la période dont il s’agit que quelques lettres, la
plupart sans valeur au point de vue spécialement biographique. Quant
à M. Hanotaux, à qui est due une importante histoire de Richelieu
dont trois tomes seulement ont paru, il a pu fournir quelques notions
intéressantes, mais incomplètes, grâce à des renseignements que M.
Duhamel, archiviste du département de Vaucluse, lui avait commu-
niqués sur cet épisode de l'existence de son héros.
Nva donc dans l’histoire de Richelieu un vide qui n'a pas encore
été entièrement rempli. Je vais essaver de le faire, au moins dans les
limites de la documentation qu'il m'a été possible de colliger.
I
Le 30 novembre 1616, Armand-Jean du Plessis de Richelieu, évêque
€t baron de Luçon, prieur de Coussav et abbé commendataire de l'Isle-
Chauvet, fut appelé par la faveur de Marie de Médicis au ministère,
avec le double portefeuille de la guerre et des affaires extérieures. Ce
94 - L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
ministère ne dura que cinq mois, ayant été dissous à la suite de l’assas-
sinat du maréchal d'Ancre au Louvre, le 24 Avril 1617, et de l'inter-
nement de la reine-mère au château de Blois. Richelieu, resté fidèle à
sa protectrice, demanda et obtint, le 3 Mai, de la suivre dans son exil.
Albert de Luynes, principal auteur et bénéficiaire de cette tragédie de
palais, connaissait trop la capacité de l’évêque de Luçon pour ne pas
s'inquiéter de l'influence qu’il exerçait sur l’esprit de cette princesse ;
aussi ne tarda-t-il point à le séparer d’elle et à le bannir dans son dio-
cèse, puis, le trouvant encore trop près de la petite cour de Blois, il le
fit réléguer à Avignon par lettre du roi du 7 Avril 1618 (1).
L'ex-ministre répondit à cette lettre le 16 Avril, du château de Ri-
chelieu : « J'’aurois desjà satisfait à ce nouveau commandement avec
la mesme promptitude sy j'eusse eu des commodités présentes pour
entreprendre un si long voyage, ou moyen d'engager et vendre, et
vendre tout à l'instant, une part'e de bien qui me reste ; maïs, Sire. j'y
obéiray si diligemment que Vostre Majesté aura subject de me conti-
nuet tousjours la protection qu'il luy plaist me faire l'honneur de me
promettre par sa lettre (2). » |
Richelieu rapporte en ses mémoires qu’ il reçut la lettre du roi le mer-
credi de la semaine sainte et qu'il partit pour Avignon le vendredi sui-
vant (3) ; mais ses souvenirs ne s'accordent point avec la vérité. La
fête de Pâques en 1618 tomba le 15 Avril (4) ; le mercredi saint fut donc
cette année-là le 11 et le vendredi saint le 13. Or, la réponse à la lettre
du roi étant datée du 16 Avril et envoyée du château de Richelieu, il
s'ensuit que l’évêque de Luçon n'avait pu partir pour le Comtat le jour
du vendredi saint. Il est difficile, d'autre part, d'admettre que la lettre
qui l’exilait, datée du 7 Avril, lui arriva le 11, qui était le mercredi
saint ; à cette époque, vu le mauvais état des routes et la difficulté
(1) Ministère des Affaires étrangères. France, 244, fol. 3,
(2) Avenel, Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'état du cardinal
de Iichelieu (Documents inédits sur l’histoire de France), t. I, p. 569.
(3) Mémoires du cardinal de Richelieu (Soc. de l’histoire de France),t. II, p. 279.
(4) De Mas-Latrie, Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 439.
L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 95
des communications, il fallait certainement plus de quatre jours pour
qu'un message allât de Paris à Luçon. |
Selon toute probabilité, voici comment les faits peuvent être réta-
blis. La lettre du roi arriva à Luçon vers la fin de la semaine sainte ;
l’évêque, qui n’était pas riche et qui avait besoin de réunir toutes ses
ressources pour le voyage qui lui était imposé, se rendit au château de
Richelieu qu'habitaiït son frère aîné Henri du Plessis ; là encore, il fallait
un assez long temps pour se transporter de Luçon, qui est dans notre
département de la Vendée, à Richelieu, qui est dans celui d’Indre-et-
Loire. En tout cas, l’évêque arriva au château le 16 Avril au plus tard,
puisque sa réponse au roi marque ce quantième. Son frère et son beau-
frère Vignerot de Pont-Courlay (1) étant enveloppés dans sa disgrâce,
ils prirent tous trois leurs dispositions, réunirent les fonds indispen-
sables et partirent ensemble. Si ce départ eut lieu un vendredi, ce ne
fut pas le vendredi saint, comme l’assure Richelieu ; mais le vendredi
20 Avril. c'est-à-dire huit jours plus tard.
Le voyage fut pénible, tant les chemins étaient affreux. Partis le 20
Avril, les proscrits mirent vingt-cinq Jours pour arriver à leur desti-
nation. Richelieu avait envoyé en fourrier devant lui, afin d'arrêter
un logement à Avignon, son secrétaire Michel Le Masle et probable-
ment aussi son autre secrétaire René Charpentier (2).
Le 12 Mai 1618, à Avignon, par devant le notaire apostolique et royal
Louis Durieu, Michel Le Masle signa avec l’abbé Jacques de Beaumont,
chanoine de l’église paroissiale et collégiale de Saint-Pierre, un contrat
(1) Henri du Plessis, marquis de Richelieu, conseiller du roi en ses conseils
. d'état et privé et maréchal de camp de ses armées, époux de Marguerite Guyot
de Charmeaux, tué en 1619 dans une rencontre avec le marquis de Thémines :
d’où, sans doute, une des causes de la haine de Richelieu pour le duel. — René
de Vignerot, seigneur de Pont-Courlay, épousa en 1603 Françoise du Plessis,
sœur du futur cardinal. — Le Journal d'Arnaud d’Andilly (p. 349) porte qu'Hen-
ri du Plessis et Pont-Courlay partirent en exil le 10 février 1618 : cette date est
évidemment erronée.
(2) Michel Le Masle entra au service de Richelieu avant 1613 et devint, soit
à la fin de 1632, soit au commencement de 1632, chanoine et chantre de Notre-
Dame de Paris. — René Charpentier fut secrétaire du même personnage au
moins depuis 1609 et le resta jusqu’à la mort de celui-ci (Avenel,t. I, p. MVII
et XVIII).
96
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par les deux parties, :
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qu'il le recevait (2).
Après le texte de cet à.
ne tient pas moins de vin:
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leurs, il ne s’en trouvait pit
quelques tableaux de saintet.
dans les salles et chambres. (4
(1) Archives de Vaucluse, E. Ni
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L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 99
atrizues, 1] se tint noblement et dignement dans l'obscurité, le silence
t le repos. Mais 11 n'est pas niable non plus que, comme un protago-
ciste qui Joue son rôle, 1l se tenait en observation dans la coulisse en
ttendant que son tour vint de rentrer en scène. Il avait continuelle-
nent l'esprit ouvert sur le monde d'affaires qu’il avait un instant
-ominé et où sa place était restée vide. «1 faut, disait-il, dormir com-
ae le lion sans fermer les yeux ». Il attendait donc patiemment que
mn heure sonnât.
La rue qu'il habitait était déjà l’une des plus paisibles de la ville.
- matin, 1] allait dire sa messe aux Minimes de la porte Saint-Roch,
ns un quartier fort reculé et presque désert (1). Il fréquentait aussi,
:-on, la modeste chapelle Notre-Dame du Portail-Peint, à l'entrée
:a rue du Cheval-Blanc qu'on appelle aujourd’hui la rue des Tein-
‘ts (2). I] ne noua de relations qu'avec quelques rares personnages,
ze autres, Jean-François de Bagni, évêque de Patras, qui était à
+ époque le vice-légat de la cour de Rome à Avignon (3) ; M. de
ns de Vedènes (4) ; le carme déchaussé Jean-Marie, dont je
za plus loin ; le vicaire des Observantins (5), et le chanoine Patrice
.-usnier.
1 1l crut qu'on commençait à ne plus s'inquiéter de lui à la
: <e risqua ,vers le milieu de l’année 1618 et dans les commence-
le l’année 1619. à reprendre sa correspondance avec ses anciens
è pes Notre-Dame-du-Miracle, existe encore, mais désaffectée,
+ de la Velouterie. — Gabriel Hanotaux, d’après Duhamel, dit que
‘rit son logement dans le voisinage des Minimes : on n’a qu’à consulter
L.Iunon pour voir qu'il y a là une erreur.
\'invent Laudun, Eglises et chapelles principales dédiées à la Mère de
errecueillir dans la France, fol. 213 v° (Bibl. d'Avignon, ms. 1448).
. anron, Notre-Dame de l'Annonciation au portail Pernt (Revue des
sales Gu diccése d'AtTiIgnCn, 1865. p. 420).
cotaux, Histoire du cardinal de Richelieu : Paris, 1894-06, t. II, 2€
"it d'Angouléme, en avril 1619, une lettre de politesse et de sou-
J Si
-'ite, le 167 avril 1619 : « Mon père, ne croyez pas que, pour estre
‘lésire avec moins de passion que lorsque j'estois en Avignon
- -uitites priéres ; je Vous prie ne me mettre en oublv, et que votre
le plus en plus en mon endroit... Je vous prie me recomtman-
+ tous vos religieux, » (Avenel, I, 583).
96 L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
par lequel ledit chanoine, tant en son nom qu’en celui de ses deux ne-
veux Louis et Louis-François de Beaumont, lui loua une maison avec
jardin et dépendances et tous les meubles qui s’y trouvaient et seraient
inventoriés le jour de la prise de possession du local. Cette maison était
sise en la paroisse Saint-Symphorien et rue de la Croix et s’étendait
du sud au nord jusqu'à la rue de Saluces, étant confrontée d’une part
(à l’ouest) par la maison du sieur Philippe Gay et d’autre part (à l'est}
par un passage qui appartenait alors au sieur Guillaume Retour et a
disparu depuis. I/arrentement était fait pour le temps et terme d'une
année commençant le 15 du présent mois et moyennant la somme de
709 livres payable par anticipation. Le Masle versa sur-le-champ cette
somme en doubles d'Espagne, réale monnaie, en présence du notaire
et des témoins. Il s’engagea, en outre, à payer à la fin du bail une in-
demnité pour l'usure des meubles suivant l’estime qu’on en ferait alors,
se chargea des menues réparations de l’immeuble et s’interdit de le
sous-arrenter ; etc. (I). |
Trois jours après, c'est-à-dire le 15 Mai, les contractants se retrou-
vèrent en l'étude de Me Durieu. Entre temps, le tapissier Jean Rou-
bertet, avait expertisé les meubles ; ses évaluations furent acceptées
par les deux parties, et Le Masle, après avoir reçu les clefs de toutes
les portes et armoires et constaté qu'il ne manquait point de. vitres,
que les « membres » étaient bien pavés et le jardin bien rempli d’ « or-
tolailles », se déclara content, reçut le mobilier, en quitta le chanoine
de Beaumont et lui promit de lui rendre le tout en la même condition
qu'il le recevait (2).
Après le texte de cet acte, il y a une énumération des meubles qui
ne tient pas moins de vingt pages. Ils étaient en si grand nombre que
certaines pièces en devaient être véritablement encombrées. D'ail-
leurs, il ne s'en trouvait pas de remarquables ; point d'œuvre d'art ;
quelques tableaux de sainteté à l'huile ou à la détrempe dissémines
dans les salles et chambres. Ce qu'on peut constater dans ce document
(1) Archives de Vaucluse, E. Nofarres : L. Durieu, 1618 : fonds Pons, reg. 1114
L'acte, omis à sa date, se trouve rejeté an fol. 891.
(2) Id, rbid., 1618, fol. 374 ; mêmes fonds et registre.
L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 97
c’est qu'il existait, à l'étage bas ou rez-de-chaussée, une galerie, une
grande chambre sur le jardin, une autre sur le bardat ou cour dallée,
une troisième prenant jour sur la galerie, une salle basse servant sans
doute de salle à manger et une cuisine ; et à l'étage haut ou premier
étage, une chambre au-dessus de la grande, une autre au-dessus de la
salle basse, une salle haute et une autre cuisine. Il n’est point mention
né de pièces non meublées, et il semble qu’alors, il n'existait pas de
second étage.
II
On vient de voir que l’arrentement partait du 15 mai. C’est donc
ce jour-là qu'arrivèrent à Avignon l’évêque de Luson, le marquis de
Richelieu et le seigneur de Pont-Courlay. Ils paraissent n’avoir pas
amené de domestiques avec eux, sauf l’évêque, qui s'était fait accom-
pagner par son valet de chambre Jean Bourguignon. A Avignon, le
prélat se borna à prendre pour aumônier un chanoine de Notre-l)ame-
des-Doms qui se nommait Patrice Le Meusnier, et conserva comme
tabellion Louis Durieu, notaire de la famille de Beaumont.
Comme il affecta dès son arrivée de se désintéresser des choses de la
politique et que, renfermé dans son cabinet et loin du monde, il se
plongea dans les études théologiques, les contemporains de Richelieu
n'ont pas donné beaucoup de précisions sur le séjour qu’il fit dans la
cité comtadine. Fontenay-Mareuil écrit : « Il prit un logis à part et ne
pratiquoit que des gens d'étude et de piété, fuyant toutes autres com-
pagnies, jusques à celle de ses frères mêmes, qu’il ne voyoit que rare-
ment et en public » (1). N’avant trouvé nulle part le bail d'aucune
autre maison que celle de la rue de la Croix, je suis porté à penser que
Fontenay-Mareuil a été mal renseigné et que, loin de vivre à l'écart
les uns des autres, les trois frères partageaient au contraire la même
demeure.
Peu importe, d’ailleurs. Le plus certain est que l’évêque de Luçon
&ait désireux, par une conduite prudente et une vie effacée, de ne
(1) Mémoires, édit. Petitot, t. I, p. 441.
98 L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
pas éveiller les suspicions de la police pontificale et créer des embarras
au gouvernement qui lui donnait asile (1). En outre, Albert de Luynes,
étant comtadin,avait probablement soudoyé dans la région des espions
pour le surveiller. L’exilé s’efforça donc de son mieux de rassurer les
inquiétudes que la cour de France pouvait avoir à son égard.
I1 avait alors trente-trois ans ; mais, en dépit de sa jeunesse, son
masque présentait déjà les caractéristiques principales du portrait
du Louvre qu'environ dix-huit ans après devait peindre Philippe de
Champaigne. Consumé par les fièvres de Luçon et torturé par les
terribles migraines dont il souffrit toute sa vie, il eut de bonne heure
les joues creusées et le visage maigre et aminci. Il devait à l'exercice
de la politique un regard ferme, mais déja froid et distant. Son long
nez busqué, qui paraissait aigu de profil, avait de face le bout carré :
ce qui, pour un physiognomoniste, est un signe d’audace et d’énergie.
Sa bouche, un peu railleuse, était découverte par la moustache retrous-
sée aux extrémités ; il portait aussi, à la mode dü temps, une barbiche:
courte et pointue. Mais ce qui frappait surtout dans son visage était
un front admirablement dessiné, droit et d’une ampleur qu’accroissait
encore les longs cheveux rejetés en arrière. Il eut touJours le souci de
l'élégance et même du faste ; mais à l’époque de son exil l’état de sa
fortune ne lui permettait pas encore de satisfaire ses goûts de luxe,
aussi vivait-il dans une sorte de demi-solitude.
On ne saurait douter qu’un homme de la taille de celui-ci, né pour
l’action, l'autorité et le gouvernement, ne se soit fait une violence
extrême pour contenir sa nature, étouffer ses aspirations et réprimer
en quelque sorte le génie dont il était possédé. Lui qui devait prédo-
miner sur tant d'êtres humains, il savait se refréner lui-même, et
c’est par un véritable miracle que, dédaignant de se livrer à de basses
(1) Le vieil historien Anquetil, aujourd'hui si oublié, assure (Histoire de France,
édit. 1342 en quatre volumes in-8 ; t. III, p. 447) que le pape Paul V ne le souffnit
à Avignon qu'à regret. « On dit, ajoute-t-il, qu'il en avait été trompé, et qu'il le
regardait comine un intrigant dangereux. » On a, en effet, accusé Richelieu d’a-
voir falsifié son acte de baptême pour obtenir de Paul V les bulles de dispense
qu'il sollicitait parce qu'il n'avait pas l'âge canonique pour étre nommé évèque ;
aia:s le fait est absolument faux.
L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 99
intrisues, 1] se tint noblement et dignement dans l'obscurité, le silence
et le repos. Mais il n'est pas niable non plus que, comme un protago-
niste qui Joue son rôle, il se tenait en observation dans la coulisse en
attendant que son tour vint de rentrer en scène. Il avait continuelle-
ment l'esprit ouvert sur le monde d’affaires qu’il avait un instant
dominé et où sa place était restée vide. «Il faut, disait-il, dormir com-
me le lion sans fermer les yeux ». Il attendait donc patiemment que
CPL
son heure sonnât.
La rue qu'il habitait était déjà l’une des plus paisibles de la ville.
Le matin, il allait dire sa messe aux Minimes de la porte Saint-Roch,
dans un quartier fort reculé et presque désert (1). Il fréquentait aussi,
dit-on, la modeste chapelle Notre-Dame du Portail-Peint, à l'entrée
de la rue du Cheval-Blanc qu’on appelle aujourd’hui la rue des Tein-
turiers (2). I1ne noua de relations qu'avec quelques rares personnages,
entre autres, Jean-François de Bagni, évêque de Patras, qui était à
cette époque le vice-légat de la cour de Rome à Avignon (3); M. de
Galéans de Vedènes (4) ; le carme déchaussé Jean-Marie, dont Je
parlerai plus loin ; le vicaire des Observantins (5), et le chanoine Patrice
Le Meusnier.
Quand 1l crut qu'on commençait à ne plus s'inquiéter de lui à la
cour. il se risqua ,vers le milieu de l’année 1618 et dans les commence-
ments de l’année 1619. à reprendre sa correspondance avec ses anciens
(1) Leur chapelle, Notre-Dame-du-Miracle, existe encore, maïs désaffectée,
dans la rue de la Velouterie. — Gabriel Hanotaux, d'aprés Duhamel, dit que
Richelieu prit son logement dans le voisinage des Minimes : on n'a qu'à consulter
le plan A’Avignon pour voir qu'il y a là une erreur.
(2) Je F. Vincent Laudun, Eglises et chapelles principales dédiées à la Mère de
Dieu que j'ai pu recueillir dans la France, fol. 213 v° (Bibl. d'Avignon, ms. 1448).
— Augustin Canrou, Nofre-Dame de l'Annonciation au portail Peirnt (Revue des
Lildioth. furcissiales ou diccése d'Aïtgnon, 1865. p. 420).
(3) ©. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu ; Paris, 1804-96, t. II, 2€
partie, p. 260.
(4) 11 lui écrivit d'Angouléme, en avril 1619, une lettre de politesse et de sou-
venir (Avenel, I, 584).
(3) D'Angoulènie, le re° avril 1610 : « Mon père, ne croyez pas que, pour estre
esloigné de vous, je désire avec moins de passion que lorsque j'estois en Avignon
avoir part en vos saintes priéres ; je Vous prie ne me mettre en oubly, et que votre
charité se réchauffe de plus en plus en mon endroit... Je vous prie me recoimtian-
der aux pricres de tous vos religieux, » (Avenel, I, 583).
ICO L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
amis politiques tels que M. de Brèves, l'abbé Sébastien Bouthiller,
prieur de la Cochère, M. de Tours, le cardinal Ubaldini et MM. de
Bassompierre et de Marillac (1). Au surplus, il ne négligeait point les
affaires de son diocèse et mème ce!les qui lui étaient personnelles ,
mais, comme ces affaires n’intéressent point l’histoire d'Avignon. j en
a1 rejeté le détail dans les notes du bas de la page (2).
Les Pénitents noirs de la Miséricorde, dont la chapelle se voit
toujours dans la rue de la Banasterie, s'étaient donné la mission d as
sister dans leurs derniers moments et d'ensevelir les condamnés à
mort, et, en compensation de ce pénible devoir, avaient obtenu du
Saint-Siège le privilège de délivrer chaque année,un de ces malheureux.
Oz. 1! vavaiten 101Ÿ, dans les prisons du palais apostolique d'Avignon.
un jeune homme de Cavaillon, Pierre Guillermet, qu'on avait
attete pont un leger larcin : au cours de son interrogatoire et sans que
voblisedt que à cousciente, il avait eu la franchise de déclarer
gue. sétant pris de querelle avec un trtain Blaise Boneaux, hôte-
er sur le ont Saînt-Bénézet, il l'avait tué en se défendant contre lui.
Bien envette tranique affaire! & fut trouvé dans le cas de lézitime
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défense, les iuges le condamnèrent au dernier sunr ice. Les Pénitents,
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L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON IOI
excipant alors de leur privilège, réclamèrent sa grâce le 29 juillet,
et elle leur fut accordée. (1)
La délivrance de Guillermet eut lieu le 29 août et se fit avec le céré-
monial ordinairement usité dans ces sortes de circonstances, et l'on
assure que Richelieu assista à ce curieux spectacle. (2). Cela n'a rien
que de très vraisemblable, surtout si l’on considère que l’évêque de
Luçon était parisien et n’était point accoutumé à des mœurs si parti-
culières à la ville d'Avignon.
En ce temps-là, Richelieu, avant achevé la rédaction d’une Zustruc-
lion du chrétien ou catéchisme de Luçon, la fit imprimer. Cet ouvrace
porte en tête deux lettres de l’auteur adressées d'Avignon, le 1er
septembre 1618, aux fidèles et aux curés de son évêché, où il les exhorte
à suivre exactement ses instructions, en ajoutant : « Mon intention
est que tous les dimanches et toutes les festes vous lisiez une de ces
leçons à la grand messe » (3). Quand il écrivit ces deux lettres, il crovait
recevoir l’approbation ecclésiastique assez tôt pour publier l'ouvrage
et en envoyer des exemplaires à ses diocésains en même temps que les
lettres ; mais l'approbation fut retardée jusqu'au 20 octobre, et c'est
seulement alors qu'il put produire son livre.
Sur ces entrefaites, il reçut la nouvelle que Marguerite Guyot de
Charmeaux, femme de son frère Henri, était décédée le 15 octobre
au château de Richelieu, en mettant au monde un enfant qui ne lui
survécut point.
La famille du Plessis était très unie, et il n’v avait pas une douleur
de l’un de ses membres qui ne fût ressentie par les autres. L'annonce
de ce double décès atterra les trois proscrits. Loin du théâtre d'un si
triste évènement, ils se trouvaient désemparés et dans l'impossibilité
.(} Arch. de Vaucluse, H. Pénitents de la Miséricorde, registre des délibéra-
ons, fol. 69. Conf. Amédée Desandré, Essai historique sur le Christ d'ivvrre de
Jean Guillermin : Avignon, 1805, p. 126.
(2) Léop. Duhamel, La chapelle des Pénitents notrs de la Miséricorde (A inte-
aire de la Sociét: des Amis du palais des Papes ; 1919, P. 43).
(3) Avenel, VII, 929.
102 L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
de sauvegarder une situation et des intérêts matériels déjà fort dérar
es par leur exil et qu’une absence prolongée pouvait déranger ence::
davantage. En homme résolu qu'il était, l’évêque de Luçon écur:
aussitôt au roi et lui demanda hardiment le rappel de son frère, de si:
- beau-frère et de lui-même.
« Le desplaisir que je ressens de voir mes frères, en ma seule cor:
dération, en l’estat auquel ils sont, m'a fait estimer que, sur le dem
accident qui est arrivé à l’un, Votre Majesté n’auroit point désagré:
ble la supplication que je lux fais de vouloir donner quelque tem:
pour mettre ordre à leurs affaires, et à moy me prescrire un lieu pro
d'Elle, tel qu'il luy plaira, n'en exceptant aucun où Je puisse demet
rer pour caution de leurs actions et des miennes (1). »
On n'a point retrouvé la réponse du roi à cette supplique ; mañi
est certain que le marquis de Richelieu et le seigneur de Pont-Courls
eutent la permission de rentrer dans le rovaume : quant à l'évéqué
son retour fut refuse ou, tout au moins, ajourné (2). Son frère et 0
beau-frère partirent probablement le 30 novembre ; il se trouva &
lors tout seul,
Pour comhattre à la fois son ennui et ses tristesses, il se réfugié
dons Letude des affaires de son diocèse. IT avait fondé à Luçon, &ÿ!
ou uit ans auparavant, un sértinaire pour l'érection duquel il obtit
dus ettres ratentes datées du 27 Aoùt 1611 3 ,et il en avait depuf
cute ta irction aux prètres de l'Uratoire que le P. de Béruile cé
Horton sobre: de vue œt établissement qu
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eg Ç EE ET
L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 103
incorporer l’abbaye de l’Isle-Chauvet, dont il était abbé commenda-
ire, au collège et séminaire de Luçon, à la réserve qu'il jouirait des
its de ce bénéfice sa vie durant et qu’à son décès lesdits revenus
raient perçus par les Oratoriens installés au séminaire (1). Le 8 fé-
ier, il adressa aux membres du chapitre de Luçon une missive qui
t un véritable testament. Il y exprime le désir d’être enseveli dans
a cathédrale ; il laisse au chapitre — ne pouvant faire davantage —
fargenterie de sa chapelle, ses ornements et trois tentes de tapisserie
de Flandre pour en tapisser le chœur ; il lègue enfin au séminaire
1000 livres et sa bibliothèque tout entière (2). |
On voit que Richelieu traversait alors une crise de découragemr:nt.
ce ne devait pas être la dernière, et l'histoire nous apprend qu':. fut
souvent soutenu par le célèbre P. Joseph, ce capucin qu’on a a: »elé
l’Eminence grise. Son P. Joseph d'Avignon paraît avoir été un modes-
te carme déchaussé, nommé le F. Jean-Marie de Sainte-Ursule, origi-
gaire de Fribourg et religieux au couvent de la rue de la Palapharne-
rie. Bien que ce fût un homme très simple et peu lettré, Richclieu
aimait beaucoup promener et conver:er avec lui. Ce moine plein de
foi ne doutait point de la fortune du jeune prélat et ne cessait d’ailres-
ser à Dieu des supplications pour sa rentrée en grâce, et un jour il Lui
déclara qu’une voix céleste lui avait donné l’assurance que ses prières
seraient exaucées. Les évènements semblèrent pronver qu'en cette
circonstance, le F. Jean-Marie n'avait pas été le jouet d'une halluci-
nation (3).
On a la certitude que les amis de Richelieu travaillaient alors sérieu-
ment pour lui. Les affaires de l’état, depuis son départ, s'étaient ter-
riblement embrouillées et compliquées. Autour de la reine ! arie de
Médicis s’était formé un parti actif qui ne tarda pas à devenir une me-
ace pour Albert de Luynes, lequel, redoutant une guerre civile et plus
(1) Arch. de Vaucluse, E. Notaires : L. Durieu, 1619, fol. 47 ; fonds Pons, reg.
115.
(2) Avenel, VII, 423.
(3) Arch de Vaucluse, H. Carmes déchaussés d'Avignon, reg. 3 : Recueïl de
liers brefs et extraits mortuaires en 1612 ; non folioté. Voir p. 3 de la notice latine
consacrée à Jean-Marie.
104 L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
encore la ruine de son pouvoir, ne songea plus qu’à un rapprochemer
eatre le roi et sa mère. Il fit agir comme négociateurs le comte de B:
thune, le duc de Montbazon, le cardinal de La Rochefoucauld et k}
d: Bérulle; mais ils n'étaient pas assez prompts à son gré, et il se pré
cupa d'en chercher d2 plus éloquents et de plus expéditifs. Ce:
alors que les amis de Richelieu, le P. Joseph et l’abbé de la Cochë:.
soufflèrent à l'oreille de Luynes le nom de l’exilé (1).C'était, lui disaiert
ils, le diplomate qui, certainement, pouvait remplir avec le plus &
chance de succès le rôle de médiateur entre les deux part s, à causet:
son influence sur Marie de Médicis. D'autre part, le frère et le beau-fx:
de l'évêque de Luçon, qui se trouvaient à Paris, sollicitaient le prockis”
rappel de leur parent, et Pont-Courlay communiquait à Luvnes
offres et promesses que lui faisait l'absent de porter la reine-mère à :
conciliation.
Luvnes n'accueillit pas tout d'abord de pareilles suggestions, ca: :
ava't redouté et redoutait encore Richelieu ; mais à la réflexion il fir:
par comprendre que, pour sauver sa mise, il n'avait peut-être rien t
mieux à faire que de le rappe‘er. Dès le commencement du mois ü
février 16019, Richelieu reçut l'assurance qu'il rentrerait bientôt dar:
le service de la mère du roi (2). Il n’y avait donc plus pour lui quà at
tendre l'ordre officiel du retour.
Comme il avait toujours eu, depuis sa chute et malgré son apparent
ésignation, l'impatience du pouvoir, il se persuada aisément que l'or
dre ne tarderait point à arriver et il prit tout de suite ses disposition
pour J2 d'part. Le 13 février, son secrétaire Michel Le Masle se rendit
enietals de M° Durieu, où il rencontra e chanoine Jacques de Beat
mont. Le bail de la maison de la rue de la Croix fut résilié d'un comm:
accord. On se rappelle que le lover avait été pavé d'avance pour uit
annèe entière, et, comme il s'en fallait de près de trois mois qu'elle 5
fut évolue, on stipula que le proniètaire ne sezait tenu à aucune 1°
titation des deniers reçus en excédent et Le Masle en fit remise. Pot!
5 Memotres de R'ohelien, IX
5° Avenel, I. 3$o
TE
Li
L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 105
ce qui était des meubles, il en fut dressé un nouvel inventaire, et Jac-
ques de Beaumont donna quittance moyennant la promesse qu’il re-
cevrait ultérieurement une équitable indemnité pour l’usure desdits
me 1bles pendant la durée de leur location (1). Bien que cela ne soit pas
dit dans l'acte, il est évident que le locataire se réserva le droit de de-
meurer dans la maison jusqu'au moment de son départ et que ce n’est
qu'à partir de ce moment que l'indemnité serait payée au propriétaire
IV
Libre de ce côté-là, Richelieu s’occupa de nouveau de son Znstruction
du chrétien. Le privilège du roi est daté du 17 février 1619, et cette fa-
veur doit être considérée comme résultant de l'accord secret passé
entre la cour et l'évêque de Luçon. Le livre parut, dit-on, à Avignon ;
mais cela a été contesté. « Il est à peu près certain, dit Avenel, que
l'Znstruction du chrétien, qui a été composée dans cette ville, n’y a pas
été imprimée. Joly pense que la première édition est celle qui parut
en 16217, à Poitiers, chez Antoine Meusnier ; mais Jolv n'est pas tou-
jours exact dans son catalogue des écrits du cardinal. Il est peu vrai-
semblable que Richelieu ait attendu trois ans à faire imprimer son ou-
vrage. Nous avons d’ailleurs trouvé dans les manuscrits de Godefroy
une lettre de Bouthillier, du 3 février 1619, par laquelle il fait demander
à l’imyprimeur de Poitiers s’il a le privilège. On peut en conclure que .
Meusnier s'occupait alors de l'impression de ce livre, qui a dü paraître
vers le milieu de 1619 (2). »
II est difficile de prendre parti entre ceux qui prétendent que la pre-
mière édition parut à Avignon et ceux qui prétendent qu'elle parut à
Poitiers. Les premières éditions de ce livre, qui en eut plus de trente,
sont aujourd'hui introuvables ; cela complique ext:êmement le pro-
blème. J'avoue que je n'ai rencontré dan, les écrivains qui se sont oc-
cup£s de l'imprimerie à Avignon à cette époque (Moutte, Paul Achard,
Mlle Pallechet, etc.) aucune trace de l’imprimeur primitif ni de la pre-
t1} Arch de Vaucluse, E Notaires: L Durieu, 1619, fol 152 ; fonds Pons, reg.
1115
(>) Avene, I, LXXV
Es +
106 L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
mière édition. Toutefois, il faut reconnaître que si la lettre de l'abbe
Bouthillier du 3 février 1619 est décisive pour Poitiers, les deux lettres
écrites par Richelieu à ses fidèles et à son clergé le Ier septembre 161$,
c'est-à-dire cinq mois avant, ne le sont pas moins pour Avignon. L'évé-
que recommande à ses correspondants, de suivre ses instructions qui
venaient évidemment d’être imprimées, mais qu'il ne put mettre en
circulation qu'après le 20 octobre, date de l’autorisation ecclésiastique
et par suite d’un retard qu'il n'avait pas prévu.
Pour moi, je suis persuadé qu'il y eut deux premières éditions pu-
bliées parallèlement, l’une en terre pontificale après le 20 octobre 1618
et l’autre en terre française après le 17 février 1619. Pour cette dernière,
le privilège du roi était indispensable ; maïs il ne l'était pas et ne pou-
vait pas l’être pour la première, qui n'avait besoin que de l'autorisation
ecclésiastique. Souhaïitons, pour trancher entre cette hypothèse et
celle d’'Avenel, qu’on trouve un jour l'édition d'Avignon et celle de
Poitiers dans quelque bibliothèque publique ou dans quelque collection
de bibliophile et de curieux.
Dans le mème mois de février 1619, Richelieu écrivit à son frère
Henri la lettre suivante : « Je vous prie m'envoyer une belle hacquenée,
mais belle tout à fait s'il se peult. Je voudrois bien aussy que vous peus-
siez m'envoyer deux petites pièces d’orfesvrerie de cent écus les deux,
pour joindre à deux montres, et quelques autres petites pièces que je
veux donner au lieu que vous sçavez.. J'ai prié M. de la Cochère de
vous mettre ès mains l'argent qui sera nécessaire pour les choses que
je vous prie me faire achepter, d'autant qu'il vaut mieux ne rien don-
ner que de donner un maigre présent (I). »
On voit qu'en vue de son départ d'Avignon Richelieu se préoccupait
des cadeaux à faire aux quelques amis qu'il allait laisser dans cette
ville, La tradition veut qu'il ait remis aux Carmes déchaussés une riche
aumone et donné une lampe d'argent à la chapelle du Portail-Peint.
Rien ne s'oppose à présumer qu'il fit aussi un don aux Minimes de la
porte Saint-Roch attendu que les documents nous font savoir que sa
+ Avenel, 1, s7S
L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 107
générosité s’étendit à diverses maisons religieuses et que, par exemple,
il donna du vin au collège des Jésuites (1). |
Cependant, l’ordre de partir n’arrivait toujours pas. Richelieu se
consumait d'impatience.-La cour, toujours irrésolue et flottante, pre-
nait tantôt un parti, tantôt un autre, et ne décidait rien. Les évène-
ments la forcèrent de se déterminer. Dans la nuit du 21 au 22 février,
la reine-mère, aidée par divers gentilshommes dont était le frère même
de Richelieu, s'évada du château de Blois, en descendant par une fe-
nêtre ; elle gagna un carrosse qui l’emporta rapidement à Montrichard ;
elle passa de là à Loches et alla s’enfermer dans Angoulème, où elle se
fortifia et réunit ses partisans. La cour effrayée essaya encore de né- :
gocier avec elle ; mais cette princesse était si entétée et si exigeante que
Luynes, perdant la tête, se décida enfin au rappel de Richelieu.
Le 7 mars 1619 (2), un cavalier venant de Paris par étapes forcées
entra dans Avignon. C'était Charles Le Clerc, seigneur du Tremblay,
le frère du P. Joseph (3). Il portait une lettre du roi adressée à l’évêque
de I,uçon et l'invitant à se rendre par les voies les plus rapides à An-
goulême et à reprendre ses anciennes fonctions auprès de la reine-
mère. Cette rentrée en grâce était un tel coup de fortune que Richelieu
se mit aussitôt en route avec du l'remblay, et laissa à Avignon ses deux
secrétaires pour achever de régler ses affaires, ne voulant pas perdre
une minute à les régler lui-même. « Aussitôt que j'eus reçu la dépêche
de Sa Majesté, dit-il, bien que le temps fut extraordinairement mau-
vais, que les neiges fussent grandes et le froid extrême, je partis en
poste d’Avignon pour obéir à ce qui m'étoit prescrit et à ce à quoi
j'étois porté par mon inclination et mon devoir » (4). Quelques incidents
(1) « Le septiesme dudit mois (mars 1619), monsieur l’evesque de Lusson,
pen d'Avignon pour aller en Cour par ordre du Roy, après plusieurs bien-
aits aux maisons religieuses de ceste ville, a donné aussy par aumosne au Collège
six pièces de vin du Languedoc qui font environ cinquante barraux à raison de
2 ecus le barrail. Monteroit 300 livres » (Arch. hospitalières d'Avignon : Collèse
des Jésuites, KE. 16, fol. 200 vo).
(2) Lettre du cardinal Borghtse au nonce Bentivoglio. Correspondance de Ben-
hvoglio, III, 253. Hanotaux, II, 2e partie, 205.
(3) Mémoires de Richelieu, 11, 335.
(4) Zd., ibid.
LoN L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON
le ieturdèrent dans son voyage ; mais enfin il arriva à Angoulême le
mercredi de la semaine sainte (1), c’est à savoir le 27 mars, la fête de
de Pâques tombant le 31 cette année-là.
Son exil avait duré neuf mois et demi (2).
Lu Nimurs, Ses secrétaires Le Masle et Charpentier payèrent au cha-
noine de Beaumont, chez Durieu, 19 écus 49 sols et demi, somme sur
laquelle ils s'accordèrent pour le déchet des meubles (3). Cela terminé
et mavant plus rien à faire à Avignon, ils sortirent à leur tour de cette
vale et se nrirent en route pour aller rejoindre leur maître.
Celui ei était débarqué à Angoulême « quand les choses, dit Fonte-
nav Muvcuil. estoient arrivées à la dernière extrêmité ; la reine, ne »ça-
chant plus que faite, nientre les bras de quise jetter,.… le reçut comme
ut envové du ciel « Loin de triompher, Richelieu ne parut désireux
d'aucune preséance sur l'entourage de Marie de Médicis et, par une ba-
ble dsctetton, n'éveilla aucune jalousie et gagna tous les cœurs. I n
Eat prunt d'ailleurs À remenlacer dans là confiance de cette princess
de péotsemmanes médiocres dont elle était entourée ; il la disposa à se
déQutn des prétentions que son vrgneil et son opiniitreté avaient fort
CRUE et vtt en etititive que la mère et le fils consentissent à
LRLTS ENS AIS \ QUES à A, Re ° RTS ere. e 10 avai 1019 (4).
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L'EXIL DE RICHELIEU A AVIGNON 109
l'acte d2 location de 1618 ; quant au reste, tout à été transformé, et
c'est en vain que M. Azémar et moi avons essayé de restituer les pri-
mitifs enplacements de la galerie, des salles haute et basse, des cham-
bres et des cuisines. La maison moderne est plus élevée que l’ancienne ;
outre le rez-de-chau:isée et le premier étage, elle possède un attique.
O1 y voit des boiseries d'un simple et beau dessin de l’école de Bérain.
La façade postérieure. étant ornée d'un fronton, présente un aspect
beau oup plus décoratif que la façade sur la rue. Au fond du jardin,
l'ensemble est complété et harmonisé par un dispositif encadrant une
sorte d'abside, dans ‘e creux de laquelle une fontaine écoule ses eaux
dans une vasque de pierre.
La ville d'Avignon s’honorerait en rappelant, par une p'aque com-
mémorative, le grand souvenir qui s'attache à cette maison.
Adrien MARCEL.
Un conilit de préséance
à Sérignan
Quand son père mourut à peine âgé de 46 ans, noble Pierre Dianous
était lieutenant au régiment d'Auvergne. Il avait été blessé à la bataille
de Clostercamp illustrée par le dévouement du chevalier d’Assas et
trop jeune pour être promu capitaine, il consacrait les loisirs de la vie
des camps à la lecture de nos grands classiques et à l'étude de la litté-
rature italienne. Sa mère, née de Petity, qui supportait péniblement
le vide au foyer aurait bien voulu l'avoir auprès d'elle. Elle insista avec
tant d'affection qu'il sollicita, sans la moindre hésitation, un congé de
longue durée qui fut rapidement accordé, grâce à l’influence de l’abbé
de Petity ancien prédicateur de la reine Marie Leczinska.
Le mariage de Marie Rose de Petity avec noble Pierre Joseph Dia-
nous avait été un mariage de véritable inclination. La famille de Petity
d’origine florentine s’était fixée à Saint Paul-3-Châteaux, mais comme
elle possédait des terres à Sérignan, héritage laissé par une vieille tante,
Marie Rose qui accompagnait ses parents dans leurs déplacements y
séjournait de loin en loin. Pierre Joseph avait remarqué chez son père,
notaire de la baronnie, cette grande jeune fille au regard dur et fut vite
conquis par sa distinction. Très réservée et peu communicative elle
éloignait plutôt qu'elle n’attirait, mais pour un garçon follement amou-
reux l'obstacle n’était pas infranchissable. Il faut croire que Pierre
Joseph manœuvra avec beaucoup d’habileté puisque il sut plaire à
Marie Rose et que M. et Madame de Petity l’agréèrent comme fiancé
de leur fille. Le mariage qui suivit de très près les fiançailles fut célébr:
UN CONFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN III
en 1740. Vingt-quatre ans après Marie-Rose était veuve avec trois
enfants.
+
Dès son arrivée à Sérignan et tout en s'inspirant des conseils de sa
mère, Pierre Dianous s’occupa des intérêts matériels de sa famille,
L'agriculture l'intéressait d'autant plus qu’il était admirablement
Secondé par le personnel dévoué qu'il avait à son service. Un de ses
amis : René Escoffier, lui ayant avoué qu'il était très épris de sa sœur
Marie Catherine, il s'employa pour favoriser leur mariage et peu de
temps après, cédant au désir de sa mère, il épousa à son tour Henriette
de Gassin. Son frère Paul finissait ses études avec l'espoir d’être un
jour officier de la marine française et, dans cette famille éprouvée, la
vie repreñait son cours normal quand un évènement auquel on attri-
buait jadis de l'importance vint en troubler la quiétude.
_ L'église de Sérignan, telle qu'elle existe aujourd’hui, venait d’être
construite. Klle n’était pas absolument terminée, mais les travaux que
nécessitait son achèvement étaient un peu gênants pour la célébration
des offices. Depuis plusieurs années déjà, les fidèles s’entassaient le
dimanche, sans aucun souci protocolaire, dans de petites chapelles
‘que la tourmente révolutionnaire a fait disparaître. Or, il advint qu’à
l'inauguration de la nouvelle église, noble Pierre Dianous fut fortement
déçu du peu d’égard qu'on avait eu pour sa personne en réléguant son
banc à une place où il avait comme proche voisin le valet consulaire.
Comprenant que l'intention était voulue et pensant qu’en le désobli-
geant on voulait atteindre sa mère qui dans certains milieux n'était pas
aimée à cause de sa réserve et des ses manières distantes, c'est à l'évé-
que d'Orange qu'il adressa sa protestation. Que fit celui-c1 ? Il ren-
voya la lettre de Pierre Dianous au 1° consul de Sérignan avec prière
de le renseigner et de lui donner au sujet de cette réclamation toutes
les explications utiles. Et cette lettre qui m'avait été signalée, que je
u’ai pu trouver dans les archives de la commune où j'ai fouillé à main-
tes reprises grâce à l’obligeance du maire, notre collègue : M. Pierre
de Loye, qu’est-elle devenue ? Il est bien fâcheux que je ne puisse la
reproduire car sous une forme respectueuse, elle était pleine d’allusions
<inglantes et débordante d'esprit.
112 UN CONFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN
_
Lesédiles deSérignan ne s’attendaient pas à cette protestation et cer
tains auraient bien voulu mettre fin à l'incident par des concessions
réciproques, malheureusement ils se heurtèrent au parti-pris d'adver-
saires irréductibles beaucoup plus nombreux. Leur avis prévalut et ils
insinuèrent de répondre à l’évêque: que le banc de Pierre Dianous étant
situé derrière celui des consuls, il n'avait pas à protester contre la pré-
sence du valet consulaire dont le contact n'avait rien d’'humiliant. On
ne voyait pas non plus la raison qui militait en faveur du réclamant
pour avoir son banc beaucoup plus rapproché de l'autel, attendu que
l’anoblissement dont avait été honoré son aïeul était de date récente
et ne remontait qu'à l’année 1712, Madame ia duchesse de Duras étant
titulaire de la baronnie. D'ailleurs d’où venaient-ils les Dianous ? De
Camaret où ils n'avaient laissé qu'un bien vague souvenir.
Rédigée d’après ces indications la lettre qui fut adressée à l’évêque
dut sérieusement le contrarier car, en manifestant leur antipathie, les
adversaires de noble Pierre Dianous se dévoilaient comme de vérita-
bles imposteurs. Obligé de ménager la communauté à cause de la cons-
truction de l’église, Monseigneur de Tilly qui était évêque d'Orange,
ne prit aucune décision.
Madame Marie Rose Dianous toujours bien renseignée n’ignora pas
l'envoi de cette lettre, mais craignant la colère de son fils, elle ne fit
part de son impression à personne. Outrée de la façon déloyale dont
on traitait la famille de son mari, en femme qui sait se contenir, elle
attendit l'occasion de confondre tous ceux qui dans un but malveil-
lant avaient essayé de jeter le discrédit sur ses enfants.
La confrérie du Rosaire érigée à Sérignan le 3 mai 1717 (1) jouissait
des faveurs de l'évêché. I,es prieures étaient élues pour un an et tou-
jours choisies dans la bonne société. Quelquefois Monseignelr se dé-
plaçait pourles visiteret fréquemment il déléguait unchanoïine pour pré-
sider leurs réunions. Madame Marie Rose Dianous faisait partie de cette
confrérie. Un jour qu’elle assistait à une de ces réunions, M. le grand
vicaire Deloulme qu'accompagnait le curé de la paroisse fit son appa-
Gi) Archives de Sérignan — (GG. 6. — confréries laïques.
a
RS = =
n——— +
UN CONFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN 113
rition dans la chapelle. Il était venu à Sérignan pour s'occuper de cer-
taines questions relatives aux travaux que nécessitait encore la cons”
truction de l’église et il profitait de l’occasion pour complimenter les
dames du Rosaire, toujours fidèles observatrices du règlement.
de la confrérie. M. le grand-vicaire était un homme très abor-
dable, comme en se retirant il passait devant elle, Madame Dianous
lui demanda de bien vouloir lui accorder une audience. Il répondit
qu'obligé de retourner à l'église paroissiale il lui donnait rendez-vous
à la sacristie.
Quelle ne fut pas la surprise de Madame Dianous' d'y trouver non-
seulement l’abbé Deloulme mais plusieurs membres de la communauté
parmi lesquels elle reconnut des adversaires de son fils. Alors, sans
s'émouvoir, elle demanda au grand-vicaire pour quelle raison Monsei-
gneur ne prenait aucune décision au sujet de la protestation qui lui
avait été adressée. Un peuinterloqué l'abbé Delouime simula l’étonne-
ment, mais bien vite éclairé par son interlocutrice qui exposait ses griefs
avec un sang-froid imperturtable, il ne savait quelle attitude pren-
dre. Gêné par des voisins qui supportaient péniblement le regard 1m-
pressionnant de Madame Dianous, il essaya par de vagues promesses
de calmer son courroux, espérant qu'avec le temps cette situation s’ar-
rangerait, mais il ajouta aussi qu’en ces sortes d'affaires le pouvoir de
l'évêque était bien limité.
M. le grand-vicaire, répondit Madame Dianous, vous n’ignorez pas,
je suppose, qu’une lettre a été adressée à Monseigneur à la suite d’une
délibération de la communauté. Dans cette lettre on essaie de desservir
les Dianous par des insinuations qui frisent la calomnie. On n’attache
aucune importance à leur anoblissement et on ne fait aucune allusion
au fief de la Perrotine qui leur appartient. Personne parait-il ne peut se
Souvenir qu'ils aient rempli un rôle transcendant à Camaret. Un Dia-
nous était cependant syndic vers le milieu du XVIe siècle et d’autres
furent consuls. Et toute cette lignée de notaires fondée à Sérignan par
Claude Dianous qui vint s’y établir en 1609, pourquoi a-t-on voulu
l'ignorer? Mon fils aîné qu’on cherche à humilier et qui n’a pas encore
atteint sa 25M€ année est officier en congé de l’armée française. Il
I14 UN CONFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN
possède à son actif de brillants états de service. Demandez donc aux
Messieurs qui vous entourent s'ils peuvent présenter un enfant ayant
fait preuve d'autant de vaillance et si je n’insiste pas davantage M. le
grand-vicaire, c'est que je considère la partie comme perdue avec Mos-
seigneur d'Orange, permettez-moi de me retirer. Et laissant l’ablé
Deloulme qui s’inclinait devant elle sans dire un mot, elle s’achemina
vers la sortie, |
Madame Dianous n'avait pas à cacher à son fils cette visite que seu-
les les circonstances favorisèrent. Elle lui en fit connaître tous les dé-
tails, toutes les péripéties et l’engagea vivement à se plaindre à un pou-
voir plus élevé, au vice-légat dont le jugement sans appel ne pourrait
que lui être favorable.
Noble Pierre Dianous suivit les conseils de sa mère et s’empressa
d'adresser au vice-légat une nouvelle protestation beaucoup plus do-
cumentée que la précédente. Selon l'usage immémorial le représentant
de l'autorité pontificale renvoya la copie de la réclamation au 1€" consul
avec prière de vouloir bien l’éclairer sur cette affaire. La question de-
venait épineuse et il fallait la mentalité de l’époque pour attacher de
l'importance à pareil conflit. Ils étaient fréquents les incidents de ce
genre et ils n'étonnaient guère.
Ja visite de Madame Dianous au grand-vicaire sans s’ébruiter outre
mesure avait fortement impressionné l'opinion chancelante de certains
membres de la communauté. Ils déploraient cette situation et, au cours
de la réunion provoquée par la demande de renseignements du vice-
légat, 11 y eut de sérieuses discussions. Comme l’entente ne pouvait se
faire on essava par un vote de trancher le différent. Malgré deux abs-
tentions 11 fut défavorable à noble Pierre Dianous et quand il en connut
le résultat, le vice-légat écrivit la lettre suivante.
Avignon ce I Janvier 1766 (1)
Srs consuls, Etant informé d'une délibération prise par le conseil
de votre commune au sujet de la place qu’on doit donner dans la nou-
(1) Archives de Sérignan. — Délibérations, AA, fol. 152 r°,n— Copie con-
tresionée par d'Hugues secrétaire.
nest ele, Re nn ggns ne en ne, RE nee,
UN CONFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN II5
velle église au banc de M. Dianous et que cette délibération prise par
23 conseillers, il ne s’est cependant trouvé que 21 ballottes, nous vous
écrivons la présente pour que vous fassiez de nouveau convoquer le
conseil pour délibérer sur ce même objet et après nous envoyer l'extrait
de la dite délibération pour être par nous pourvu ainsi qu’il appartien-
dra, ce qu’attendant nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
Grégoire Salviati vice-légat.
_ Conformément à ces prescriptions, les membres de la communauté
durent se réunir et pour éviter toute discussion ils décidèrent d’un com-
mun accord, dès l'ouverture de la séance, de procéder à un nouveau
vote. Il fut encore défavorable à noble Pierre Dianous puisque par12bal-
lottes contre 11 ballottes le conseil décidait de ne pas admettre sa pro-
testation. La défaite était honorable et laissait une porte ouverte à la
conciliation. Craignant de déplaire au vice-légat, quelques adversaires
de Pierre Dianous que cette situation commençait à inquiéter usèrent
alors, pour ne pas se déjuger, d’un moyen qui pouvait rallier la maJjo-
rité. Ils proposèrent une modification dans l'installation des bancs à
la nouvelle église. Adoptée et transmise pour approbation au vice-légat,
en même temps que le résultat du vote, cette proposition fut sans
doute agréée, la lettre qui suit y faisant allusion.
Avignon ce 10 Janvier 1766 (1)
LS
Srs consuls, Bien que par notre précédente lettre nous vous ayons
permis de faire exécuter l’arrangement ordonné pour l'emplacement
des bancs dans votre nouvelle église, cependant nous vous écrivons la
présente pour vous faire savoir que nous désirons que vous cherchiez
de vous arranger avec M. Dianous pour l'emplacement du sien afin
d'éviter toutes plaintes ; et sur ce qu’attendant, nous prions Dieu qu'il
vous ait en sa sainte garde.
Grégoire Salviati vice-légat.
(1) Archives de Sérignan. — Délibérations, AA4, fol. 152 r°. — Copie con
tresignée par d’'Hugues secrétaire.
d—
116 UN CONFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN
La nouvelle place qui fut attribuée à noble Pierre Dianous ne dut
pas le satisfaire et s’il ne formula aucune nouvelle protestation écrite
il s'en plaignit amèrement au Ier consul. La discussion fut sans doute
orageuse puisque celui-ci crut devoir en aviser le vice-légat dont voici
la réponse.
Avignon ce 16 janvier 1766 (1)
Je vois Monsieur par la lettre que vous m'avez écrite que nonobstant
tout ce que vous avez cru pouvoir faire pour placer le banc de M. Dia-
nous conjointement avec M. Escoffier père, vous n'avez pu parvenir
à le contenter n1 à placer le banc. J'aurais désiré que cette affaire se
fut arrangée. ainsi ce sera à M. Dianous à se pourvoir comme il trou-
vera bon et attendant je suis très parfaitement Monsieur votre très
humble et affectionné serviteur.
Grégoire Salviati vice-légat.
L'orage qui grondait toujours se calma-t-il à la suite de cette lettre.
Des concessions réciproques amenèrent-elles la concorde? On ne peut
que le supposer, car pendant dix-sept mois aucun incident ne vint la
troubler. Mais le décor intérieur de l'église qui n’était point terminé
nécessita un jour le déplacement du banc de Pierre Dianous et, cruelle
ironie, 1l eut de nouveau comme proche voisin le valet consulaire. Il
était flagrant qu'en agissant ainsi la plupart des membres de la com-
munauté voulaient déplaire à leur compatriote.
L'irritation de noble Pierre Dianous fut grande, aussi s’empressa-
t-il de constituer un véritable dossier oùilexhalait ses plaintes et l’a-
dressa au vice-légat. |
Le pouvoir pontifical ayant pour principe de soutenir de préférence
les communautés déplorait ces réclamations et, s’il manifestait sa mau-
vaise humeur. il ne s'empressait jamais de conclure tant il lui déplaisait
d'imposer sa volonté dans de pareils conflits. La lettre suivante semble
l'indiquer.
(1) Archives de Sérignan. — AA, fol. 152 verso.
UN CONFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN 117
Avignon ce 22 juin 1767 (1)
Srs consuls, Nous vous adressons, sous ce pli, le mémorial qui nous
a été présenté de la part de M. Dianous avec les pièces qui y sont jointes
au sujet d’un banc pour le valet consulaire que vous prétendez faire
placer dans l’église à son préjudice. Nous désirons que vous nousinfor-
miez incessamment sur son contenu en nous renvoyant le tout ; et ce-
pendant notre intention est qu’il ne soit rien innové jusque à ce que
autrement soit par nous dit et ordonné et que dans le cas qu'il ait été
fait quelque changement les choses soient remises dans l’état où elles
étaient auparavant, à quoi nous promettant que vous vous conforniez.
Sur ce nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
François Manzi vice-légat.
L'affaire traimait en longueur et Pierre Dianous qui n’obtenait qu'une
Satisfaction provisoire, écœuré sans doute des procédés employés à son
égard et du peu d’empressement que mettaient ses adversaires à exé-
cuter l'ordre du vice-légat, se souvint un jour qu’il était officier fran-
çais. Il sollicita sa réintégration. Peu de temps après il était promu
capitaine au Royal-Béarn.
La décision de noble Pierre Dianous, en mettant fin au conflit, ne
put néanmoins permettre à ses adversaires de s’en réjouir outre mesure.
La faveur dont il était l'objet n'avait provoqué que des commentaires
élogieux et certains, qui le critiquaient autrefois. condamnaient main-
tenant les agissements de la majorité de la communauté. L'efferves-
œnce fut néanmoins de courte durée et de longues années passèrent.
Pierre Dianous, qui avait été nommé chevalier de Saint Louis à l’é-
poque où il commandait la compagnie des grenadiers au Roval-Béarn,
était depuis 1784 lieutenant colonel dans le régiment de Viennois Avanÿ
sjourmé quelque temps à Mayence avec son régiment, il fut
accusé par le cardinal Loménie de Brienne d’avoir favorisé la contre-
bande du sel. A ce sujet, le cardinal lui suscita tant d’embarras qu'il
demanda à être relevé de son commandement. Il reçut satisfaction.
(1) Archives de Sérignan. — BB2 Administration communale (1703-1700).
118 UX CONXFLIT DE PRÉSÉANCE A SÉRIGNAN
Lorsque la lumière se fit autour de cette affaire de Mayence, on recon-
nut l'erreur du ministre et on lui offrit de reprendre du service avec le
grade de colonel, Il refusa. Retiré définitivement à Sérignan il ne s’oc-
cupa, au début de son séjour, que de la culture de ses terres et de l’édu-
cation de ses enfants.
Pierre Dianous fut accueilli avec enthousiasme par ses compatriotes.
et ils étaient nombreux ceux qui déploraient sa résolution de ne plus
vouloir servir à l’armée du roi de France. Oh ! comme ils étaient bien
oubliés les incidents qui l'avaient incité à quitter son pays. La question
de préséance à l'église ne préoccupait plus personne, et l’importancæ
qü'on y attribuait jadis s'était amoindrie au point d'être considérée
comme une vieille coutume qui n'avait aucune raison d'exister.
Éloigné sans cesse de sa famille par les exigences de son service, le
colonel Dianous était heureux de retrouver au foyer une place quil
n'allait plus quitter. Sa mère vivait encore et se réjouissait de son re-
tour. Respectée et aimée de tous, elle chérissait particulièrement son
petit-fils Hilarion. Elle se retrouvait dans ce grand garçon peu loquace
et dont les veux durs ressemblaient aux siens. Elève très apprécié à
l'école de Brienne où il fut le condisciple de Napoléon Bonaparte, 1l
devait se montrer plus brillant encore à l’école de Mézières dont il sui-
vit les cours comme sous-lieutenant du corps royal du génie. Et quand
ses enfants et ses petits-enfants s'enthousiasmèrent pour les grandes
idées de 1789, Marie-Rose Dianous n'essaya pas de modérer cet engoue-
ment.flle ne vit pas la Terreur qui l’aurait épouvantée mais elle vécut
assez longtemps pour applaudir à la réunion du Comtat à la France.
Le Colonel Dianous dont le libéralisme ne put jamais être soup-
çonné ne s’occupa que rarement de politique et vécut le plus possible
à l'écart du mouvement révolutionnaire. Convoqué à Orange par le co
mité de Salut public le 4 thernndor 1794 et emprisonné comme suspect
il fut libéré à la mort de Robespierre le jour même qu'il devait passer en
jugement. Au cours des guerres de l’Empire, il déplora souvent d’être
trop âgé pour servir aux armées et après le retour des Bourbons,
se souvenant qu'il avait cultivé jadis la littérature italienne, il tra-
duisit en vers français « La Jérusalem délivrée » l’œuvre sublime du
UN CONFLIT DE PRÊSÉANCE A SÉRIGNAN 119.
Tasse. Plein de verve et d’entrain, le colonel Dianous était l’antipode
de sa mère. Il eut cependant pour elle les plus grands égards et, mys-
tère des contrastes, l’un et l’autre s’adoraient. Quand il mourut en
1840 des suites d’un accident et dans la centième année de son âge,
son fils Hilarion était maréchal de camp en retraite depuis un quart de
siècle. | |
Le colonel Dianous, qui n’ajouta jamais à son nom la particule,
était paraît-il un homme superbe. D’une galanterie exquise, il avait
conservé les jolies manières du XVIIIe siècle et pendant longtemps,
il fut cité comme un brillant causeur. Mais s’il est permis d'admirer en
lui le côté séduisant de sa personne, on ne peut oublier qu'il serv:t la
France avec le plus grand dévouement.
Indifférence des uns, ignorance des autres, son souvenir s’« iace:
.même dans son village. Sa mémoire méritait cependant plus d’égard
et je me réjouis d’avoir pu l’honorer en apportant ma modeste contri-
bution à l’histoire anecdotique du Comtat.
Pierre BOISSIN
Richerenches
Au pluriel, car elles furent deux : Les vieilles, « bornées au levant par
« le territoire de Valréas, au nord, par celui de Grillon, au couchant.
« par le bois et les autres richerenches qui sont terre du Paye, au
« sud par le territoire de Valréas, avec la Coronne au milieu» ; les autres
(on ne trouve pas les neuves) entre la Coronne, la route de Grnillon et
l'Olière : territorium Richerenchiarum, on ne trouve que le pluriel.
C'est sur ces dernières que fut bâtie la Commanderie. Quant au terri-
toire de la Commune actuel, c’est celui des deux Richerenches, doublé
par celui de Bourbouton, sur lequel se trouvait la très ancienne église,
aujourd’hui chapelle de St-Alban. |
Que signifie ce nom de Richerenches qui n'a pas tournure latine
et doit être antérieur à la conquête romaine ? En tout cas faut-il
une fois pour toutes rejeter la sottise, car ce n’est même pas une
légende, de la Riche Renche. Y eut-il même, pendant des siècles, un
seul habitant, avant la fondation de St Alban et celle du prieuré
des Vieilles Richerenches? Celles-ci furent sans doute les premières
peuplées, nous ne savons quand, ni comment : en tout cas, c'est au Xe
siècle qu'y fut établi un prieuré de l’ordre de Cluny, dépendant du
Prieuré de St Saturnin du Port, {le Pont-Saint-Esprit), qui le fonda
après avoir lui-même été donné à Cluny en 954. De ce vieux prieuré
prioratus Beate Mariæ de Richarenchiis veteribus, le cartulaire de la
Commanderie ne parle jamais. Le plus ancien document qui le men-
tionne est de 1253. Alphonse de Poitiers en prenant possession du Ve-
naissin, prie ses agents de s'informer de quel seigneur, a quo tenentur,
dependaient les Vieilles Richerenches. En 1268, le prieuré de St Satur-
nin du Port,fit faire par les agents même du comte de Poitiers son en-
RICHERENCHES 121
quête sur ses possessions dans le marquisat de Provence : Tulette,
Colonzelle, St Pantaléon, St Turquand, Rousset, Croc et les Vieilles
Richerenches. L'enquête établit que les Prieurs de St Pantaléon, étaient
seigneurs des Vieilles Richerenches pour les Prieurs de St Saturnin. En
1414, une quittance donnée au prieur de Colonzelle, Jean Jaquetau,.
par l'évêque de St Paul, affirme que le doyen y lève dîimes et redevances
pour l'évêque depuis 14 ans, et que le prieuré depuis très longtemps
appartenait à la mense épiscopale. A cette époque, l’église qu'y avaient
dû bâtir les Clunisiens existait-elle encore, et depuis quand et dans
quelles conditions avait-elle été abandonnée ? En tout cas en 1460,
l'évêque Genevès qui s’appliquait à reconstituer sa mense, revendi-
quait la propriété détenue par Jean Alard de Valréas (1). L'acte nous
affirme qu’il appartient depuis longtemps au spirituel et au temporel
à l’évêque : qu’en 1437, par acte reçu Jean Doux,Hugues de Theyssiac,
administrateur du diocèse de St Paul, avait réduit du douzième au dix-
huitième, la dîme d’un territoire peu fertile et ravagé par les guerres
et la peste : que cette dime que les /aboratores apportaient à Valréas,
était affermée par Jean Alard, après son père, Antoine. Cet à cet acte
que nous avons emprunté les limites du territoire qu'il qualifie d'as-
8ez grand, mais peu cultivé. Il n’est pas question d'église; uneliste des
curés présents au synode de 1569 à St Paul, mentionne le Recteur des
Vieilles Richerenches et le recteur des autres Richerenches. La carte
de Cassini marque ,entre deux fermes qu'elle appelle le Bousquet et
Chapuis, Notre-Dame de Vieille : au milieu du XVIIIe siècle le souve-
nir n'en donc était pas perdu. Il ne reste aujourd'hui ni ruines, n1 sou-
venir. | |
II
Le Cartulaire de la Commanderie de Richerenches nous fait
—Connaitre quelques noms anciens du territoire : l'étang de Granouillet
au quartier de ce nom ; les rivières de l'Olière, du Rieusec et de la
Æoromme qui à cette époque s'appelait l’Elson, Auzon ou Lauson : le
1. (rallia christiana novissima. T. IV, n° :66.
122 RICHERENCHES
Tolobre les Cellares aurei, celliers d’or, ou est aujourd’hui le
moulin (1),le campus roltondus, ou chamron (il y avait dans le
voisinage Chamiong et Chamlas) ; # chairon, lou queiroun, de
quelque grosse pierre isolée servant de repère ; la garriga mala : (Mai-
bosquet ?) le pré du moine (prieur de St-Amans), au ner: de la Co-
ronne vers le Lez ; la condamine de Joncquières dont le nom sent
le marécage ;, la condamine de Richerenches entre la terre des
Chabres où Chabrier (2) à l’est de la garrigue ; au nord, le quartier
de l'Urtidez, ou Urtize, nom d’un ruisseau ou fossé entre le chemin de
Valréas à St-Paul, au nord ,celui de Visan à Grillon, au levant, la
Coronne au sud, la terre des Chabriers, au couchant (aujourd'hui le
Bosquet du Teüle?) |
Le territoire était traversé par les routes de St-Alban à Colonzelle,
de St-Alban à Bourbouton et Valréas, de Visan à Grillon, qui passait
au Gros-chêne, de Valréas à Saint-Paul, qui existent toujours.
Aucun personnage ne porte le nom de Richerenñches ; les propriétai-
res sur son territoire que nous fait connaitre le cartulaire sont tous
des environs. Nous en pouvons conclure que, sauf peut-être les Cellares
aurci, en 1130, le territoire actuel de Richerenches était inhabité et
n'avait pas de seigneur, mais seulement des propriétaires. ‘.
En 1118, se fonda l'ordre des Templiers, la milice du êemple de
Salomon et de Jérusalem. In 1128, le Concile de Troyes prescrit l'en-
voi de chevaliers ou frères dans toute la chrétienté, à charge de solli-
citer des dons. In 1136, ils vinrent à Saint-Paul. Grâce aux donations
de l’évêque Pons de Grillon qui leur donna le baptistère de Saint Jean
Baptiste attenant à la cathédrale, des familles Viader, de Pierrelatte,
de St--Pasteur, Vicil, Carbonel, ils y fondèrent un premier établisse-
ment. Mais ils avaient besoin d'un vaste territoire pour cultiver et
faire de l'élevage et ravituiller ainsi les frères qui combattaient. Pons
connaissait le territoite de Richerenches et de Bourbouton et leurs
divers propriétaires. Sur son conseil ils décidèrent de donner au Temple
1. Gallia Christ. novis, IV, Sa.
2. Archives Nationales J. 1ot.
RICHERENCHES 123
de quoi s'établir aux Richerenches et à Bourbouton. Le cartulaire de
la commanderie de Richerenches, c'est à dire la collection, incomplète
d'ailleurs, des actes ou chartes d'acquisition par les Templiers de leurs
biens territoriaux est arrivé jusqu'à nous. En 1907 le marquis de Ri-
pert Monclar l’a publié. Les 265 actes dont il :e compose sont une rmrine
presque inépuisable de renseignements sur la commanderie de Riche-
renches, sur les pav. voisins, de 1136 à 1214. Nous en extrairons ce .
qui concerne l’histoire de la commune.
C'est dans l'acte I de 1136 que fut faite la première donation au
Temple. Hugues de Bourhouton, et son neveu Bertrand, Ripert
Fouras, Guil. Maleman, Hugues Roïc et ses frères. Pierre d'Hugues ‘le
Visan et Guil. d'Hugues son frère, Pierre de Mirabel et Géraud son
frère, Géraud de l'ournefort et Hugues son frère. Pons d'Humbert,
Etienne d'Arman, Guil. de Roussillon et son frère Hugues, P'erre
Barbarin et Guil. son frère, Pierre de Papard son neveu et sa mère
Paparde, donnent pour toujours en franc-alleu, à Dieu et aux
Chevaliers du Temple, pour que Dieu soit propice à leurs péchés ct à
ceux de leurs parents, tout le territoire borné au levant et au nord
par de: croix, au sud par la borne, au couchant par l'émissaire de
l'étang de Granouillet. C’est le territoire des vieilles Richerenches
Le don était fait à Arnaud de Bedos, Hugues de Panas et Guichard.
Les donataires étaient tous parents de Hugues de Bourbouton. Hugues
avait un fils Nicolas et une fille qui n’est pas nommée : sa femme s'ap-
pelait Marquise ; elle entra plus tard en religion, peut être à Bouchet
qui se fondait à cette époque, en 1138, quand son mari, de son côté,
entra dans le temple ou il devait devenir commandeur de Richeren-
ches, dont il est, avec Pons, le vrai fondateur. Ainsi finissait en donnant
ses biens à l’église, cette famille de Bourbouton qui, un siècle aupara-
vant, les avait plus ou moins justement acquis d'elle. La charte qui
ouvre le Cartulaire de la Commanderie est l’acte de naissance de Riche-
renches qui lui a succédé.
Nous n'avons pas à dire, comment pendant trois quarts de s'ècle
les Templiers reçurent en don ct surtout acquirent. car 1ls les patent,
jes différentes terres que les firent possesseurs de tout le territoire de
Z=. RICHERENCHES
Ri_ïe-enches, de Bourbouton et d'une partie du Brento territoire de
Visan, au sud du Tolobre, où l'on croit qu'ils bâtirent pius tard la
Ba=tiie, dont nous n'avons aucune mention dans leur cartulaire.
C& territoire <1 vaste était alors à peu près ’nculte, n'étant que garri-
gu<. hermes, étangs ou marais. Ils eurent à le défricher et ce sont eux
qui lui ont donné Ja valeur qu'il a aujourd'hui ; seuls d’ailleurs, en ce
teme, ils étaient, par leur capital d'honimes et d'argent, capables
de le faire.
En jossession du territoire des Vieilles Richerenches, les Templiers
commencèrent à batir la Commanderte où maison de Notre Dame des
Richerenches, Domus Beatre Marie de Richerenchiis. En 1143, ils
travaillatent à la maison même : domus quæ œdificatur : l'église
était achevée en I1147,ou un acte est passé devant les portes de l’église,
et un autre sur l’aute! de l'Eglise ; {N°9 31-60) avant cette dateil n'est
pas question d'elle, et 11 l'est sans cesse a, rès. |
Ja vie de la Commanderie jusqu'au commencement du XIVe siècle
fut celle de toute commanderie ; vie de prière et de travail selon la
règle du Temple ; on y fait de l'élevage, cheval et mouton, on y vend
de la laine et du blé de quaïité.I.e personnel est celui de toute comman-
derie ; à Ja tête est le Commandeur où Précepteur. Voici les noms de
ceux qui nous sont connus : Arnaud de Bedos, Hugues de Panas,
Hugues de Bourbouton, Déodat où Do de l'Estang, peut-être de la
famiite de Chamaret, Pierre de la Rouvière, Hugues de Barcelonne,
Foulque de Braz, Pierre Itier, Hugolen, Bremond, Deodat de Brusiac,
Bertrand de la Roche, Rostaing de Comps, Ramond Seguier, Raïi-
mord Chambarut, André Mathias, Guil. Hugolin, Rambaud Alzian,
Ji vavait des frères ecclésiastiques, Cafellanr. prêtres, diacres ou clercs,
des frères proprenient chevaliers, milites, des écuyers, armigeri, des
sersents ou domestiques, les sergents d'armes, les autres de culture
ou de métier : enfin les onats qui vivaient auprès de la commanderie
comme auprès d'une maison de retraite. Ainsi Guillaume Pelestort de
Faulisnan mort en 1170, et après lui sa veuve Marie de Valréas, s&
donnèrent tous deux au Temple et leur apportèrent en compensation
la moitié de Saint-\iarcellin.
RICHERENCHES 125
Le 24 Décembre 1229, Lamy, évêque d'Orange, rendit une sentence
arbitrale qui mit fin à un différent entre les Prieurs de Saint Saturnin
du Port (le Pont St-Esprit), et la Commanderie de Richerenches, au
sujet des droits du doyen de Colonzelles sur une partie du territoire
de Richerenches, située entre les terres cultivées de la Commanderie
et le Rieussec, bornée par des bornes marquées de croix que son pré-
décesseur Hugues Florent -avait fait poser.
I! régla 19 que pour toute cette terre que la Commanderie tiendrait
au nom du doven, elle paierait à la fête du milieu d'Aoùût une cense
de 5 sous viennois. 20 que pour la terre qui était entre l’'Olière vieille
et l'Olière neuve, depuis Grillon jusqu'au moulin de Richerenches,
et qui était bornée au nord par le Rieusec, au sud (au vent) par les
terres cultivées par la Commanderie, celle-ci paierait le vingt cinquième
des grains pris sur l'aire, après déduction des dépenses de la moisson ;
3° que la terre qui est entre l'Olière neuve en dessous du moulin
jusqu’au bois de Bellon, et qui est bornée, au levant par ce bois qui
confine lui même aux Richerenches vieilles, au couchant par le bois
de l'Olière vieille, au nord par le Rieusec, au sud par les terres culti-
vées de la Commanderie, ne serait soumise qu'aux mêmes servitudes.
Cette sentence ,le 8 Décembre, 1232, après avoir été ratifiée par les
moines de St Saturnin, fut entérinée par les frères de Richerenches
quiétaient à cette date 18 présents. Voici leurs noms: Berenger de
Bourdeaux, Pons Bellon, Hugues Sabatier, Guil. Olivier, Vinar (?)
Bourgoin, Pierre Nègre, Guil. Daumas Pierre Rostaing, André, Ray-
mond de la Roche, Guill. de ......, Pierre Brun, frère Pierre, Chapelain
de Ric irenche;, Guillaume de Solérieu (?\, Pierre Brun, Guïil. Chauvet.
et le percepteur dont le nom nous est inconnu. Le Cartulaire de 136 à
1214, nous fait connaître les noms de deux cent cinquante-six frères
et vingt donats. |
À la fin du XIIIe siècle la commanderie semble avoir perdu de son
importance» ; si elle est aussi riche, elle est moins peuplée sans doute en
1206. Hrimbert I afferme à Hugues de Pevraud, grand maitre du Tem-
ple, le revenu de Visan ; mais en 12,90,se!on Pithon-Curt, Guigue Adhe-
mar, precepteur de Provence, fait hommage au Pape pour Richerenches
126 RICHERENCHES
(les autres sans doute, celles qu'on appelle en 1460 les Richerenches d:
Pape.)
En 1304, R. Alziari, commandeur, fait hommage à Guil. d'Aubenas.
évêque de St Paul, detout ce que le Temple possède à Richerenches.
nonobstant les hommages qu'il aurait fait à d'autres seigneurs {sera:t-
ce là l’origine des droits que nous verrons plus tard les évêques rèc'a-
mer à Richerenches (1)? Si,en 1310, les biens de la Commanderie sont
aux mains de deux curateurs apostoliques, les archevêques d'Arles,
et Embrun, dont le procureur Olivier de Laye, administrateur des
biens du Temple de Provence, donne à ferme à Amaury Ber‘rand de
Griilon, la maison du Temple à Grillon pour 3 ans, au prix de 100 livres
c'est que l’heure approche ou le Temple va être supprimé.
Nous n'avons à raconter ni à juger l'affaire des Templiers.
Le 22 mars 1312, Clément V sans se prononcer sur le fond ni laisser
juger le concile de Vienne, supprima l’ordre du Temple, et déclara que,
sauf le grand maître et trois autres dont il se réservait le jugemen!,
les membres en seraient jugés par les conciles provinciaux. Leurs biens,
donnés pour la défense de la Terre Sainte, furent attribués aux Hosji-
taliers qui avaient le même but.
C'était la fin de la commanderie. Que devinrent les frères ? Un hom-
mage de 1304, à l'évêque de St Paui, nomme le Commandeur Alziari,
fun Valréassien ?) et trois frères, Bertrand Arnaud, Pierre Bigarra et
Guigue Laugier. Bertrand Arnaud, de V'alréas, sergent et non cheva-
lier, fut jugé à Alais où il était emprisonné, vers 1310 ; il déclare quil
avait été reçu sergent par Rd. Chambarut, vers 1280, et cite parmi les,
frères qui furent alors présents, André de Crugières, Pons Fouquier,
Guigues de Chapeliers et quelques autres. (2) Nous ne dirons rien de
son interrogatoire pas plus que de celui de Raïmond de Caromb, per-
cepteur de Chvpre, en 1307, qui déclara avoir été reçu à Richerenches
à la Pentecôte, vers 1265, par Roncelin de Fos, percepteur de Provence
1. Cartulaire de Richerenches. 244.
2. Gallia Christ. novis. IV. 243.
ee ONE “Ne
RICHERENCHES | 127
en présence de son oncle évêque de Carpentras. (1) Nous n'avons rien
trouvé sur les autres : il semble ressortir qu’à cette époque la Com-
manderie n'était guère peuplée.
Quant aux biens de la Commanderie, les Hospitaliers de St-Jean de
Jérusalem en furent constitués séquestres et administrateurs. Les archi-
ves de la Commune de Grillon nous ont conservé un acte du 26 Novem-
bre 1316, où à cetitre, rectores el adminisératores domus el baiive
de Richerenches, ils donnent aux représentants de la Communauté de
Grillon, en emphythéose perpétuelle une maison où l’on doit faire une
place. Ces biens étaient pour eux un embarras ; aussineles gardèrent-
ils pas longtemps. Le 21 Juin 1317, ils donnaient à l'Eglise Romaine,
ceux qui étaient au sud de l’Eygues: (2) nous n'avons pas la donation
en ce qui concerne Richerenches, qui eut certainement le même sort.
Le 5 novembre 1320, le grand maître de l'Hôpital, Hélion de Ville-
neuve, confirma la donation. Ils passèrent alors sous le domaine de la
Chambre Apostolique qui administrait les biens de l'Eglise.
{es registres de la Chambre apostolique, dits Collectoria, aux Archives
du Vatican (volume 260, f0 1 à 28,) qui concernent les Biens des Hos-
pitaliers, renferment peut-être des intructions sur ce sujet, pour l'année
1318, en nous faisant connaître à qui on le baïlla en emphythéoses.Nous
n'avons pu le consulter.
En 1326, fut fondé le prieuré séculier ou paroisse de Richerenches.
Le Pape donna aux anciennes églises des Templiers, à Roaïix et Riche-
renches, les dîmes des revenus de leur territoire, et les enleva à la juri-
diction de l'Hôpital. En 1317, il avait donné à Arnaud Arnaud, déjà
prébendé à Viviers, Apt, archiprêtre d'Avignon et prieur de Notre-
Dame de Breverrs, le prieuré de Richerenches qui était encore sans
charge d'âme ; en 1329, Richard de Sault, devint curé des paroisses
réunies de Richerenches et de Bourbouton, et et ainsi le premier curé
de Richerenches. |
En enlevant Richerenches à 12 juridiction de l'Hôpital, le Pape le
1. Bibliothèque Nationale, fonds Baluze 306.
2. Michelet. Procès des Templiers. T. II. 374.
128 RICHERENCHES
remettait sous celle de l’évêque de Trois-Chäteaux. L'évéque d'a
leurs prétendait même avoir des droits temporels sur les Richerenche:
vieilles qui, avant même 1269, devaient avoir un régime spécial, puis
que Al. de Poitiers, si précis, fait rechercher quel est le seigneur q
tient les Richerenches Vieilles. L'évêché ne le laissa pas prescrire. Er
1464, le doyen de Colonzelles déclare que depuis 1450, il lève, au nom
de l’évêché, les dîmes et terrages des Vieilles Richerenches, qui depui
un temps long et même très long appartiennent à l’'Evêque. En 1.
Jean Alard de Valréas, fils d'Antoine et frère de Pierre, fait au protit
de l’Evêque, les déclarations suivantes : Tes vieilles Richerenches, at
temporel et au spirituel, dénendent de l’Evêque. La dîime s'x payaî
au douzième ; mais à cause de la guerre, des épidémies,de la rareté des
habitants et de la stérilité du territoire, Hugues de ‘l'heyssiac, admt-
. nistrateur de l’évèché, la réduiteten 1337 au dix-huitième ; elle se lève
sur les grains, le vin, les agneaux, le foin et le chanvre. I.es hahitants
devaient la transporter à leurs frais à Valréas, le 4 février ; l'acte avait
été dressé par Doux, notaire. Personne, dans le territoire des vieilles
Richerenches n'a de droit que l’Evêque ; toutefois les gens de Valréas
ainsi que ceux de Notre-Dame des autres Richerenches, ont le dr°i
d'y faire paître leurs troupeaux. (1\
Un prieuré avait doncété fondé dans l’église Notre-Dame de Riche
cenches en 1326. Mais autour de lui se forma-t-il un village ? Nous
l'ignorons ; c'est peu probable, tant les temps étaient peu favorables
Nous ne savons pourquoi ni par qui fut envahi le Haut-Comtat, un pet
avant 1335 Un texte de 1336, nous parle de Guichard de Poitiers €
de Hugues Adhemar. En tout cas.Richerenches eut le plus à en souffrir.
Nous le savons par un ordre de Benoît XII, à l’évêque d'Orange. Re
teur du Comtat, lui commandant de continuer les procédures commet
cées sous Jean XXII contre ceux qui ont envahi et pillé le Haut-Conr
tat. Un grend nombre d'hommes armés, dit-il, tant clercs que lait
des diocèses de Die, Vaison, T'rois-Châteaux et autres, au nombre d'eï
S. CL Faure. Essai sur l'Administration du Comtat. Pièces justificati"é
lP. II.
Mn _u
RICHERENCHES 129
viron 5.000, cavaliers ou fantassins, ont envahi le Haut-Comtat, ban-
nières déployées ; ils ont pris d'assaut Valréas, Montaigu, Grillon, Ri-
cherenches (Visan appartenant encore au Dauphin.) Ils ont dévasté
moulins, maisons, terres, detruit, emporté ce qu’ils n’ont pas détruit,
n'épargnant ni l’âge ni le sexe. À Richerenches tout particulièrement
ils ont brisé les portes de l’église, enlevé les vases sacrés et les reliques.
La povulation s'était sans doute enfermée dans l'église ainsi que dans
le bâtiment fortifié de la Commanderie, au nord,pour mieux résister.{r)
Après une pareille dévastation et dans les temps troublés qui suivi-
rent, au milieu de incursions des routiers et des Compagnies du
Comte de Turenne et du Comte d'Armagnac (1386-1304), quand, en
1261, Montagu était détruit, il n’y a pas à s'étonner si Richerenches
ne se peuplait pas. En 1376, quand Grégoire XI, en échange de !a moi-
tié de Malaucène accordée à la femme du Comte de Turennes, donnait
à son frère, le marquis de Beaufort, les revenus de Visan, Grillon, Bour-
bouton et Richerenches, 1l ne lui donnait pas, surtout avec les trois
derniers, grand chose. (2).
En 1390, tandis que les revenus généraux de Bourbouton trou-
Vaient un fermier dans Gilbert \auvoisin, ceux de Richerenches ne
pouvaient étre affermés, sans doute parce qu'ils étaient nuls. l'orneri
nous apprend qu'en 1411, la place de Richerenches était si faible qu'on.
renonçait à compter sur elle pour le moindre système de défense, et
qu'on se proposait de détruire les remparts.
En 1413, Richerenches à cause des guerres et de la mortalité qui
l'avaient si longtemps devasté, était totalement détruit et ses maisons
renversées, tant 1l y avait longtemps qu'elles étaient inhabi-
tées. « Le prieur de Visan demanda que Richerenches lui fut
douné en commende pour vingt ans.» «e Il se proposait d'y
* reconstruire le moulin et ce travail devait durer au moins
“irois ans. Le vicaire général, prescrivit au Recteur de s’in-
« forme 5j cette commande serait utile au Comtat, et de l’accorder
1. Gallia Christ. novis. IV. 500-8.
2. Daumet. Benoit NII. Lettres closes. N° 58.
130 RICHERENCHES
« jour neuf ans. D'autre part les habitants de V'alréa: avaient supplié
« le Cardinal de Thury, de leur accorder l’autorisation de prendre les
« pierres des maisons écroulées et depuis longt:mps inhabitces. et de
« S'en servir pour réparer leurs murailles. Ils demandèrent aussi le
« ilroit de pâäture sur le territoire. Le Cardinal avait accordé cette
« autorisation, mais ce; ordres n'avaient pas été exécutés. Après sa
« mort. Fr de Conzié manda à son trésorier de s'assurer si les pierres
« demandées appartenaient au Pane et non à des particuliers : dans
les premiers cas les habitants de Valréas pourraient les prendre ;
mais ils devraient s'en servir seulement pour réparer et fortifier
« les murs de cloture de leur ville (1). »
Richerenches se releva-t-il un peu de ses malheurs ? En tout cas,
en 1440, Nicolas V l'inféodait à un personnage important de la région,
Gab. de Bernès, seigneur de Beaumes. chatelain de Visan : inféo-
dation approuvée par Calixte III en 1457, révoquée par Pie II, en
1401, renouvelée en 1472, à Barthel, \iarquès ou de Bernès.
La chronique d'Et. de Governe nous apprend que au commence-
ment d'Août 1470, Barthélémv de Bernès vendit a la ville d'Avignon,
et à ses consuls, pour mille écus aussitôt quittancés, ses droits sur
Richerenches et Bourboutou ; mais le Cardinal de la Rovère inter-
vint, fit ausitôt parer les droits de mutation, et le 24 Août, la ville,
devenue propriétaire, lui vsadit ,par acte passé par P. Lambert, tous
ses droits pour mille écus d'or. (Archives de Vaucluse, D. 263-9, etAn-
nales d'Avignon 1913 p. 52.). Les documents ne nous font pas con-
naitr pourquoi le Cardinal n’acheta pas ou ne put acheter directement
Richerenches et Bourbouton à B. de Bernès.
Le même jour, il les donna au collège du Roure qu'il fondait à Avi-
non. |
Le 13 Aout 1477, une Bulle de Sixte IV approuvait la vente : et le 1°°
Décembre 14N), le Collève en était investi. Mais c'eut été maigre profit
pour lui, si ce vaste territoire fut resté avec ses deux habitants. Le 22
Avril 1502, ie collège passe un acte d'habitation semblable à celui qu'a-
1. C1. Faure opus laud p ili.
+ -
Ses Moes JO M un me
RICHERENCHES 131
vait passé, en 1443, l’abbaye d'Aiguebelle, à propos de Bouchet. Cet acte
établissait les conditions auxquelles de nouveaux habitants pour-
raient venir s'établir à Richerenches et à Bourbouton ; en réalite, :l |
n'eut aucun effet à l'égard de Bourbouton, sans église ni château, et
«éfinitivement abandonné, mais il est l'acte de naissance du nouveau
Richerenches et sa charte municipale. I,e Collège y donnait, à tous ceux
qui voudraient ,le droit de s'établir à Richerenches et d'y occuper
autant de terrains qu'ils voudraient.
I] se réservait seulement la juridiction, l'institution et la révocation
des officiers ; les droits dûs par les habitants de Valréas et de Visan à
titre de forains ; les droits de lods : le douzième des fruits ; un denier
de cens par an pour chaque salmée de terre défrichée : une livre trois
sous pour chaque feu ou maison nouvelle ; une salmée de blé pour droit
de four, interdisant d'en construire hors du village; les nouveaux
habitants seraient tenus de construire l’église et le presbytère, de meu-
bler l’église er d'entourer le village de murs avant 25 ans. (Arch.Vau-
cluse D. 269). Les conditions étaient avantageuses, les temps meil-
leurs ; de nouveaux habitants vinrent s'ajouter aux deux anciens.
Des reconnaissances passées au collèce ,nous en donnent la liste :
Claude Benoit, de Beaumes ; Cath. Povet : Et. Galmar, de Beaumes ;
Jean Dujardin, de Montségur ; P. Lambert, de Grillon ; Ant. Flachaire
de Grillon ; P. Roux, de Colonzelles ; Conil Fernand, de Montségur :
Ant. et Dim. Sernand, id. : P. Benoit, de Beaumes ; L'ionet Vigouroux,
de Beaumes ; P. Faure, de Montségur ; CI. Brotin, de Montségur ;
Blaise Charransol, de Valréas : André Monmier, de Richerenches ; Ant.
Julian, de Grillon; Guil. Vigouroux, de Montségur ; CI. Barthélémy,
de Chamaret ; Cl. P. Bernard, et Jean Richard, de Grillon ; Jean Roche.
Nous savons en quels quartiers ils étaient propriétaires. D'autres
reconuaissances de 1525-06, avec une liste d'étrangers, nomment
pour habitants à Richerenches : Jac. Juvin, Désiré Blanc, Ant. Cha-
vanel (Charrasol ?)les noms ayant été souvent maltranscrits par l’au-
teur de l’Inventaire des Archives) Ant. Cornet, Pierre laulier, Fe Gen-
ton, Jean Champonas!?}). Georges Perben, Pons ‘rançon, Pons et Désiré
Blanc, Rostaing et Gonet Granet, (Archives Vaucluse D. 269). Nous
132 | RICHERENCHES
arrêtons ici une histoire qui montre que la fondation Richerenches est
liée, pour la Commanderie, à Pons de (:rillon et Hugues de Bourbouton,
pour le village, au collège du Roure
Du vieux Richerenches tout n'a pas péri.
Le mur d'enceinte du village ne peut qu'être postérieur à 1502. Mais
il a sans doute suivi la trace d’un ancien mur d'enceinte de la Comman-
derie qu’il a remplacé. Sauf au nord et à l’est, il est aujourd’hui caché
par les maisons qui sont venues s’y appuyer. Ses dimensions sont de
74 mètres au nord, 81 au sud, 58 à i Est et 55 à l'ouest. Primitivement
il n'eut qu’une porte, celle de l’ouest ; celle du sud est plus récente.
Sur la tour qui surmonte la porte, écrit Courtet, aux deux angles exté-
rieurs un peu au dessous de la corniche, sont deux têtes où masques
grossièrement sculptés ; c'est peut-être un souvenir du dieu ou génie
androgyne des Templiers », peut être n'est pas de trop, et l'imagina-
tion est une belle chose. Les armes effacées sont celles du collège du
Roure vers 1660. Est-ce parce que cette unique porte obligeait souvent
à faire tout le tour de l'enceinte avant d'y pouvoir pénétrer que vient
le surnom de Bouco aqui, l'entrée ou bouche est ici, que la malignité
populaire a donné et maintenu aux habitants de Richerenches ?
De l’église de la Commanderie, il reste l’abside. Il est facile de la dis-
tinguer des constructions qui la surmontent. C’est, comme celle de
Bouchet et de Roaïix, un cul de four avec une seule fenêtre au fond. I.a
toiture en était portée par des modillons. Comme Roaïix,elle n'avait pas
d'absidioles ; utiles à Bouchet, elles étaient inutiles à Roaix et Riche-
renches. C’est sans doute sur ses anciennes fondations que fut élevée
l’église actuclle, qui nous donne ainsi les dimensions de l’ancienne.
Celle-là ne contient d'intéressant qu'un vieux tableau sur toile repré-
sentant St Jean-Baptiste ct St Sébastien. Rien d’intéressant non plus
à Notre-Dame de Bon Rencontre et St Alban.
De la Commanderie bâtie vers 1140, il ne subsiste qu'un seul bâti-
ment, le plus important et le plus beau ; le « Temple > comme on l'ap-
pelle encore. Il est au nord de l’église dont il est séparé par quatre à
cinq mètres et orienté comme elle. C’est une magnifique construc-
tion en pierres dorées par le soleil, conme l’abbaye de Bouchet. Elle
RICHERENCHES 133
est entourée d'énormes contreforts, reliés au sommet par des arcades
laissant entre elles et le mur un intervalle formant autant de machi-
coulis, comme on voit à Saponnay (Aisne), Cruas, Avignon. Elle cons-
titue ainsi un véritable donjon rendant un mur d'enceinte moins utile”
La toiture en terrasse, et peut-être entourée de créneaux, aïdait encore
à la défense. Quant à la distribution intérieure, elle a aujourd'hui dis-
parue. Sans doute comprenait-elle au moins deux étages : refectoire au
rez-de-chaussée, dortoir au dessus. A leur place, on voit des greniers aux
planchers chargés de foin. Les ouvertures, nulles au nord, étaient peti-
tes et rares au sud. L'ensemble forme encore une magnifique nef, de
trente-deux mètres sur onze. Une partie, sans doute depuis le collège
du Roure, est occupée par des chambres qui constituent aujourd’hui
le presbytère. Y avait-il de l'autre côté de l'église un bâtiment paral-
lèle ? pas plus qu'à Bouchet, croyons-nous, contre l'avis d'Aubenas ;
le reste de la commanderie devrait être occupé par des bâtiments d’ex-
ploitation agricole ou industrielle, qui ont fait place aux maisons du
village. Il est regrettable qu’un si beau bâtiment et l’abside de l'église
ne soient pas classés.
BOURBOUTON
Les pièces 89 et 187 du Cartulaire de la Commanderie du Temple
du Temple de N otre-Danie de Richerenches, nous donnent les limites
du territoire de Bourbouton. Au nord, il suit la Coronne, on disait, au
XIIe siècle, l’Elson ou l’Auson, jusqu'à sa rencontre avec celui de Val-
réas ; au sud il est borné par le territoire de Visan, depuis les Molars,
jusqu’au Tolobre qu'il suit jusqu’au territoire de Beaumes. $es limites
d'avec ce dernier vont du Tolobre à la Croix Pastorisse, de la croix
Pastorisse à Pierre Brune, de Pierre Brune jusqu'au gué de l’Amaugier
sur le Lez qui le sépare, jusqu’à la Coronne,du territoire de \ontségur-
Ce territoire devait être en partie inculte et comprenait l'Etang de
Bourbouton, dont le nom sert sans doute de patronyme au Comman-
deur Deusdet de l’Etang 1151.
134 RICHERENCHES
Ce territoire semble lui-même avoir été formé de celui de Bourbot-
ton et de celui,, ou villa, de Très Campi, Longchamps, lou Pla, la par-
tie au levant où s’élève aujourd’hui la chapelle de St Alban. Une piète
très curieuse publiée par M. Duhamel, nous permet de connaitre
quelque chosé de la famille qui fit son fief de Bourbouton, y étabiit
son castrum et en prit son patronyme. Voici la teneur de cette pièce,
d'ailleurs obscure. (1)
Vers l'an 1000, ces deux territoires appartenaient à l’église de St-
Paul qui à cette époque était unie à celle d'Orange sous l’évêque Udaï
ric. Trois hommes, trois frères sans doute, Pons ,Giraud, Laugier, per
sonnages importants, se présentent à lui, et lui demandent de leurs
donner, en précaire, l’église de St Alban, située sur le territoire, villa,
de Tres Camhi, et le territoire de Bourbouton, avec les dîmes et les
droits ecclésiastiques ? presbvicratos. A leur mort, le tout reviendra à
la mense éniscopale. En échange, ils donnent un mansus où mas, qu'ils
ont à Baumes, exploité par Ansaud, fils de Volbert, et une mesure de
pain et de vin par an, à la fête de St Restitut. Ces territoires sont limi-
tés par deux anciens chemins, Caminos antiquos, (ceux de Beaumes à
Richerenches et de Visan à Grillon ?) et par un ruisseau, le Tolobr,
qui n’a d'eau qu'au temps de pluies. Comme tant d’autres biens d'églr-
se donnés alors en précaire, ces territoires ne furent pas rendus, car en
1126, ils sont encore dans la même maison ; et quand Hugues de Bour-
bouton, les donna ou les fit donner au Temple, ce ne fut, à son insu ou
non, qu'une restitution.
Le Cartulaire de Richerenches qui contient toutes les donations où
ventes qui ont été faites à la Commanderie du territoire de Bourbou-
ton, nous montre ce qu'étaient devenues les terres que, 150 ans aupà-
ravaut, les trois frères avaient reçues en précaire. Les pièces 89 et 159
nous font connaître ce qui concerne la seigneurie ; et d’autres.les autres
propriétaires.
Dans la première, 1135, le véritable fondateur de la Commanderte
1. CI. Faure. opus laud. p. 116. Le droit de pâture demandé ne concernant
pas les Richerenches vieilles.
SR me
RICHERENCHES 135
de Richerenches nous fait un résumé des donations de Bourbouton
qui l'ont fondée, et délimite bien exactement ses possesssions de celles
d'un voisin dangereux, le prieur de St Amans de Montségur. La 2me,
plus développée contient aussi ses recommandations à ses successeurs
et quelques détails de plus qui tiennent à la différence de dates. En
vaici le résumé.
En commençant, Hugues rappelle que, pour le salut de son me et
la rémission de ses péché: et de ceux de sa race, ils'est donné Iui-même
et avec lui tous ses biens au Temple, sur le conseil de Giraud, évêque de
St Paul, de ses prêtres et de ses parents et amis :
Ces parents sont : Bertrand de Bourbouton, Ripert Folras, Giraud
de \iontségur et son frère, Giraud de Tornafort et Hugues son frère,
Pierre d'Hugues de Visan et Guillaume son frère ; Guillaume Arnoux
de Mirabel ; Guillaume Malamas ; Hugues Bérenger et Guillaume,
son frère.
Avant de mourir, il veut, d'après ses souvenirs et ceux de son père,
délimiter le terrtioire de Bourbouton, et pour couper court à toutes
disputes, dire quels vossesseurs se le partagent. I1 dut mourir vers
1161 : sa femme. Marquise, de son côté, avait pris l’habit religieux,
sans doute à Bouchet tout récemment fondé.
Il divise le territoire de Bourbouton en deux moitiés. La première a
toujours appartenu, fond et dimes, en franc alleu, à Bertrand, son père,
dont il la tient, à Giraud de Bourbouton, son oncle et ses fils, Audoin,
de Montségur et Odon. Son père la tenait de son grand-père et celui-ci
de son bisaïeul, fils de Laugier, sans doute le Taugier de la‘précaire ;
celui-ci avait-il seul survécu et hérité de ses deux frères ou acquis leur
part ? A la mort de Giraud de Bourbouton, son oncle ,son cousin Per-
trand non-seulement a approuvé sa donation, mais s’est encore lui-
méme donné au Temple avec tous ses biens. Ripert Folras, un autre
de ses cousins, fut d’abord en procès avec lui ; et il lui abandonna le
dixième du moulin de Bourbouton,dit Malros,de la tasque et de Ja dîme:;
depuis il a donné tous ses biens au Temple et promis de ne jamais récia-
mer de dîimes sur les terres de Bourbouton qu'exploite la Comman-
derie. Quant aux biens du prieuré de St Amans, à Bourbouton,ils con-
1:60 RICHERENCHES
sistent : en un pré le long de la Coronne, en la tasque de la terre que
mènent les (ruittard de Beaumes, à l’ouest de St Amans; en la tasque
de la jaisse, ou bande de terre que mène Ermembert de Beaumes : en
la tasque du champ Lautier, au nord du Granouillet, dont on tire 6 écus
quand il v a du blé d'hiver ; en la tasque que travaille Bernard de Ri-
chard, que son père lui donna pour répondre des quinze sous d’or qu'il
avait empruntés. Hugues de Bourbouton possédait encore la tasque
de la terre de Guil. Mauroux ; la tasque de la terre d'Etienne de Mont-
ségur, qu'avait engagée Giraud' ,son oncle ; la tasque d’une autre terre
de Guil. Mauroux ; la tasque de Nicolas, Capellan, sans doute le curé
de Beaumes, qui faisait par an trois sous de rente.
Le l'emple possédait en outre à Bourbouton deux condamines : qu'il
louait à Guil. de Beaumes ; l'une, au gros chêne, dont il avait la dime;
l’autre, à la Croix Pastorisse, dont il avait la dîime et la tasque. Les frères
Jaisseront ces condamines à Guil. Mauroux, s'il vit en bon ami avec
eux, sinon ils les reprendront. C’est que celle du gros chêne a été donnée
par bail emphrthéotique à Raoul Laugier, père de Guillaume, malgré
l'opposition formelle de la mère de Hugues, et qu'il ne tient celle de la
Croix Pastorisse qu'en dépit des véritables maitres, et qu'il n’a pas
observe les conventions que leur baïle, Bernard Richier, avait passées
avec fui pour eux.
Les {its d'Audoin de Montségur, P. de Mirabel et de Giraud de Mont-
Ségur, ont donné au Temple tout ce’qu'ils avaient à Bourbouton. Quant
au fils d'Oton, Giraud de Tornatfort, il a vendu sa part pour un bon
cheval. Pierre d'Hugues de Visan a donné tout ce qu'il avait à Pour-
bouton et au Granouillet pour 130 sous melgoriens neufs. Longtemps
il a chercifé querelle au Temple ; 11 a pronuis enfin de vivre en paix.
Fin sonime, cette première moitié, au temps de H. de Bourbouton,
avait été subdivisée en six parts.
Ja prennère, celle de Bérenger Bauchas, père de Hugues et donnée
par lui au Temple (34, 35, 89, etc.) puis par son petit-fils Nicolas, qui,
en 1147, (7) ajouta ce qu'il lui en restait.
Ia seconde celle de Giraud, frère de Baucha;, donnée par son fils
Bertrand qui se donne au Temple (3 etc.).
RICHÉRENCHES 197
La troisième, ceile d'Audoin de Montségur, dont les fils portent les
patronymes de Montségur et de Mirabel qui donnèrent leur part en
1138 (55, 66 etc.) |
La quatrième, celle d'Othon, frère d'Audoin donnée en 1144, par
Giraud de Tarnafort (12. 74. 75.) | . |
La cinquième, celle de Ripert Folras, qui la donna en 1136, avec ses
enfants, Ripert Giraud et Blanche (1. 3. etc.) :. |
La sixième, celle de Pierre d'Hugues, allié sans doute aux Bourbou-
ton : etc. |
[a seconde moitié, était bien plus subdivisée, entre deux groupes,
avant un quart de la Seigneurie chacun.
Ie rer de ces deux quarts est aux Solérieu. Bertrand de Solérieu
s'est donné lui-même et tous ses biens au l'emple, 56 ; sa femme, Lucie,
a pris l’habit religieux. Ripert et Lagier leurs fils, du conseil de leur
oncle Bernard approuvent la donation. Le Temple leur donne en fief
une chenevière et d'autres terres hors de Bourbouton, 40 sous de Va-
lence, un poulain de deux ans et 15 livres de laines En 1177, Ros-
tan2 de Solérieu et son père, Raimond complètent la donation (137).
Le second, appartenait aux Jocundas, ifli de Jocundatio et était
divisé en trois parts. La première appartenait aux Valréas, wli de
Valerraco, c'est-à-dire Bellon et ses enfants, Payan ou Payan, Ante-
. vena, femme de Bertrand Faucon, Nicole, fille de Guillaume de Rous-
sas, qui donnèrent leur part pour 300 sous Valentinois en 1147 (60).
La seconde était divisée en trois ,celle d’Vsarn et de son frère, Guil-
laume d’'Vsarn, donnée en 1146 (53), celle: de Raymond de Jocundas
et de son fils Bertrand, donnée en 1147. (54), et une troisième subdi-
visée entre divers héritiers : Raymond de Bistorres, Galburge et
leurs enfants, Guil. Raimond, ertrand Raimond et lsnard. -- Rer-
trand Guill. de Jocundas, sa femme Aiméruz et leur fils Guil. de
Podio Calvo — Blismoda, femme de Richau et leur fils Richau : —-
Rixende, fenime Ge Laugier : qui tous, par l'entremise de Tiburge
d'Orange, donnèrent leurs parts au Temple en 1143. (58) (1)
13. Gallia Christ. novis. VI. Orange. 47.
135 RICHERENCHES
Hugues ne nous nomme pas un Guil. AÂllebert qui, de j'aveu de sa
mère et de son père Leger, donna sa part de Bourbouton au T myie;
(40). on croirait, à voir les termes de la donation que de fait il ne pos-
sédait rien ; ni Renaud Fraucesc ou François qui par donation et dé-
vuerpissement. (51. 52) avecson fils Francois, abandonnent toutes leurs
prétentions à Bourbouton. Ces Fransois, issus de la dynastie des anciens
comtes de Valence prétendaient en posséder le haut domaine.
Les sentores Bolboloni ne Sant pas les seul: propriétaires au terri-
toire de Bourbouton. Guil. de Châteauneuf du Rhône, Saraman et
Frabuc son frère y possèdent des terres près de la Sr/ca, la Seuro au-
jourd'hui (p. 73). Guil. Niels, Guillemmette, sa femmeet leur fils Pons,
vendent en 1171, au Temple, pour 11 setiers de blé valant 32 sous vien-
nos, une terre au chemin de la Svlva à Beaumes, voisine de la condamine
de Pierre Guillelmi de Baunies ; (126) Bélissens et ses filles Benaïias et
Stephana vendent la même année pour 40 sous viennois et un setier
de blé une terre au sud du chemin de St Alban à Bourbouton, confrorr-
tant une terre de Gautier de Montségur, au couchant, une terre de
Gautier Mauroux, au levant ; la vente est approuvée par son autre fille
Pétronille.(124) En 1164, avec sa sœur Marthe, femme de Pons Gros,
elle donne sa part qui est devant le pré du Château de Bourbouton
(192). Pierre Coza ou Cocza, Petronille, sa femme ecleur fils, Bertrand,
vendent en 1172, pour deux setiers de blé valant 10 sous melgoriens
leurs terres patrimoniales de Bourbouton, dont les unes confinent P.
Cuilchni de Beaumes et Guill. Richeïis. (126). Aïmeline et ses fils,
P'erre et Etienne, Guillaume et Giraud, ses frères, et Pierre Richier,
fils de Guillaume R. vendent, en 1156, pour sept sous valentinois, leur
terre confrontant celle de Hugues de Bourbouton et de son neveu Ber-
trand et au sud la Svlva, appelée Saletas,les Sallettes, (151). Ce Guil.
Richier se désista de la plainte qu'il avait portée contre le Temple au
sujet des terres que ses Sœurs avaient données au Temple, l’une à St
Alban, l’autre, celle des Salettes, la troisième dans Bourbouton, 1#
castro Bolbotonts, près du nré de TTugues de B., et au sujet d’une autre
terre, le long du chemin de Bourbouton, confrontant au levant celle
des Guitard de Baumes et au couchant celle de Bernard Laugier, que
BICHERENCHES : 139
le Temple avait achetée pour 4 salmées de blé. (150). En 1174, \iarie
Richier approuvée par Marcel son mari, et sa sœur Guillemette, f‘1le de
Giraud Richier, vendent, pour 15 sous viennois, une terre confrontant,
au levant celle de Daumas de Baumes et au nord celle de son oncle
Guil. Richier. 202. En 1157, Bernard Richier, père de Guil. et de
Giraud, était baïle des seigneurs de Bourbouton. En 1157, deux sœurs,
Ursa et Agnès, filles de Guil. Guintrand (p. 136.) et nièces de Giraud
de Montségur, vendent pour 18 sous tout ce qu'elles ont à Bourbouton
et qui est grevé d'une hypothèque de 9 sous. (145) .Après 1145, Bertr.
Ermembert donne une terre située cl Pla de Borbnto le long de la fas-
ca, bande de terre ou /z1ss0, de Daumas Cornabroc de Baumes, en pré-
sence de ses deux filles, Lucie et Elizabeth, fenimes de Giraud de l'Ort
et de Pierre del Pla. (157) En 1160, Richau, tils de Guil. Richau et de
Blismoda, frère de Elzear, Caliana, Sibilia, Anglina et Ema donnent
tout ce qu'ils ont à Bourbouton. (162)
En 1162, Hugues de Vallanrie, frère de Ripert de Gnillon et
de Guillaume de Vallaurie, vendent pour 40 sous viennois tout
ce qu'ils ont à Bourbouton (171). En 1164, Grégoire de Baumes,
donne une terre qu'il possède le long du chemin de Vairéas à Bau-
mes, au plan de Bourbouton (140) pour 10 sons &e Valence ; et en 1166,
our 6 sous viennois, une autre terre qu'il a à l'étang de Bourbouton.
(106). En 1164, Isnarde de Montségur, fille de Barthélémy, vend pour
20 sous, tout ce qu’elle tient de son pèrè à Bourbonton. En 1176, Ft.
Borno et sa femme Hema, vendent pour un trentain, /30 livres\ de
laine, de 18 sous, et 5 setiers de blé de 12 sous, deux pièces de terre à
Bourbouton. confrontant les fossés (du moulin?) et d'autres terres à
Beaumes /218). En 1181, Guil. Chalveira et son frère Pierre vendent
pour 25 sous viennois, une /aësso .confrontant au levant, un fossé; au
midi, le chemin qui va de V'alréas à Baumes par la Svlva ; au nord
la terre des enfants de Bertrand de Solérieu ; au couchant, la terre
de Bernard Richier ; parmi les témoins figure Rambaud, curé de Bau-
mes, {233}. En 1181, Stéphanie et son fils Pierre Rainoards, de l'avis
de son oncle, Laugier de Baumes, vend pour 13 sous viennois sa part
de l'étang de Bourbouton et des terres qui l'entourent (233). En 1177,
140 RICHERENCHES
Belissent, et ses enfants, Giraud Arnaud, Ozils, et Marthe, vendent
pour 3 sous, tout ce qui leur appartient dans la terre du Poïet : cette
terre située devant le château de Bourbouton, a pour limites au levant
le chemin de Baumes à Bourbouton et au sud le bois de Sebionde (223)
En 11871, Guil. Mauroux, sa femme Stanconia, Pons et Raimond, &s
fils, et sa fille L'uneus, du consentement de leur oncle Laugier de Baume:
vendent pour cent sous viennois ure terre, bornée au sud par le chemin
de St Alban à Bourbouton, au nord par l’Elson (la Coronne aujourd'hui
et au levant et au couchant par des terres du Temple (2381.
Nous pouvons tirer des pièces que nous venous de citer quelques
détails intéressants. I1 y a à Bourbouton, deux moulins, le vieux et le
neuf, et des ateliers de tissage de toile, paratoria, haradou. La pièce 26
nous apprend qu'ils sont dirigés par Ripert de Charols, un étranger au
pavs, qui, avant 1149, avec sa femme Lucie, et ses fils Jean, Guillaume,
Raimond, Pierre, Eustache Ripert et Pons, donnent au Temple la dime
de leur bénéfice d'exploitation (26). Ce Ripert est un serf. Hugues
d'Alban et sa femme Petronille, et leurs fils, Pierre Ripert, Guillaume
et Raimond l'ont donné en franc alleu, lui ses enfants et leurs biens,
au Temyile, en 1138. Cette famille leur devait une cense annuelle de 4
sous, 4 chapons, et deux setiers d'orge ou d'avoine. (p. 24). En 1163, le
moulin s'appelle moulin de Mauroux. Ripert Folras en a une part ; et
dans la donation qu'il fait de ses biens, 1l nous fait connaitre l'olca ou
oulche, jardin, qui est devant le château, et l’osca, c'est d’ailleurs :e :
méme mot, oucha dans la pièce 90 aui est en langue romane, de Sorbier,
de Sorberio (1S0).
Autant qu'on en peut juger par le tableau qu'en trace le Cartulairct
fine semble pas que Rourbouton fut, même au XIIsiècle, bien peuplé,
la plupart des propriétaires qu'il nomme sont des villages voisins ; il
devait, comme Perboux,n être que le casfrton de la famille qui en avait
pris le nom. Cette fanulle semble s'être éteinte à cette époque dans ses
differentes branches, et les documents un peu postérieurs ne mention-
nent plus les noms que nous avons cites : au commencement du XIIIe
siècle, elles ne sont plus qu'un souvenir : quant aux Bourboutons pro-
prement dits, Hugues, devenu Templier. meurt commandeur de Richs-
RICHEÉRENCHES | 141
renches dont il est sinon le fondateur du moins le grand bienfaiteur,
Vers 1151 : Marquise sa femme, avait pris l’habit de Citeaux, à Bouchet
sans doute. qui se fondait vers cette époque. Nicolas et Bertrand ses
neveux, devenus l’un Templier, l’autre donat, meurent sans postérité.
La famille fondée vers l'an 1000 finit avec eux.
Quant à la Commanderie au conmencement du XIII® siècle, elie
semhle propriétaire de tout le territoire de Bourbouton. Le château des
Bourbouton fut :ans doute abandonné sur sa hauteur, et mal entretenu.
Les terres furent défrichées, et s’il reste encore de la Svlva, une partie
du bois et le nom, l'étang fut desséché. Ce ne fut que plustard, après la
dissolution de l’ordre, que sur le territoire divisé s'établirent les fermes
que l'on v voit aujourd'hui.
En 1312, après la dissolution de l’ordre, ses .biens furent attribués
aux hospitaliers de St Jean de Jérusalem : en 1317, ceux-ci remirent
au Pape, pour arrondir Je Comtat, ceux de ces biens quiétaient situés
daus le Haut-Comtat : Roaix, Richerenches, et entre autres, ferrilo-
run: seu domum, il ne savent du reste comment l'appeler, de Bourbou-
ton. I1 contribua avec celui des Richerenches : les richerenches vieilles
qu'un document de 1464 dit avoir appartenu, depuis un temps long
et même très long, au temporel comme au spirituel, à l'évêché de St
Paul : les Richerenches neuves, où est aujourd'hui le village, les vieilles
étant au nord, à former le territoire actuel de la commune.
Il est quelquefois nommé avec Richerenches, et qualifié de fief,
sans que l’on sache bien exactement sans doute quel est son état. En
1376, de Baufort Canilhac, frère de Grégoire XI, reçoit les revenus de
Grillon, Visan, Richerenches, Bourbouton ; en 1410, ils sont attri-
bués à Jean Gay et Albert Abelloni. (Est-ce Abelloni, famille noble de
Visan:) En 1411, le Recteur du Comtat donne l'ordre, (fut-1l exécuté
du moins à Richerenches, de démolir les fortifications moins impor-
tantes de Richerenches,) St-Pantaléon et Bourbouton pour fortifier
mieux les points plus importants du pays. En 1389, le vicomte de Tu-
renne était entré dans le Haut-Comtat ; nous ignorons s'il détruisit
Bourbouton, comme il fit pour Montaigu En 1430 Nicolas V inféoda
Bourbouton, le prieuré de St Vincent et Richerenches à Guil. de Ber-
142 RICHERENCHES
nès, Bernecio, gentilhomme de Turin, seigneur de Beaumes, qui. en
1476, les céda au collège de Roure
Y eut-il jamais un prieuré, une paroisse, à Bourbouton, outre l'église
de St Alban ? on le croirait à en juger par certains documents. En 1317
les Hospitaliers remettent au Pape, Bourbouton, cum ecclesta sua
curala. En 1339, quand l'évêque d'Orange, Recteur du Comtat, fixa
Jes revenus que les prétres séculiers chargés de desservir les anciens
prieurés du Tex:.'e,en tireraient, il assigna au curé des églises réu-
nies de Ricaerencñes et de Bourbouton, 8 salmées d’aumone et 142
salmées de #6 : : ordonne en outre à Richard de Saltu, de Sault ? qui
en est le curé, e zerer un prêtre qui séJournât à Bourbouton. Encore
en 1569. uns ste des églises du diocèse de Trois-Châteaux parle d un
Recteur de Es: riton : elle est certainement sujette à caution. car
elle met 22 ©uiré aux vieilles Richerenches, simple lieu dit et aux
autres Kicherenties, le village actuel. Les Hospitaliers et le Recteur
du Comtat Ju-méme savaient-ils bien en quel état était alors Bour-
bouton ? et leur mention peut-elle prévaloir contre le silence du Car-
tulaire. surtout quand, après la donation des Bourbouton, il fut à peu
près inhabité? Les curés de Baumes et du voisinage sont cités comme
témoins au Cartulaire et jamais un prêtre de Bourbouton Nous croyons
donc qu'il n v eut Jamais d'église.
Aujourd hui l'on chercherait en vain la moindre trace apparente de
construction sur le monticule de Bourbouton. Au levant seulement
s'élève la ferme de Bourbouton, dont les constructions les plus ancien-
nes peuvent remonter au XVIe ,et ont sans doute utilisé quelques
materiaux plus anciens qui peuvent provenir du château.
E. MALBOIS
rÿS
La chapelle
de Notre-Dame du portali peint
(contribution à l'étude d'un coin du vieil Avignon)
par le Dr P. PANSIER
Je trouve le portail Imbert mentionné pour la première fois en
1255 (1). Comme pour les autres portes de l’ancienne enceinte il y avait
deux portails Zmbert vicux : l'un intérieur, l'autre extérieur (2). À côté
et en dedans du portail Imbert intérieur, était l'hôpital de Pierre Ren-
curel, dit plus tard de N.-D. de Nazareth, qui existait antérieurement
à 1285.
Le portail Imbert vieux était appelé, au XVe siècle, portail peint, à
cause d'une fresque ou d'un tableau qui l’ornait représentant les sept
péchés capitaux (3).
Sur le portail peint extérieur, comme sur le portail Manhanen, était
un oratoire, propriété d’une confrérie ou Aumône. C'est, je suppose, la
confrérie qui avait fait orner le portail Ymbert de l’image des sept
(1) 1255. G. de Boycorano pro quodam locali quod est ad portale Ymberti
(Invent. des biens du comte de Toulouse, arch. communales, AA 1, 9 128-134).
(2) 1439. Hospicium in carreria recta portalis Ymberti, contiguutn portali
antiquo, confrontatum : a meridie, cum carreria recta que est inter duo portalia
antiqua ; ab oriente, cum carreria Corraterie (A. de Vaucl., notaires, fonds Mar-
tin, étendues de J. de Briende, f° 41).
(3 1455 16 novembre. Hospicium situm in carreria Corraterie equorum, prope
rtale Ymberti, confrontatum : a meridie, cui dicto portali Ymberti antiquo
ubi depicta sunt septenm peccata mortalia (Notaires, fonds Vincenti, étendues
de G. Rastelli).
144 LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME
péchés capitaux. Cette image était-elle dans l’oratoire, était-elle sur
une des faces ou sur la voûte du portail? Je l’ignore.
Cette chapelle ou oratoire, d’après Massilian, aurait été construite
en 1348 par la reine Jeanne, en même temps que celle du portail Man-
hanen. Je répète, au sujet de la chapelle du portail peint, ce que j'ai
dit à propos de celle du portail Manhanen: Massilian a emprunté cette
note à un manuscrit de M. Brun, et j'ignore la créance que l’on peut
avoir en cette référence qui n’est probablement qu'une légende (1).
L'œuvre à qui incombait l'entretien de cet oratoire s'appelait : l'Au-
mône ou Confrérie ou I,uminaire de la Bienheureuse Marie sur le por-
tail YVmbert vieux.
En 1419 Anselme Gay laboureur lègue trois gros ou six sous à cette
œuvre (2).
Aumône ou Confrérie, l’œuvre de N.-D. du portail peint tirait des
quêtes une partie de ses ressources. En 1424, André de Lafont était
baïille ; arrivé à la fin de ses fonctions, en 1425, il reconnaît devoir à
Etienne Rosset, et à Nicolas Raynaud, baïlles de l’Aumône ou Con-
frérie de la bienheureuse Marie du portail Vmbert vieux, la somme de
4 florins, solde de ce qu'il avait recueilli en faisant la quête pour cette
œuvre pendant l’année de son rectorat (3).
Au XVe siècle je trouve dans les testaments de nombreux legs faits
en faveur de cette œuvre. Dans ses trois testaments de 1432, 1434 et
1443, Guiot Rosier, boulanger, lègue d’abord deux florins au luminaire
(1) Bibl. d'Avignon, ms. 2381, fo 41.
(2) 1419 17 janvier. Anselmus Gay, laborator, lègue elemosine sive luminafl
beate Marie desuper portali antiquo Himberti III grossos (Arch. de Vaucl. H,
Cordeliers, n° 14).
(3) Pro baylono helemosine beate Maria portalis Ymberti antiqui. — Ann0
142 ÿ et die XVII maïii, Andreas de Fonte, recognovit Stephano Rosseti et M-
cholao Raynaudi, baylono dicte confratrie, se eisdem debere IV florenas causs
reste majoris sumime per ipsum levate de quista quam fecit de anno proxime
lapso quo fuit baylonus. Quos solvere promisit per sequentes soluciones, vide-
licet IT florenos hinc ad festum S. Johannis Baptiste proxime futurum, et al
LL florenos hinc ad festum $S. Michaelis proxime sequentis. Actum A viniont
infra ecclesiam beati Genesii (Brèves de V. de Briende, notaires, fonds Martin).
DU PORTAIL PEINT | 145
du portail peint à côté duquel il habitait. Son second testament réduit
ce legs à un florin, son troisième à un demi florin (1)
En 1435 Jacomet Sage, marchand fait un legs considérable (10 flo-
- rins) à l’aumône ou luminairefdu portail peint, à charge pour les rec-
teurs de cette œuvre de faire peindre un crucifix sur la face orientale
de ce portail. Mais comme dans ses deux autres testaments de 1448 et
1450 Jacomet Sage ne porte qu'un simple legs de 12 sous, il est probable
qu'il avait fait de son vivant exécuter cette peinture (2). |
En 1473 Jean Roux, fabricant de bonnets ou barrettes, lègue encore
6 sous à cette œuvre (3).
Un texte de 1455 nous indique que, à cette date, l'oratoire du Portail
Peint n’était plus sur le portail lui-même, mais avait été transporté le
long de la Sorgue (4). La place du I,uminaire du Portail Peint était le
carrefour ou l'intersection de la rue des Lices et de la rue des Teintu-
riers (5).
II
La chapelle du Portail Peint, d’après Massilian, était dédiée à N.-D.
de l’Annonciation. Or je trouve une confrérie de l’Annonciation de la
(1) Testaments de Guiotus Roserii, mercator et furnerius.
1432 26 février. Lego luminarie que fit in portali Ymberti duos fl. (Notaires,
fonds de Beaulieu, brèves de Girardi, f° 45). 3 :
1434 14 avril. Item legavit luminarie que fit et fieri solita est in portali Vm-
berti prope domum habitacionis peu testatoris, unum fl. (Zbidem, fo 158).
1443 21 janvier. Item legavit elemosine sive luminarie portalis Ymberti, sex
grossos (]bidem, à sa date).
(2) Testaments de /acometus Sapientis, mercator.
1435 12 avril. Item legavit elemosine sive luminarie que fit in portali Ymberti
. decem florenos, de quibus magistri sive rectores dicte elemosine teneantur
facere nel unam ymaginem crucifixi in portali predicto, videlicet a parte
orientis, e ac debite usque ad summan dictorum decem fl. (Zbidem, f° 173).
1448. (1d est 1447) 30 décembre. Item legavit luminarie portalis Vmberti sex
grossos (/bidem, 10 13.
1450 8 mars. Mème legs (/bidem, f° 187).
(3) 1473 26 juillet. Testamentun Jhs Ruffi, birraterii. Item legavit tres gros-
sos luminarie portalis Vmberti (Fonds Martin, brèves de J. de Gareto).
(4) 1455 23 mar. Hospicium in par. S. Genesii, extra portale vetus Vmberti,
et in carreria publica, videlicet ante oratorium supra bedale Sorgie constructum
per quam carreriam itur ad bibitorium equorum (Notaires, fonds de Beaulieu,
réves de J. Girardi, fo 280). |
(5) 1507 6 mar. Hospicium in par. S. (Genesli, in carreria portalis Vmberti,
ante portale pictum, confrontatum ; ab oriente, cum carreria publica Licearum :
a meridie, cum bedali Sorgie ; a borea recto, cum platea Luminarie (Fonds Mar-
tin, brèves de B. de Gareto).
146 LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME
bienheureuse Vierge Marie dépendant des Cordeliers et à côté du Por-
: tail Peint. Cette confrérie était asséz fortunée et, en 1427, possédait
un immeuble de rapport (1). Elle est fréqueminent ment.onnée dans
les testaments. En 1439, Pons Trenquier, docteur en droit, lut lègue
un florin ; même legs, en 1440 de la part de la veuve de Pons \iallet,
licencié en droit. Marie de la Plane lui donne 5 florins en 1448 ; la même
atinée, une sœur de la précédente, Isabelle, veuve de Jean Tegrin, ban-
quier, lui lègue quatre florins (2).
En 1452, Jeannette, femme de Philipot Moisi, teulissier, lègue 6 sous
a cette même œuvre à condition que ses baïlles feront porter à ses obsè-
ques le beau drap de la confrérie. En 1463, noble dame Delphine Spie-
fami, veuve de noble Jean Seytre, banquier, lui fait un legs de six gros
parce qu'elle en était confrairesse. Une autre confrairesse, Jehannette,
femme de Jehan Acrumacie, argentier, fait un semblable legs en 1466 3)
etc.
Je me demande s1 cette confrérie de l’Annonciation n'est pas lan-
cienne œuvre du portail peint. À une date assez ancienne (avant le
milieu du XVe siècle) l'œuvre se serait dédoublée : la noble et riche
confrérie de l’Annonciation se serait transportée dans l’église des Cor-
(1) 1427 20 septembre. Hosp'cium in librata de Bario, confrontatum cum hos-
picio confratrie Annunciacionis (A. de V. G 119, f° 99).
(2) 1439 20 février. Testam-ntum Poncii Trenquerh, d. in legibus. Item le-
gavit I fl confratrie Annunciacionis Beate Marie (A. de la ville, Aumoône
des notaires).
1440 4 avr. Testamentum Guiete, relicte Poncii Maleti, in legibus lic. Itein
legavit confratrie Annuncacthx:is B. ue fit in ccclesia fratrum Minorum,
1 fl. (Notaires fonds de Beaulieu, a J. Girardi, fo 237).
1448 28 février. Testamentum dne Marie de Plana. Item legavit confratrie
Annunciacionis B. M. que in ecclesia.ff. Minoruim, V fl. (/bidemm, f9 157).
1448 18 octobre. Testamentum pro Ysabella de la Plana, relicta Jhis Tegrini,
campsoris, Confratrie (ut supra) legs de 4 fl. (Zbidem, Ÿ 663).
(2) 1452 11 novembre, Janeta, uxor Philipoti Poysi, taulisserii, /êgue confratrie
Annunciacionis B. M. Virginis tros grossos cum hoc quod magistri seu baiuli aut
rectores dicte confratrie debeant tradere pulerum pannum ipsius confratne
(Notaires, fonds Vincenti, brèves de G. Rastelli).
1463 10 octobre. Testamentum nobilis Dalphinie Spiefamis, uxoris nobilis Jhs
Sextoris, campsoris. Item legavit confratrie Annunclacionis B. M. que fit in
ecclesia ff. Minoruim, cujus est confratrix, sex grossos (Fonds Martin, étendues
de B. de Blengeriis, fo 219).
Johaneta, uxor Jhs Acrumacie, argenterii, légue tres grossos confratrie
. D. Nunciate Minoruim (Fonds Martin, étendues de Steph. Poysieux).
3 7 PORTAIL PEINT 147
deliers, les gens du quartier restant fidèles à leur ancien et modeste
orataire :în tout cas nous constatons que, à partir de 1466, la confrérie
de Ait, .unciation eut à sa disposition, dans l’église des Cordeliers, une
chapeiie spéciale con-truite par un généreux donateur, Etienne de la
Governe (1).
Le côté faible de cette argumentation est le suivant : je ne trouve
pas le vocable de N.-D. de l’Annonciation appliqué à notre chapelle
avant la fin du XVIIIe siècle ;: antérieurement elle était invariablement
dénommée « chapelle ou luminaire de N.-D. au Portail Peint ».
III
Le modeste oratoire de N.-D. du Portail Peint était situé à côté des
Cordeliers, dans le triangle formé par la Sorgue, la rue des Teinturiers
et le rue des Lices. Mais l’œuvre possédait encore, sur le portail Iui-
meme, la primitive chapelle. Celle-ci avait été tellement délaissée que,
au début du XVIe siècle, on ne pouvait plus y pénétrer. En 1528, pour
conserver leur droit de propriété, les bailles du Luminaire de N.-D. du
Portail Peint projetèrent de faire construire une visctte, ou petit escalier
a vis, permettant d'accéder à leur ancien oratoire. Mais comme cette
wisclis devait reposer sur un terrain communal ils furent obligés de de-
mander l'autorisation des consuls, qui, après descente sur les lieux, la
leur accordèrent (2). |
Le Portail Peint, au début du XVIe siècle, était orné de divers ta-
bleaux. Ils avaient dü subir les effets de l'injure des temps puisque, le
28 mars 1639, Jacques Moze et Jean Arnalhon, bailles de la luminaire
(1) 1481 8 mars. Assignation aux héritiers de François de Pérussis (mort en
1468) de la chapelle de l’Annonciation construite dans l’église des Cor deliers par
feu Etienne de la Governe (de Gubernatis), marchand et-citoyen d'Avignon
(Notaires, fonds Martin, brèves de P. de Petra).
(2) 1528 11 février. ...Quia ipsi baiuli luminarie N. D. portalis picti, pro neces-
sitate ipsius luminarie, et securitate jurium illius vellint jura ipsius et certa mo-
bilia reducere in certa camera seu loco stricto existente supra dictum portale
pictum, ad quam non possint faciliter ascendere, ideo petierunt licentiam cons-
truendi unam visetam a parte exteriori propinquiori vallato Sorgie (A. de la
ville, BB, notaires, 65, fo 144 vo).
148 LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME
de ce portail chargent « Barthézard Perrin, peintre de ceste ville d'Avi-
gnon, de peindre de nouveau à l'huile les tableaux bas qui sont audit
portail ». Ces tableaux représentaient St-François et St-Christol, St-
Bonaventure et Ste Marie-Madeleine. Leur « repeinteige devra être
faict et parfaict entre cy et la future feste de Nostre-Dame de my aoust
prochain pour le prix convenu et accordé de unze escus ». Acquit final
est donné par le peintre le 18 juillet (1). |
Le 5 août 1641 Gabriel Caritous, Pierre Galabin, baïlles du luminaire
du Portail Peint, traitent avec Renault Baneau, escwlpteur, pour la
construction d’une niche au Portail Peint, « dans le creux qui s’y trouve
à présent ». Cette niche aura environ 2 pans et demi (62 cent.) de Jar-
geur sur 5 pans (1 m. 25) de hauteur, « avec ses pilastres, cornisses, an-
richie comme est porté au dessin ». Babeau sera tenu d’y faire deux an-
ges portant un cartouche destiné à recevoir l’écriteau que les baïlles
lui donneront. Ladite niche sera en pierre de Pernes. Le prix convenu
est de 30 livres (2). |
Le 29 août 1648 je trouve les baïilles en discussion avec le chapitre
métropolitain au sujet d’un trou faisant communiquer la Sorgue avec
la Sorguette, trou que celui-ci voulait boucher au risque d'infecter le
quartier. Ils lui font faire une dénonciation de nouvel œuvre (3).
IV
Nous arrivons à la période de la reconstruction de la chapelle du
Portail Peint.
Dans son testament du 26 août 1657 (4), Jean François Labia avait
institué son héritière universelle sa parente Michelle Dunasse ; mais en
(1) Notaires, fonds Vincenti, n° 1440, fo 84.
(2) Notaires, fonds Vincenti, n° 1442, fo 113. Du 17 février 1642, acquit final
par Babeau donné en marge.
(3) À. de Vaucl., B, 632, f 639. Ce canal, faisant communiquer les deux bran-
ches de la Sorgue, est appelé plus tard /rou Chapontât du nom du propriétaire
de la maison sous laquelle il passait.
(4) Notaires, fonds de Terris, n° 127, f0 291
DU PORTAIL PEINT 149
fait celle-c1 n'avait qu’un usufruit, puisque, à son décès, cet héritage
devait revenir à la dévôte confrérie de N.-D. du Portail Peint pour
être emplové au mieux de ses intérêts. Dans un codicille ultérieur, Labia
spécifie que la confrérie « devra faire dire à perpétuité tous les jours
une messe des morts pour l’âme du donateur dans ladite chapelle ; et
si pour lors ladite chapelle n’était pas en état, dans toute autre église
que semblera bon à la confrérie, jusqu'à ce que leur chapelle soit en
état ; à charge pour les baïlles d'acheter un lieu propre à l’agrandisse-
ment de leur chapelle ».
Etant entré en possession de l’hoirie de Jean Labia en 1665, les baïlles
du Portaïl Peint achetèrent la maison et four contigüe à leur immeuble,
appelée le four Chapoutat, du nom d’un de ses précédents propriétai-
res (1). Puis le 15 novembre 1666 ils se firent autoriser par la chambre
apostolique à construire du côté du canal de la Sorgue dont les bords
étaient plantés de müriers ; ils obtinrent même le droit « de voulter le
Sorgue et de bastir sur icelle (2) ».
Le 1er décembre 1666, Jean Gondret, Pierre Amy et Anthoine
Payan, maîtres maçons, Henri Hauzard, menuisier, prennent aux en-
.Chères Ja construction de la chapelle, antichapelle et sacristie que la
confrérie de N.-D. du Portail Peint veut édifier pour l'agrandissement
de son sanctuaire. Le plan a été dressé par M. Bordes «esculteur ». La
nouvelle chapelle aura 4 cannes et demi de long (9 mètres) sur 22 pans
de large (5 m. 50). La sacristie auræ 13 pans de large (3 m. 25) sur 14
pans et demi en longueur (3 m. 60). L'antichapelle ou porche aura 8
pans et dermi de largeur (2 m. 5 environ) sur 14 pans de longueur (3 m.
50). Le maitre autel aura 9 pans de long sur 4 pans de large (2,23 sur
1 m.) , tout autour il y aura deux degrés en pierre d'Aramon. Le travail
devra être terminé dans un délai de six mois pour le prix total de 710
écus (3).
Mais à peine les travaux étaient-ils commencés qu'il fallut les arréter.
(1) G chap. métrop., 23, f° 138.
(2) À. de la ville, DD, régales 1618-77, f° 673 vo.
{3) Notaires, fonds Pradon, n° 1227, f° 703.
T 50 LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME
Les Cordeliers firent inhibition de les continuer se fondant sur diverses
décisions portant que aucun oratoire ne pourrait être agrandi ni cons-
truit dans le voisinage de leur église à une distance de moins de 40 can-
nes ou 89 mètres. À quoi les bailles objectaient que leur oratoire exis-
tant 400 ans avant la construction de l'église des Cordeliers, les déci-
sions précitées ne les touchaient pas.
Le point était litigieux. Sur l'intervention du grand vicaire de l'ar-
chevèché, les Cordeliers offrirent alors « de renoncer aux dites inhibi-
tions-et permettre ladite bâtisse pour dire la messe pourvu queonnYy
mette aucun clocher ni cloche, mais bien on pourra avant que de dire
la messe faire sonner la clochette à la main par tout le voisinage » contre
une indemnité de 60 écus. Les Cordeliers demandaient en outre que la
confrérie s'engage à ne leur donner aucun obstacle au cas où 1ls vou-
draient faire bâtir un pont sur le canal de la grand Sorgue (1).
Le 23 janvier 1667, dans la chapelle des Pénitents gris, A. Reboul
et J. Jeide, baïilles, réunissent les confrères de la confrérie de la lumui-
naïre de N.-D. du Portail Peint au nombre d’une trentaine et leur sou-
mettent ces propositions des Cordeliers. L'assemblée autorise les bailles
à accepter cette transaction (2).
En conséquence. le 13 février de la même année 1667, par acte no-
tarié, et sous les conditions précitées, les Cordeliers retirent leur inhibi-
tion. Il est stipulé en outre que dans la nouvelle chapelle du Portail
Peint on pourra dire la messe tous les jours, à savoir : la première de
Pâques à St Michel, à 4 heures ; et de St Michel à Pâques, à 5 heures.
Les autres messes pourront être célébrées ensuite au choix de la con-
frérie (3).
Les travaux furent alors repris, et le 19 février les entrepreneurs
(1) Les Cordeliers avaient demandé l'autorisation de construire ce pont : 1607.
Concession aux cordeliers de faire un pont de pierre sur le canal de la Sorgue à
l'endroit du presbitère de l'église dudit couvent entre le pont des pénitens gris
et la chapelle de Notre Dame du portail Peint (Arch. de Vaucluse, G., chap. mé-
trop. 32, f9 196 VO).
(2) Notaires, fonds Pradon, 1228, f9 36-37
(3) Jhidem, 19 53-54.
DU PORTAIL PEINT 151
touchaient un premier acompte de 45 écus en déduction de 710 écus
du prix-fait (1).
Il restait aux baiïlles du Portail Peint à traiter avec le chapitre St
Geniès au sujet des droits paroissiaux ; c’est le 8 juin 1667 que cet ac-
cord est signé (2). Le chapitre autorise la confrérie à bâtir sa chapelle
sous les conditions suivantes :
1° L'argent qui sera donné à la confrérie pour des messes sera versé
entre les mains du chapitre qui fera dire les dites messes selon les in-
tentions des donateurs ;
29 La confrérie donnera au chapitre la pension de 300 livres, établie
par M. Labia pour la messe quotidienne, à charge pour le chapitre
d'assurer le service de cette messe ;
3° Les offrandes, cierges ou argent, resteront la propriété de la con-
frérie, de même que l'argent du bassin ; mais les offrandes des acou-
chées, cierges ou argent, reviendront au chapitre ;
4° Au cas où le chapitre auto i:erait l’ensevelissement dans leur
chapelle, les dépouilles des funérai.les ou messes de mort, cierges et
flambeaux, reviendront non à la confrérie mais au chapitre.
5° La confrérie ne pourra avoir aucune cloche dans sa chapelle.
Cette question de la cloche, sur laquelle le chapitre de St Geniés et
les Cordeliers sont intraitables, rendait fort ma-ris les confrères du
luminaire. Ils ne pouvaient se consoler de l'absence d'un campanile
sur leur chapelle (3). Pevrol, le plus mauvais des nombreux fabricants
de noëls provençaux du XVIIe siècle, mais le plus fécond, se fait l’in-
terprête de cet état d'âme. Dans une pièce, où 11 met en branle tous les
clochers d'Avignon, il plaisante ainsi le clocheton absent de la chapelle
du Portail Peint réduite à annoncer la messe au moyen d’un enfant de
chœur agitant sa clochette dans la rue : « Le sonneur du Portail Peint
(1) Tbidem, fo 85.
(2) Notaires, fonds Pradon, n° 1228, fo 162.
(3) Le frère Vincent Laudun (Eglises et chapelles dédiées à la mère de dieu,
XVII siècle, bibl. d'Avignon, ms. 1448, f° 213) a donné de la chapelle du portail
peint un dessin fantaisiste, comine la plupart de ceux qui ornent son ms. La
chapelle est surmontée d’un clocheton. Cette erreur du dessinateur s'ajoute à
celles dont est remplie la notice qu’il donne de cette chapelle, roman plutôt que
notice. 1
L52 LA CHAPELLE DE NOTRE-DAWM:
— est au ciocher dans un instant — et sone la c'xñe : — s1 ar mal-
beur 11 vient à tomez. — ‘a cloche et le clocher. — tout ‘om ra avec
lui (1)
v
La chapelie du Portail Peint fut encore agrandie en 1973. En effet,
le 19 janvier de cette année, les Cordeliers font une nouvelle inhibition
avec dénonciation de nouvel œuvre au baïlles de N.-I). du Portail Peint.
À cet effet, leur procureur se présente devant le grand vicaire de l'ar-
chevéché et expose . que les dicts s'eurs bavles préthendent *aire un
nouveau bastiment en ladite chapelle contre la teneur de la transaction
entre lesdictes parties passées, et contre les bulles et privilèges dudit
couvent ; et requiert étre dénoncée nouvelle œuvre aux dicts bavles et
leur estre inhibé de fère ou continuer aucune chose au préjudice des
dicts Cordeliers (2) ».
[.e grand vicaire fit droit à cette requete, mais 1l est probable que,
comme en 1667, une transaction intervint. Je n'ai aucun renseigne-
ment sur la nature de ce batiment.
Les ressources de l'œuvre lui permettaient alors de se lancer dans
de nouvelles constructions. En effet deux ans auparavant, en 1671,
elle avait vendu à Nicolas Chouret, marchand de soie, une maison sur
le prix de laquelle un acompte de 300 écus leur est versé le 11 avril
1072 (3).
Je trouve encore des réparations faites à cette chapelle en 1716 et
1733.
Je 2 mars 1716 Pierre Meyssonier et Jean Raymond Marie, bailles
de la dévote confrérie de N.-D). du Portail Peint, traitent avec Jh Cou-
durier, menuisier, pour « le lambris et boisage de ladite chapelle fait
autour d'icellé conforme au dessin fait par M. Lainé, architecte, du
(1) Hou campanié dou pourtau pen — es au clouchié dins lou moumen — e
sono la campano : se pér malur vèn à toumba, — lou clouchié amai la campano.
- tout i'anara. (Édition 1852, noël VII).
(2) À. de Vaucluse, B, n° 694, fo 184.
(3) La vente est du 4 décembre 1671 ; le payement du 11 avril 1672 ; notaire
Jacques Arnoux. (Bibl. d'Avignon, ms. 3202, {0 18).
DU PORTAIL PEINT 153
même bois et menuiserie que celle qui se trouve déjà faite au retable
de ladite chapelle ». Le devis prévoit que Coudurier sera tenu de faire
les sculptures, trophées, anges, chérubins contenus dans le plan, ainsi
que, tout autour de la chapelle, des bancs de un pied de large. Le prix
convenu est de 19 livres. 1 par canne carrée, mesurant tant plain que
vide ; le travail devra être terminé dans un délai de deux ans (1).
En 1733 il s’agit également de travaux de menuiserie. Le 5 janvier
1733, L. Neiran et Ant. Cantin, baïlles de la chapelle et confrérie de
N.-D. du Portail Peint sous le titre de Bon Rencontre, donnent à faire à
Jacques Laucin, menuisier, la double porte d'entrée de la chapelle avec
les racords des parquets et lambris. Les deux portes seront en bois
d’aube, la porte intérieure sera à balustres. Le prix convenu est de 71
livres ; le travail devra être terminé dans un délai de 4 mois (2).
Notons le vocable de N.-D. de Bon Rencontre donné alors pour la
première fois à la chapelle du Portail Peint. Cette dénomination pré-
tait à confusion car il y avait alors une autre chapelle avec le même
vocable sur la place Pie.
VI °
La confrérie de N.-D. du Portail Peint avait la jouissance ou la pro-
priété des müriers qui bordaient la Sorgue dans la rue des Teinturiers
dite alors du Cheval-blanc.
A ce titre, le 3 avril 1667, ses baïlles vendent à Jehan La Porte, com-
me plus offrant et dernier enchérisseur « le feuille des müriers long du
béal de la grand Sorgue, depuis la maison du Sieur Palun jusqu'à l’a-
breuvoir Imbert (3).
Mais par contre, de ce fait, la confrérie est obligée de contribuer à
l'entretien du pavage de la rue. Ie 28 novembre 1709, M. l’assesseur
de la ville, accompagné des maîtres des rues, se transportent à la rue
du Cneval-blanc ; « où arrivés, en présence des ‘bailles de la confrérie
de N.-D. du Portail Peint, et de M. Roman, paveur, ont visité ladite
(1) Notaires, fonds V'incenti, n° 172, f9 16.
(2) Notaires, fonds Charasse, n° 22, fo 1.
(3) Notaires, fonds Pradon, n° 1228, fo r14.
I 54 LA CHAPELLE DE NOTRE DAME
rue qui a besoin d’être pavée. Lequel pavage, depuis le ruisseau jus-
qu'au gardefou long de la Sorgue, doit être payé par les baïlles de la
confrérie ainsi qu’ils en ont convenu là-même par l'usage qu'ils ont dit
d'être chargés dudit pavé pour son entretien : et le reste, depuis ledit
ruisseau, aux frais des particuliers (1) ». |
En 1750, même mise en demeure de contribuer à la réfection du pa-
vage de la rue. Le 8 août il est exposé au conseil de ville :“qu'ilnva
presque plus de parapet le long de la Sorgue depuis le pont des Corde
liers jusques vers les Capucins ; ce qui expose les enfants et mème les
grandes personnes à se précipiter dans la Sorgue ». Le chapitre métro-
politain, propriétaire du cours de la Sorgue, aurait dû entreprendre
cette réparation, mais il refusait même d’v contribuer. Devant le dane
ger public, le conseil décide de procéder à cette réfection vers les Péni-
tents gris « avec toute réserve des droits de la ville contre le chapitre,
et de traiter avec les baïlles de N.-I). du Portail Peint sur la portion
pour laquelle ils doivent contribuer à la réfection du pavé de ladite
rue, attendu qu'ils jouissent des arbres qui sont le long de la Sorgue (2).
Les deux portes, extérieures et intérieures, du portail Imbert vieux
existaient encore en 1750. Mais le 7 décembre de cette année, l'asses-
seur de la ville expose au conseil « que les deux portes, qui sont du côté
des Cordeliers, subsistent encore, l'extérieure étant connue sous le nom
de Portail Peint... M. le premier consul avant opiné que, quoique il fut
à souhait que les portes où anciens arcs fussent démolis, cependant
comme 1} v en a sur lesquelles 11 v a des bâtisses considérables, son senti-
ment est de se borner, pour le présent, à faire abattre ceux où 1l v a le
moins de difficulté, Comme les deux de N.-1). du Portail Peint (3) ”.
Le conseil se rangea de cet avis et peu après le vieux portail Imbert
fut démoli. « Cette porte peinte, nous dit une chronique anonyme, ap-
a) Bibl. d'Avignon, ms. 2303, f0 131. On réclamait à la confrérie de contribuer
à la réfection du passage seulement depuis le portail peint jusqu'aux petits Ca-
ucins, dont le couvent & trouvait à l'interesction des rues du Cheval-blanc et
es Cleis, sur l'emplacement actuel de la maison Pernod. Donc ou bien le reste
de la rue du Cheval-blanc n'etait pas pavé, ou bien le bord de la Sorgue y était
dépourvu d'arbres. 3
(2) À. de la ville, delib. du conseil, t. 43, fo 1-1.
(3) Délib. du conseil, t 42, Îo 188.
DU PORTAIL PRINT 145
partenait à la chapelle de N.-D. dite du Portail Peint: Il y avait des
statues de la Ste Vierge et de quelques saints et un grand tableau, peint
en fresque représentant Notre Seigneur en croix, donné par le Sr Cour
tois, peintre. La confrérie de cette chapelle fut indemnisée par la ville,
de même que le Sr Eyrier qui possédoit l’arc dudit conduit de Carm-
baud (1) ». |
Quelque quarante ans plus tard à son tour disparut la chapelle de N.-D.
du Portail Peint ; elle est vendue comme bien national le 2 mars 1790.
Dans l'acte de vente elle est dite #aison de l’ Annonciade, « située entre
les rues du Cheval-blanc et des Lices, au quartier du Portail Peint ;
confronts : du midi, la Sorgue ; du nord, le carrefour des rues des Liees ; :
du levant, la rue du Cheval-blanc ; couchant, la Sorgue et le citoyen
Clapier. Cette maison consiste en un bâtiment en pierre de taille, de
forme longue carrée, n'ayant qu’un seul étage, au dessus du vestibule
qui est à son entrée où se trouve un auvant en saillie sur la façade, et
une petite cour, de forme triangulaire, entre le bâtiment et ladite Sor-
gue. Contenance 33 toises (2) ».
La chapelle de N.-D. du Portail Peint, dite alors, j'ignore pourquoi,
de l’Annonciade, fut acquise par J. J. Carmagnolle au prix de sept
mille livres (3) ».
Ce monument n'avait aucun caractère architectural qui nous fasse
déplorer sa perte ; ce que nous regrettons davantage ce sont les deux
arceaux du Portail Peint.
VII
Telle est l’histoire de l’humble oratoire puis chapelle de N.-D. du
Portail Peint. Maintenant pour les amateurs de légendes et de romans,
voici la notice consacrée à cette chapelle par le frère Vincent Laudun,
vers le dernier quart du XVIIe siècle. Je la donne à titre de curiosité ;
mais, lui emprunter quelque chose au point de vue historique, serait
s'exposer à encaisser la paternité des erreurs ou inventions dont l’a
surchargé l'imagination de son auteur.
nl Bibl. d'Avignon, ms. 2476, fo 159-160.
(2) La liste des rues d'Avignon de 1795 nous situe ainsi cette chapelle : « Isle
46, portail ee Rue des Lices ; chapelle du portail peint au dessus du trou Cha-,
pouta ». d'Avignon, ms. 1681).
G) A. de Vaucl. Q, domaines, district d'Avignon, 26, n° 2, fo 143.
156 LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME
NOSTRE-DAME DE BON RENCONTRE
Ceste dévotion est fort ancienne, puisque il y a 400 ans qu'elle est ez
vogue selon les mémoriaux qu'on en garde. Elle est au portail appeïi
communément peint, à raison des peintures qui ornent toutes ses murailles.
Ce portail était jadis une des portes communes de la ville auparavant
qu'elle fut agrandie maintenant elle ne sert que d’arc ou de passage poui
aller aux autres rues qui sont par là jusque à la porte de la ville qu'on appel-
le Limbert.
Des dons et légats fait en faveur de N. D. de Bon Rencontre
Jeanne, reyne de Sicile et de Naples, comtesse de Provence, venant
en ceste ville d'Avignon pour destacher la dite ville de la Provence, et la
vendre au pape qui estoit Clément 6, résidant en Avignon, passant devant
le portail peint, s’arresta devant la petite chapelle de N. Dame où ele
apprit quelques merveilles que Dieu y opérait par l’intercession de sa Ste
Mère, entre autres que la grande lanterne qui brûle devant l’image de la
vierge soubs l'arc de la porte estoit presque toujours pleine sans savoir d'où
venoit cela. Ceste nouvelle la porta à donner les ormeaux qui estoint pour
lors le long de la Sorgue despuis ceste porte jusque au bout de la rue qui va
à la porte Limbert, et la rente qui en provenoit. Mais despuis que les vers
à soye sont en vogue dans ce pays on y a planté des mûriers à la place des
ormeaux qui rendent beaucoup plus.
Ensuitte des personnes pieuses de la ville y ont laissé en don perpétue,
quelques censives assez considérable. Mr. le Vice gérent qui vit à présent
sçavoir Mr. Robert, a conclus (?) de donner (e# blanc) cannes d'huile tous
les ans à perpétuité pour la dite lampe.
Peu de temps après, un voisin de la dite chappelle, appellé Jean François
vendeur d'eau-de-vie, saysi d'un grand désir d’estre baïlle ou margueller
de la dite dévotion, offrit cent escus si on le faisoit baïlle. Les promesses
ne feurent pas plutost faictes d’une part et d'autre, qu'elles furent exécu-
tées. Or, se voyant sans enfans, il se deslibéra de faire la Ste-Vierge héritière
de tous ses biens, ce qui a beaucoup servi pour achepter quelques maisons
joigna ntla petite chappelle : lesquelles ont servi pour y bastir une belle et
graude chappelle que l’on voit maintenant en sa pr... ion (?) et encore
reste un four pour cuire le pain qui porte 36 escus de rente à la chappelle
qu'on a appliqué pour une messe tous les jours à perpétuité. Le reste du
revenu est employé à des aumones diverses et aux réparations de la chap-
pelle.
Pour pouvoir bastir ceste chappelle, il a fallu avoir recours à la chambre
apostolique qui s’y est accordée moyennant 35 sols de cense annuelle, parce
que la chappelle y est pausée sur la Sorgue, domaine du St-Père. Cela na
pas suffi, car les RR. Pères Cordeliers, dont la magnifique église est de l’au-
DU PORTAIL PEINT ; 157
tre costé de la Sorgue, vouloint plaider pour empescher la construction d’une
chappelle si proche de leur église, ensuite et en vertu d’une bulle commune
aux quatre mandians, qui donne pouvoir d’empescher de bastir une nou-
velle église où chappelle preche d'une autre jà establie où seroit au delà de
140 cannes de distance. Messieurs les marguillers, pour esviter les despens
et fraix de la justice, ou le dangier de perdre, se sont accordés avec les R. P.
aux quelx ils ont donné Go escus blancs qu'ils ont employé à la construction
d'un pont pour une fausse porte de leur église du costé de ceste chappelle.
Statuts de ceste chapelle.
Premièrement, touchant la lanterne qui brûle devant l’image de N. D.
desoubs l'arc, elle doit estre libre et pour l'utilité d’un chascun, c’est à dire
qu'elle est là : 1° pour honnorer la Ste Vierge ; 2° à un endroit d'où chascun
la puisse faire descendre pour prendre de son feu nuict et jour, ce que font
pleusieurs artisans. | |
Secondement : que pour estre margueler de la chappelle il faut estre de la
ville et d’euvrer à une des maisons qui sont en veue de l’image de N. Dame.
et de la lampe pour voir de chez soy si elle est allumée : que si elle ne l’est
pas, donner ordre de l’allumer.
Troisiesmeinent il y a de grandes peines contre ceux qui blasphèmeront,
jureront ou diront des paroles injurieuses, salez et contre les bonnes meurs
devant ladite image (1).
(1) Bibl. d'Avignon, ms. 1448, f0 213-214.
Une Exposition de Pétrarque
à la Bibliothèque de Carpentras
A l'occasion du 6e centenaire de la rencontre de Pétrarque et de Laure er
l'éslise Sainte-Claire à Avignon, la Bibliothèque de Carpentras a fait, du 20
au 2S novembre 1927, une Exposition publique de manuscrits,'d'imprnimés
et de tableaux.
Avec la collaboration de Madame Geoffroy, membre du Comité, le conser-
vateur M. Robert Caillet a su trouver dans l'Inguimbertine et réunir dar
les vastes salles du Musée près de quatre cent cinquante pièces évoquant
Pétrarque et rappelant ses anus, ses maîtres spirituels, ses auteurs familiers,
ses protecteurs et son temps : manuscrits précieux, beaux incunables, éii-
tions rares dans un conditionñement partait, brochures aujourd'hui introu-
vables, Vues et portraits peints ou graves.
La présentation d'un nombre aussi important de documents varié fut
partaite. grâce à un Judicieux classement, pius encore grace aux très nom-
breuses citations extraites de l'œuvre entière de Pétrarque et disposées au
regard des principaux objets.
A la séance d'inauguration les invités ont eu le plaisir d'étre reçus par un
Loupe de aix jeuties filles en ontume cormtadin et d'entendre les aliocutions
de M. PMrevius, maire de Carpentras : de MM. Emile Ripert et Maurice Mi-
Qui, Poteseurs à L'Umversité d'Aîx-Mairseïlle : de Madame Françuis Vou-
cieune et de M. KRohert Canet.
Le catalogue retrosinutit de cette Exiition, qui constituera un Livre
ie, uit paraître prochainement ; il
L2
ss.
‘ N L ; Te :
dur de Petrareue et de L'Inguimher:
de RS tes NE RSS SUR ut At rare. as
contiendia le texte des disorurs et la liste des irésars réveés au pub.
159
Une Exposition de kKeliures
à la Bibliothèque de Carpentras
Les riches collections de manuscrits et d’imprimés rassemblées au XVIIIE
siècle par Monseigneur d’'Inguimbert, évêque de Carpentras, faiblement auy-
mentées à la Révolution du produit de quelques confiscations, se sont en-
suite accrues par des achats que limitent de trop faibles crédits et surtout
par des dons et des legs.
_ Jusqu'à maintenant elles n'avaient été aperçues que des visiteurs admis
à circuler dans les vastes salles de l’hôtel d’Allemand aux murs couverts de
boiseries anciennes ; seuls, quelques érudits pouvaient en apprécier la grande
valeur et l'extrême variété.
Pour la première fois en 1927 le public a été appelé à juger «sur pièces » la
Bibliothèque de Carpentras, à constater le bien fondé de sa réputation et a
connaître par le détail une partie de ses trésors.
11 convenait d'attirer l'attention des curieux et de ne pas décevoir les visi-
teurs, en choisissant pour thème d’une première manifestation publique un
sujet capable à la fois d’intéresser des spécialistes et de séduire les personnes
privées de connaissances techniques ; c'est dans cette intention que fut or-
ganisée une exposition des reliures de l’Inguimbertine et que, du 2r avril au
premier mai 1927, 420 ouvrages de tout format, classés par périodes allant
du XVe au XIXe siècle inclus, déployèrent dans la grande salle du Musée
les beautés de leurs robes de cuir aux dessins élévants et aux riches dorures.
Pendant ces onze jours près de douze cents visiteurs apportèrent aux or-
ganisateurs de l’entreprise la récompense immédiate de leurs efiorts et le
meilleur des encouragements.
*
* +
La Bibliothèque de Carpentras renferme encore beaucoup de pièces rares
ignorées où mal connues, qui seront périodiqueinent révélées : manuscrits
à miniatures, incunables, belles impressions du XVI® siècle, ouvrages illus-
trés, dessins et aquarelles.
En chacun de ces groupes on trouvera le sujet d'une exposition et d'assez
nombreux éléments pour la rendre intéressante.
Comment pourrait-il en être autrement avec des fonds d'origines si va-
Tiées et d'anciens possesseurs si réputés ?
Dom Malachie d’Inguimbert, avant d'ètre évéque de Carpentras, s'était
Constitué à Rome une bibliothèque personnelle ; il avait le goût des belles
Choses ; sa passion de l'étude et ses fonctions successives de bibliothécaire
du cardinal Corsini puis du Vatican lorsque ce prélat devint pape sous [e
.
CL]
ee
160
nom de Clément XII, le pousaient à accroitre sa collection de hvres ; elle
le suivit en 1735 dans la capitale du Comtat Venaissin.
D'Insuimbert voulait créer dans sa ville natale, dont 1l était devenu le
chef spirituel, une bibliothèque ouverte à tous et 11 s'Y emplova jusqu à «a
mort, consacrant une partie de sa fortune à des achats d'ouvrages imprimés
et manuscrits ; c'est ainsi qu il fit à Aix en Provence | acquisition de la gran-
de bibliothèque de la famille Mazaugues et qu 1l sauva de la destruct'on une
part importante des manuscrits du savant Peiresc. À sa mort, survenue en
1757, Mur d'Inguimbert laissait un fonds d'environ vingt mille voiumes,
rendu public depuis déjà trois ans.
Au milieu du XIX° siècle un médecin de Carpentras, Casimir Barjavel,
bibliophile passionné, légua à ses concitorens plus de dix mille Hvres et ma-
nuscrits, accumulés durant toute son existence et parmi lesquels se trouve
une collection vauclusienne de tout premier ordre.
D'autres dons et legs, parnni lesquels ceux de Bonaventure et Jules Lau-
rens, d'Antoine Evsseric, de De Saint-Paulet, des frères Seguin et du général
Valabrèvue, sont venus enrichir l'Inguimbertine et porter à plus de cent
-mille le nombre de ses volumes.
L'exposition d'avril 1927 portant sur cinq siècles d'art et d’histoire,évo-
que ces origines et en conserve tous les reflets. Depuis le volumineux missel
du XV® siècle jadis possédé par l’église de Saint-Trophime, avec ses ais de
bois couverts de peau et protégés par des ornements de métal doré, jusqu'aux
délicats maroquins bleus ou citron enveloppant les petites impressions du
milieu du siècle passé, toute la série des cuirs, toute la gamme des couleurs
et toutes les formes décoratives ont été offertes aux visiteurs, dans un ordre
chronologique.
Ils ont pu voir des reliures allemandes du XVI siècle, en peau de truie
vaufrée, ornées de médaillons placés en bandes entourées de rinceaux ou
couvertes de scènes religieuses ; des dessins géométriques d’un modernisme
surprenant, disposés sur des velins autrefois blancs, devenus couleur d'ivoire.
Le XVII siècle leur a apporté les velours de Gênes, les maroquins rouges,
les basanes fauves, les veaux glacés et les chagrins violets portant au centre
des plats les écussons dorés de leurs propriétaires primitifs.
De charmants petits liVres couverts de cuirs mosaïqués, d'arabesques
de fleurs, de larges dentelles, paraissaient échappés de la bibliothèque de
Madame de Pompadour.
Et plus loin, terminant cette évocation d'un long passé, se succédaient,
les ornements de Pasdeloup largement enroulés sur des maroquins à longs
wrains, les filets étroits et les fleurons délicats de Lortic incrustant leurs o1s
dans des veaux polis et brillants comme du marbre, les cuirs incisés de Cham-
SR ue Re
101
bolle-Duru, œuvres tantôt somptueuses tantôt d’une exquise simplicité,
mais toujours parfaites.
*
é +.
Par leur nombre et leur diversité, les reliures armoriées donnèrent à cette
exposition un caractère distinctif et en constituèrent le plus grand intérêt.
Il convient de rappeler, parmi tant d'armes françaises, celles d'Henri III et
de Victoire de France ; de Seguier, de De Thou, de Phélippeaux, des frères
Du Puy, de l'évêque de Lodève Plantavit de La Pause, de Mathieu Molé et
des Colbert, de Bay de Curris, des cardinaux De La Roche Aymon et De
Noailles ; du comte d'Hoym, de la marquise de Choiseul-Grammont et de la
comtesse de Verrue, célèbres bibliophiles ; des grandes familles provençales
et comtadines des Forbin-Janson, des Ma ynier d'Oppède, des De Masaugues,
des Valbelle de Tourves, des De Puget, des Fortia des Pilles et des Tonduti
de Blauvac, sans oublier les nombreux spécimens du curieux monogramme
de Claude-Nicolas Fabri de Peiresc.
Au nombre des armoiries étrangères, presque toutes d’Eglise, une mention
spéciale est dûe aux trois papes Clément XI, Clément XII et Benoît XIV,
comme à celles de deux archevêques d'Avignon, Mgrs de Marinis et De Manzi.
Deux reliures, l’une aux armes de la ville d'Amsterdam, l’autre à celles de
la cathédrale de Tolède, ont été fort admirées.
Le souvenir de cette grande manifestation d'art méritait d'être conservé
et ses détails en seront fixés dans un catalogue encore en préparation, qui
ne sera publié qu’en 1928.
R. CAILLET.
F'
162 COMPTES ET BUDGET
Gomptes et Budget
.
Budget de prévision pour 1927
Recettes :
Rellquat audit Tanvier 1027: ne
Revenus des valeurs mobilières... D RE
Intérêts des Bons de la Défense Nationale.................................
Intérèts du compte-courant à la Société Générale Stan
Revenus de l'immeuble de la rue Dévéria.................................
COTISATIONS: Le me ad nee Re Mie
Vente de fascicules et abonnements ...........................,..,.....
Subvention de la Ville d'Avignon ss
Subvention du Conseil général ................. nue Hesse
Allocation du prix de Faucher .........….. idees Lee st
Total des Recettes............
Dépenses :
Loyer du local des réunions du bureau...
Impositions ........ nos sente A
ASSUTATICES ss... oies msn
Frais de bureau — Correspondance — Iintretien des collections —
Éclairage — Chauffage .........…. cine sas Hess
Traitement du gérant... Halo Hermes Rte citerne
Etrénnes dIVerses si. ssssssssieissecetses sis RE
Convocations ........... duo ON dei ne ee
Imprimés divers ........... nes Mie AR metiers
Recouvrerments des cotisations.............. sise indie
Frais de garde des titres et impôts...........…. ie SR
Frais d'impression des mémoires ee sessssssesssceseseee
Frais d'expédition des mémoires .....…. one tiou Hnenretéstenuie
Prix de Faucher .........…. Te RS MAG ts ed
Prix Dufossé..…. D ee dd ao ed ne Sie
Dépenses iniprévues 000000900009 0% 00000460. 000000000006 6u.e
Total des Dépenses...
p. mémoire
400.00
125.00
150.00
3000.00
4700.00
60.00
200.00
200.00
200.00
ms ee me eme
9035 .00
s 5:
888
è
SE AT EE UE er
888688838382
COMPTES ET BUDGET
Compte des Recettes et Dépenses pour 1926
Recettes :
Reliquat au 17 Janvier 1926... esssscssosscescorosscssonse
Revenus des valeurs mobilières sans affectation 326.69
Revenus des valeurs mobilières avec affectation 45
Intérêts des Bons de la Défense Nationale......................,........ :
Intérêts du Compte courant à la Société Générale ..................., ;
Revenus de l'immeuble rue Déveria.............................
Cotisations 231 à 20 francs... aile raies
Vente de fascicules et abonnement .......................................
Subvention de la Ville d'Avignon........................................
Subvention du Conseil général... ss
Part contributive pour la reproduction de clichés....................….
Prix de Faucher (versé par Madame de Faucher)........................
Dépenses :
Loyer du local des réunions du bureau...................................
Impositions 49.50+153.02+483.78 ......................,.,,.........
A SSUTANCES 02:45 5305: Siren nvidia itseenseinente
Frais de bureaux — Correspondance — Entretien des collections
= helairase — Chattes tea
Lraitément QU-PÉTANLS 2 cream nds una tou issce its
ÉCrenies MVETSES ini Niels
Convocations (Impression et envoi) ............,.,......4......ssssses
LÉRPTUMES AVES LES At ut Ne
Frais d'instalation electrique... Miami
Recouvrement des cotisations : Timbres : 61.50 ; Frais 182.95...
Frais de garde des titres et impôts.............,.....,.....,............
Frais d'impression des mémoires ................,,.......................
Frais d'expédition des MÉMOIrES. esse resserre
Attribution du prix de Faucher (à M. F. Benoit)...
PT DOS SÉ ER da resto nes
Total des dépenses ............
solde en Caisse ...............
Total égal aux Recettes...
163
8882.22
| 371.069
147.50
154.80
3000.00
4620.00
64.00
200.00
200.00
74-00
200.00
17914.21I
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8118.20
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17914.21
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Gompte-rendu des Séances
SÉANCE DU 7 JANVIER 1927
Présidence de M. le Chanome AUROUZE, President.
La première séance de l’année académique avait réuni dans la salle VI de l’Hô-
tel-de-Ville : Mesdames Günd, Pons, de Speyr, Valayer ; Messieurs Achard, Bé-
rard, Boissm, Cambe, Capeau, Dauvergne, Euvrard, J. Girard, Huot-Sordot,
docteur Igonnet, Imbert, colonel Juster, commandant de Loye, À. Marcel, Mi-
gnon, de Monchy, Poirson, Pons, docteur Remy-Roux, abbé Sautel, pasteur
Schlæsing, Sicard, de Speyr, chanoïne Trouillet, Honoré Vernet, Zacharewicz,
etc.
Aprés l'adoption du procès-verbal de la précédente séance, M. le Président
présente à tous ses confréres ses meilleurs vœux pour 1927 ; il souhaite une bonne
annte Académique, c’est-à-dire des séances bien remplies d’érudition, de travail
et de poésie.
Il salue la mémoire des membres récemment disparus ; M. Mathieu, chez qui
une grande modestie dissimulait trop des connaissances sérieuses et variées, sur-
tout en matière juridique et scientifique ; M. Jean Saint-Martin, une figure avi-
gnonaise des plus curieuses, restée sympathique à tous malgré une vie politique
longue et agitée.
M. Huot-Sordot nous fait la communication annoncée : Souvenirs de vovage
en Corse. Ft ce sont les impressions merveilleuses que réserve au voyageur l’ar-
rivée à Ajaccio, la visite des sites et des paysages vantés à si juste titre, depuis
l’'éblouissement de la côte et des calanques au panorama grandiose et sauvage
des montagnes, jusqu’au fameux maquis. Ces beautés si variées et si nombreuses
font de la Corse, selon l'expression du conférencier, une véritable réserre touris-
tique, réserve qui sera connue et bientôt exploitée comme elle le mérite.
Des observations pleines d'intérêt sur la vie sociale et économique, les mœurs
et les types populaires, les souvenirs enfin qu'évoquent certains édifices, comme
la maison de Napoléon, complètent ce récit de la façon la plus intéressante
et nous montrent les rapports harmonieux entre l'âme du pays et celle de ses
habitants.
M. Maurice Mignon, à propos du 600! anniversaire de la rencontre de Pétrar-
que et de Laure, qui tombe au mois d'avril prochain, expose le projet qu'a formé
la Société des Amis de Pétrarque de célébrer avec éclat cette commémoration.
L'Université d'Aix-Marseille doit prendre possession à cette date du jardin
et de la maison, où vécut le poète, à Vaucluse, et où sera aménagé un Musée de
souvenirs. Une plaque, apposée sur le rocher voisin, attestera qu'en ce lieu Pé-
trarque chanta Laure et rendit au monde le trésor de lettres antiques. Des dé-
légations de lettrés de tous les pays doivent s'associer à ces fêtes, dont la prési-
dence a été acceptée par M. Gabriel d'Annunzio et M. Pierre de Nolhac.
M. Mignon désirerait voir former en Vaucluse un Comité local, qui apporterait
sa collaboration pour l'organisation de cette cérémonie : il adresse un appel en
ce sens à l’Académie de Vaucluse qui complèterait ainsi l’œuvre inaugurée par
nos prédécesseurs en 1804, continuée en 1874 et en 1004.
M. le Président, en remerciant M. Mignon de la brillante causerie, dont cette
nsée a été l’occasion, lui donne l’assurance qu'il trouvera, non seulement à
‘Académie, mais chez tous nos compatriotes, le concours le plus empressé pour
une œuvre qui touche de si près à nos gloires locales.
166 COMPTE-RENDU DES SÉANCES
SÉANCE DU 7 FÉVRIER 1927
.
—— ———
.
Présidence de M. le Chanoine AUROUZE, Président.
.
°
Parmi les membres présents, nous avons remarqué : Mesdames de Speyr, Ley-
det, de Flandreysy ; Mesdemoiselles Jacquemin, Jouve, Jouët-Pastré ; Messieurs
Achard, Boissin, Cambe, Cappeau, de Chansiergues, docteur Colombe, Dauver
gne, Euvrard, L. Imbert, commandant de Loye, Marcel, de Monchy, docteur
Pansier, Poinet, Pons, docteur Rémy-Roux, abbé Sautel, pasteur Schlæsing,
Sicard, Jean T héodore-Aubanel, chanoine T rouillet, Jean Valentin, Maunce
Verdet-Kléber, Zacharewicz, etc. etc. .
Après l'adoption du procès-verbal, M. le Président proclame l'admission de
AM. Edouard Perrot, Louis Dibon et Gabriel Roux, présentés aux dernieres
séances, puis sont présentés : M. Montagné, par MM. Pelat, le docteur Finielz
et Boitelet : M. Paul Lavagne d'Ortigue, par MM. J.-B. Ripert, Barber et Mie
Jouve ; M. P. de Brun, conservateur du Musée de Saint-Rémy, par MM. l'abbe
Sautel, A. Palun et M. le chanoine Aurouze.
La parole est aussitôt donnée à M. Sicard, Directeur de la Banque de Franct,
de nous fait connaître Les Monnaïes des Papes d'Avignon. Après une étude
’ensemble sur l’histoire de la Monnaie depuis les origines jusqu'au Moyen-Àge.
notre collègue examine les différentes sortes de monnaies, qui existaient Sul Le
territoire français et les différencie des monnaies des Papes, dont il étudie avec
détail la valeur, la fabrication, les signes, etc. N—
\f. l'abbé Sautel donne ensuite la description d’une Maison gallo-romaine dé
couverte à V'aison au cours des fouilles de l’année 1926. Au moyen d'un releve
complet des substructions mises au jour, il conduit ses auditeurs dans toutes les
parties de l'édifice depuis le vestibule d'entrée et les salles de réception orttes
de mosaïques jusqu'au péristyle en passant par le balnéaire avec ses trois appt”
tements à températures différentes, la cuisine et ses dépendances, les comuuns
habituels comme la salle à manger, l’æcus, les salons de réunion, les chambres
d'esclaves ; puis il insiste sur les deux pièces importantes qui ont été identifiées
récemment : mme salle à colonnes omée de panneaux en stuc, et le péristyle lui-
ième avec sa galerie, sa pièce d'eau et Sa décoration artistique. Notre college
estime enfin que cet édifice fut la demeure d’un riche gallo-romain — peut-etre
de la famille des Messii — établie sur les flancs de la colline de Puymin.
nt te me come
Présidence de M. le Docteur PANSIER, Fice-Président.
Dans l'assistance toujours nombreuse se trouvaient : Mesdames Abrie, Günd.
de Flandreysy, Jacquemin, Leydet, Joseph Pons, Rieu ; Messieurs Boissin, Colo-
nel Boyer, Bruneau, Cappeau, Clamon, docteur Colombe, Dauvergne, Drasol,
Luvrard, L. Gap, À. Gilles, de Guilhermier, L. Imbert, commandant de LOY*
Marcel, Poinet, Ramette, docteur Rémiy-Roux, abbé Sautel, Sicard, chanoltt
Jrouillet, Verdet, Zacharewiez, ete. |
Le procès-verbal est adopté et M. le Président proclame l'admission de MN:
AR un mn =
COMPTE-RENDU DES SÉANCES 167
Montagné, Paul Lavagne d’Ortigue et P. de Brun, présentés à la dernière séance.
Puis, M. Euvrard, délégué de la Commission pour la vérification des comptes,
constate l'excellente gestion de notre trésorier et adresse les remerciements de
l’Académie à M. Boissin, qui a su arriver à de si beaux résultats. |
M. le Docteur Pansier nous raconte alors l’histoire de la Chapelle du Portail-
Peïnt : d'abord modeste oratoire établi sur le portail lui-même, elle devint une
chapelle de l’Annonciation à partir de 1455, elle fut reconstruite en 1675, prit le
nom de Notre-Dame du Bon Rencontre en 1733, et fut vendue sous la Revolu-
tion comme bien national à Jean Carmagnole. Elle a disparu et il n’en subsiste
ss quelques marches d'escalier au tournant de la rue des Lices et de celle des
einturiers.
M. Léo Imbert lit ensuite une Nofice biographique de M. Jean Saïnt-\artiu,
que nous envoie M. Hyacinthe Chobaut, archiviste du (>ard. Il raconte la jeu-
nesse de notre regretté confrère à Pertuis et à Aix, ses premières tentatives poli-
tiques sous l’Empire et au début de la 1112 République. Député en 1877, bou-
langiste avec Naquet, il fut de nouveau élu en 1889, mais il échoue en 1893 et se
retire momentanément pour devenir quelques années après conseiller général de
Pernes, puis député de l’arrondissement de Carpentras de 1906 à 1910. Sa retraite
né fut pas inactive : il se fixa à Avignon, où il se consacra à l’histoire de la Révo-
lution et publia des études sur la Fontaine de Vaucluse, le dernier Vice-Légat,
maréchal Brune et Jourdan. Sa politesse et son amabilité sont restées légen-
aires. .
LA fin de la séance est consacrée à une étude de M. l’abbé Malbois sur la Ques-
tion d'Aëria. Après avoir résumé l’état des recherches sur l’insaisissable cité, vé-
ritable «a Chèvre d'or » des archéologues vauclusiens, notre confrère discute à
nouveau les textes des géographes anciens et il fait remarquer avec humour que
ces textes sont très vagues, sans repères certains, et que « à supposer que la cel-
tique Aëria ait existé, il fut et sera, sauf découvertes peu probables, bien oisif et
inoffensif de la chercher ». M. l'abbé Sautel donne encore lecture d’une substan-
tielle notice de notre confrère sur la commune de R'cherenches : il essaie d’abord
d'en déterminer l’étymologie, les limites et les quartiers : il étudie surtout la fon-
dation de la commanderie des Templiers et fait l’histoire du pays après la sup-
pression de l’ordre jusqu’au XVIe siècle, pour terminer par quelques détails ar-
chéologiques sur les remparts et l’église.
SÉANCE DU 7 AVRIL 1927
.
e
Présidence de M. le Chanoine AUROUZE, Président.
.
Parmi les membres de l’Académie assistaient à la séance : Mesdames Abrie,
Günd, Jacquemin, Leydet, Joseph Pons, Rieu, de Speyr : Messieurs P. Boissin,
Capeau, comte de Chansiergues, docteur Colombe, KR. Dauvergne, Dumas, Eu-
vrard, comte de Forbin, L. Imbert, Montagné, Poinet, Poirson, KR. Pons, docteur
Rémy-Roux, abbé Sautel, Sicard, FE. de Vernejouls, etc. |
Après l'adoption du procès-verbal, sont présentées les candidatures de MM. :
Bousquet, juge au Tribunal civil, par MM. Sicard, Alphonse Gilles et abbé Sautel.
Droin, inspecteur d'Académie, par MM. Nouveau, L. Imbert et le chanoine Au-
rouze ; Jean Valentin, architecte des Monuments historiques, par MM. Sicard,
Poinet et le chanoine Aurouze : l'abbé Fr. Dutertre, vicaire à Valréas et lauréat
de la Société Française d'Archéologie, par MM. l'abbé Sautel, Boissin et le cha-
noine Aurouze.
M. le Président adresse les félicitations de l’Académie à M. L.-H. Labande,
168 COMPTE-RENDU DES SÉANCES
notre ancien Secrétaire général, qui vient d’être élu à l'Académie des Inscrip-
tions ct Belles Lettres, au siège de M. Henry Cochin. Puis 1l annonce que sur
l'invitation du Conseil d'Administration du Musée Calvet la prochaine séance
aura lieu dans les salons du Musée Calvet, afin de commémorer d’une façon 50-
lennelle le centenaire de l'inauguration de la Galerie Vernet.
La parole est ensuite donnée à M. le docteur Colombe qui continue ses travaux
sur le Palais des Papes et étudie en ce moment les Communications sous Lnic-
cent VI entre le Palais vieux et le Palaïs nouveau. 1 décrit d’abord celles qui unis-
saient l'aile de la Chapelle et l'aile du Conclave, puis celles du Petit Tinel, enfin
il montre dans une vue d'ensemble que la galerie du Conclave constituait le cen-
tre de toutes les relations entre la galerie du cloître de Benoît XII et l’aile de la
Chapelle et son promenoir supérieur.
M. Alfred Dumas évoque alors devant nous le souvenir de Stuart Mill et de
Frédéric Mistral. rappelle en premier lieu les circonstances qui ont fixé le phi-
losophe anglais à Avignon, ainsi que celles qui le mirent en relation avec les Avi-
gnonuais célèbres de ce temps : Henri Fabre, les félibres et surtout leur chef. Ce
fut à l'occasion de la publication de son travail sur le rôle de social la fenime que
les correspondances commencérent à s’échanger : on connait la réponse de Stuart
Mill, mais nous n'avons pas la lettre de Mistral : toutefois, il paraît certain qu'il
approuva pleinement les théories du philosophe anglais, qui sont devenues la
charte du mouvement féministe. Mistral était d'ailleurs en pleme effervescence
intellectuelle : favorable aux idées de 1848, démocrate fervent, d'une indépen-
dance d'esprit ardente, il se révèle déjà ce qu'il sera pendant toute sa vie : un
grand idéaliste plein du passé, mais aussi tourné vers l'avenir ct jaloux de Îa
beauté provençale.
En dernier lieu, M. Edgard de Vernejoul vient associer l'Académie au VI
Centenaire de la rencontre de Pétrarque et de Laure à Sainte-Claire, en célébrant
le chantre de la Provence et en rappelant l'idéale vision des amours de l'imimor-
telle provençale et du poëte italien.
SÉANCE DU 12 MAI 1927
Présidence de M. le Chanoine AUROUZI, Président.
Suivant une tradition bien établie, l’Académie de Vaucluse continue ses
séances d'études sur place, dans les monuments aux-mêmes ou dans les col-
lections qui l’intéressent. Aussi, comme au Palais des Papes, comme aux Cé-
lestins où au Fort Saint-André, les membres de la Société étaient nombreux
à la réunion du 12 Mai, consacrée à célébrer le centenaire de la fondation
de la Galerie Vernet, au Musée Calvet : Mesdames Abric, Günd, de Flandreysy,
Jacquemin, Jouve, Levdet, Poirson, Joseph Pons, F. Rieu, de Speyr. Va-
laver : Messieurs Achard, Aude, Boissin, Bousquet, Brusset, Boch, Cambe,
comte de Chansiergues, Dauvergne, Dunan, H. Fabre, Gap, Germand, Gilles,
Joseph Girard, docteur Girard, Goubet, commandant de Guilhermier, Günd,
Huot-Sordot, docteur Lavat, Lesbros, commandant de Loye, docteur Michel
Béchet, Montagné, de Monchy, Nouveau, A. Palun, Docteur Pansier, Poir-
son, J. Pons, Raparé, docteur Rémy-Roux, J.-B. Ripert, abbé Sautel, pasteur
Schleusing, Sicard, de Speyr, Jean Théodore-Aubanel, Edouard Théodore
Aubanel, H, Vernet, Zacharewiez, etc., etc.
Le Musée Calvet reçut ses invités dans la salle Mariéton, beau salon du
XVIIIe siècle avec ses tableaux et ses meubles de style. M. le commandant
de Guilhermier souhaite la bienvenue aux nombreux membres de l’Acadenne
et à leurs invités, et pour donner toute sa valeur à la fête du jour, il raconte
la fondation de la Galerie Vernet et rappelle à ce sujet les liens qui n’ont cesse
COMPTE-RENDU DES SÉANCES | 16%
d'unir l’Académie de Vaucluse et le Musée Calvet : ? Nous ramassons et
conservons les documents, dit-il : vous les utilisez, et de cette union naissezt
des travaux qui font honneur à l'érudition avignonaise et comtadine ..
M. le Commandant de Guilhermier cède le fauteuil de la présidence et M.
le Chanoine Aurouze ouvre la stance de l’Acadimie suivant le cérémoitial
habituel. Après l'adoption du procès verbal de la séance du 7 avril, il pro-
clame l'admission de MM. Bousquet, Droin, Jean Valentin et F. Duterire,
présentés à la dernière séance : puis sont proposés quatre nouveaux membres :
MM. Robert Gaïcin, industriel, maire de \ aucluse, per MM. Raparé, (Gruigue
et L. Imbert. ; le comte de Sade, par MM. le docteur Pansier, L. Iibert et
le Président : Chamski-Mandajors, trésorier-payeur général de Vaucluse,
par MM. Sicard, J. Girard et L. Imbert : Madame P. Florent, par Mesdames
Günd et Poirson et Mademoiselle Jacquemin.
M. le Président remercie alors l’Adnuinistration du Musée Calvet de son
aimable inivtation et il rappelle à son tour les bienfaits de l'amitié d£jà
centenaire, Gui place encore aujourd'hui l’Acadénne @e Vaucluse aux cotés de
ceux qui veillent aux destinées de la célèbre collection avignonaise. Il redit
à son tour les faits principaux qui entourcrent l'inauguration de la Galerie
Vernet. mais 1l insiste spécialement sur la part que prit à cette fCte la scciété
littéraire de cette époque. Dans ce but, tl s'efforce de retracer la phiysionomie
de la séance solennelle qui eût lieu à cette occasion : discours du président
compte-rendu du concours de poésie, auquel 1l emprunte de larges extraits,
qui ous placent aisément dans l'atmosphère du temps. En dernier lieu, 1l
dit sa joie de présider cette fète commémorative et de voir réunies deux socié-
tes, qui s'efforcent de célébrer les gloires de notre cité papale et de notre terre
comtadine :« Notre idéal est le meme, ajoute-t-1il ; détendre les monuments,
les écrits du passé, les étudier pour mieux compreiidre les raisons que nous
avons de les estimer et de les admirer, et de permettre ainsi à nos compatriotes
de partager notre fierté patriotique »..
M. Joseph Girard, ancien président de l’Académie de Vaucluse et conser-
vateur du Musée Calvet, nous entretient avec beaucoup d'érudition des cir-
constances qui ont présidé à l'établissement de la Galerie Vernet: il décrit la
situation des collections de peintures à Avignon, il montre la part respective
des autorités et de l'administration du Musée dans l'achat et la réunion des
tableaux, puis il étudie à cette occasion l’œuvre des Vernet, et il convie les
assistants à la visite de l’exposition du centenaire. In effet, chacun put admi-
rer les cheïfs-d'œuvre qui sont conservés dans les galeries du preinier étage
depuis le Mazeppa, jusqu'au Cosaiue, et tous les Avignonais furent heureux
de revoir cette belle série de gravures qui reproduisent 1s tableaux de Joseph-
Vernet, ainsi que celle des Ports de France, toutes remarquables par leur frai-
cheur, leur finesse et leur pureté.
SÉANCE DU 2 JUIN 1927
Présidence de M. le Chanoine AUROUZE, Président.
Présents : Mesdames Leydet, Poirson : Mesdemoiselles Jouve, Jacquenun,
Messieurs Boissin, Chamski-Mandajors, conte de Chansiergues, Gap, À. Gilles;
H. Jean, commandant de Love, A. Marcel, Montyné, Poirson, KR. Pons,
Raparé, abbé J. Sautel, chanoine H. Trouillet, H. Vernet.
Après l'adoption du procès-verbal de la séance du 12 mai, M. le Président
proclame l’admission de Mme P. Florent, de MM. le comte de Sade, R. Gardin
et Chamski Mandajors. Puis, sont présentés : M. le général Cloix, par Mme
170 COMPTE-RENDU DES SÉANCES
Valaver, MM. J.-B. Ripert, et chanoine Aurouze ; Mme A. Verdet, par MM.
Verdet-Kléber, Pierre Thomas et Mile Jacquemin.
M. L.-H. Labande, n'ayant pu se rendre au milieu de nous, est représente
pur M. le chanoine Aurouze, qui nous fait connaître les résultats de son étude
sur a Une correspondance inédite de Joseph Vernet.»
Après quelques généralités sur les amis et les lettres du peintre, notre col-
lgue étudie un dossier inédit qu'il a trouvé au Bristish Museum et qui con-
tient toute une série de lettres échangées entre Joseph Vernet et un de se
amis, Dominique Serre. Il s'agit d'une commande de tableaux faite par le
macchal de Castries, en 1780, et que le peintre J. Vernet voulait obtermur
pour son fidéle disciple. Les circonstances ne favorisèrent pas cette Ccombi-
naison et la correspondance s'arrète en 1780, mais elle nous révèle en Joseph
Vernet un excellent père de famille, fier du talent de son fils Carle, d'une
grande obligeance pour ses confrères et d'une extrème indépendance d'esprit.
M le chanoine Aurouze remercie notre éminent Confirère de son aimable
AttERUON, regrette encore une fois que les circonstances ne lui aient pas permis
dé venir lut-meme et lui adresse nos plus vifs remerciements.
M E. Rapare, Professeur au Lycée, < En rourllant les archives de Caromh,
SOI PAYS natal, à pu etudier quelques documents de ce riche fonds et nous en
hic es sevrets Il raconte ses vicissitudes depuis un siècle et aborde directe-
ment son auiet en faisant en premier heu l'histoire des querelles qui divisent
les habitants de Larpe ntras et de Caromb à propos des eaux achetées en 1314
Le C'ement V pour alimenter la capitale du Comtat. I nous conduit aussi aux
Latieuses varnietes de plefte, Gui ont été exploitées de tout temps pour les monu-
ments de la region, chateaux, éxitses, aquedues, ete. enfin notre collegue rappel-
le es ttetients qui out marque Feéiection de Jean XXII. dont un neveu, Raymond
Laurent, ut SuILteuT du Pavs.
Ages les tetottations de M le Président. = l ne Sautel Hit un mémoire de
Laube Pétertre aur Dir Auris de ar. as. J'en établit minutieuse
tient itstotre depuis Sa foi Rens à ieporue Caro ee jusqu à sa Tecons-
turn au NII gave, et aux diverses Miltions qui en Ont modifié l'aspect.
Pau la me te tte oi te QUE GhOeeUCEtN de intereuret de l'extérieur
AttAe € FAPELLES LaicTas nel ut R:sure transept, tour du transept.
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# SRE à
COMPTE-RENDU DES SÉANCES 171
de la Rovère, au XVe, salles ornées des archevêques les XVIIe et XVIIIe
siècles. Et au fur et à mesure de la visite, évoquant maints passages de notre
histoire locale, il fit apparaître, de la façon la plus attrayante, tout l'intérêt que
présente cet édifice, aux aspects si complexes et si curieux et si peu connu des
Avigronalis. |
SÉANCE DU 6 OCTOBRE 1927
Présidence de M. le Chanoine AUROUZÉE, Prés'den!
e
.
La séance de rentrée amène toujours l'assistance des grandes inaugurattons,
avec Mesdames Abric, P. Florent, Günd, Jacquemin, Jouve, Ecydet ; Messieurs
Bruneau, de Camaret, Chamski-Mandajors, docteur Colombe, Euvrard, Alph.
Gilles, Günd, commandant de Ioye, A. Marcel, d’Ortigue, Palun, Poinet,
Poirson, R. Pons, Raparé, abbé Sautel, pasteur Schlæsing, Jean Théodore-
Aubanel, chanoine Trouillet, H. Vernet, Zacharewicz, etc, etc.
M. le Président offre ses souhaits de bienvenue à tous les membres de l’Assem-
blée et proclame aussitôt l'admission de M. Eugène Fourmon, présenté à la
derniére séance.
Puis sont présentés comme nouveaux membres : MM. le capitaine I.. Desver-
gnes, Ingénieur, par MM. l'abbé Sautel, le pasteur Schlæsing et le Président :
le docteur Chaumier, de Lyon, par MM. le docteur Rémy-Roux, Jean de
Fortis, chanoineAurouze ;
Sebert, proviseur du Lycée Mistral, par MM. Sicard, L. Imbert et chanoine
Aurouze ; |
Félix-Dalazil, du Comité du Vieux-Marscille, par Mine Clapier, M. Boissin
ct chanoine Aurouze :
Mme Jean-Marie Gilles, par MM. Alphonse Gilles, L. Imbert, P. Boissin.
M. le Président annonce à l’Académie la solennité que prépare l'Association
des écrivains combattants pour le 13 octobre au Panthéon, en présence du
Président de la République. Les membres de notre Académie sont invités spécia-
lement à cette commémoration, qui rappellera la conduite héroïque de Vauclu-
siens, dont les noms seront inscrits au Panthéon :
Charles Benoit, né en 1888,
Pierre Dabry, né en 1864,
Jacques Schwerb, né en 1870, tous trois nés à Avignon,
Foussenq, né à Pertuis en 1884,
Frédéric Charpin, né en 1883, à Saint-Martin-de-Castillon.
La parole est donnée à M. Pierre Boissin, qui nous raconte le Conflit de préséince
qui se produisit à Sérignan au XVIIIe siecle, à propos de la place qui devait étre
assignée, dans la nouvelle église, au banc de noble Pierre de Dianous. Nous ap-
prenons à connaître en inème temps la vie de ce comtadin, qui devint ensuite
colonel de l’armée royale et mourut à Sétrignan en 1740 à l’âge de 100 ans.
Ensuite M. Adrien Marcel précise certaines circonstances ignorées de l’Exr
de Richelieu à Arignon en 1018 : les péripéties du voyage, la date de l’arrivée à
Avignon, son logement au n° 9 de la rue de la Croix (propriété de M. le docteur
Azémard), ses fréquentations à Avignon, sa vie retirée et studieuse, ete. Après
le départ de son Hé et de son beau-frère, Richelieu continua à attendre
patiemment l'heure de sa rentrée sur la scène politique que les circonstances
provoquèrent bientôt; en mars 1619 il partait pour Angoulèéme reprendre
auprés de la Reine-Mère ses fonctions d’auimônier et de conseiller.
M. G. Euvrerd nous intéresse aussi en évoquant la figure de l'Abbé de Véri
ue de récents travaux ont contribué à nous faire mieux connaître. Après les
étails connus sur sa naissance à Séguret, son éducation, son entrée dans Îles
L ER,
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172 COMPTE-RENDU DES SÉANCES
les crdres puis düns la diplomatie, notre collécue rappelle le role importait que
joua notre Cuinent compatriote, ses différentes MISSIONS, SON passage à Rone
au trbunal de la Roôte, so iifinetice à la cour sous Maurepas et Furet Il
insiste surtout SUT son amour et son dévoueinent pour Avignon et sa petite
patrie, où 1} vint ce TOIULICT EN 17K) ct terminer Muodesteiment sa Vie El Jin,
dans son donncile de la race Petite-l'usterte, apres avoir Cenappé à la tourruente
révolutionnaire.
SÉANCE DU 3 NOVEMBRE 1927
Présidence de M. JEAN FHEODORF-AUBANEL, Prce-Presides.
Les membres de la société sont encore plus nombreux que de coutume : Mes-
dames Abric, Poirson, Joseph Pons, Levdet, Rieu, de Sperr, Mesdemoiselles
Jacquemin, Jouet- -Pastré : MM. Achard, colonel Bover, Boissin, Bruneau, de
Camaret, Chamski-Mandajors, décteur Colombe, Colombe, Dauv ergre, Jourdan,
Gap, Alphonse Gilles, Labrolv, Laugier, Legras, commandant de L. ve, Manivet,
Marcel, Michel-Béchet, de Monce hv, Nouveau, docteur Pamard. Poinet, KR, Pons.
Poirsou, docteur Rémy-Roux, Sicard, de Spevyr, abbé Sautel, chanoine Trouiliet,
etc.
Aprés l'élection du procès-verbal de la séance du 6 octobre, M. Jean Théodore-
Aubanel, vice-pre ‘sident, excuse M. le chanoine Aurouze. retenu par ses fonctions
et présente ses souhaits de bienvenue à la nembreuse assistance, au milieu de
laquelle se trouvent Mer de Llobet, archevéque-coadjuteur d'Avignon. M. le
Maire et M. l'adjoimt à l'Instruction Publique.
Il félicite ensuite M. Pierre de Brun, conservateur du Musée de St-Rémv, pour
la médaille de vermeil que lui a décernée la Socicté de Statistique de Marseille |
puis 1] annonce que le Bureau a attribué le pnx annuel Paul de Faucher à M
l'abbe Malboïs, agrégé de lettres et vicaire à Saint-Sulpice, auteur de nombrerses
monographies sur le Ifaut-Comtat.
Les candidats présentés à la démmicre séance : Me Jean-Marie Gilles, MM. ke
capitaine Desvergnes, le docteur Chaumier, le proviseur Sebert, Félix-Dalazil.
sont déclarés ads coimime membres de l'Acadénne : puis sont présentes an
metine titre : MM. Jacques Roumanille, par MM. Boissin, lmbert et le chanoitie
Aurouze ;: Augustin Roux, d’Apt, par MM. Gap, Imbert et Marcel.
M. Paul Manivet, nous redit dans ses dernières œuvres tout son amour pour
le vieil Avignon, dont il chante et célébre la poésie et le charme : mais il regrette
dans ses Lamentatiors, que l’on oublie trop le passé historique et constate avec
peine l'indifférence croissante pour les beaux décors d'autrefois. Ces sentiments
délicatement exprimés, eurent un écho svmpathique chez tous ses auditeurs.
M. le Dr Colombe nous donne la primeur du travail qu'il adresse au Ministere
de l’Instruction ns à la suite d'une mission d'études en Italie, et dans le-
quel il s'efforce d'établir la l'iation artistique de Matteo Giovannetti de Vricrbe,
peintre officiel de Clément VI.
Frappé des nombreux traits de ressemblance qui existent entre les fresques
de St-Martial et les peintures murales de la chapel lle d’Innocent VI à Villereuve-
les-Avigron, et d'autre part comparant ces dernières aux œuvres de Bartoli di
Fredi, à San Gimignano et à Sienne en Italie, le Dr Colombe en arrive à cenclure
d'abord que Matteo Giovannetti est de formation siennoise — tout comine Bar-
tolo, son contemporain. Mais 1l est notoire que Bartolo di Fredi, dont les eleves
travaillerent dans le Midi de la France, procède des frères Iorenzetti. On peut
eniniérer que Matteo (Griovannetti, le peintre du Palais des Papes, est de la nxme
école ou du méme atelier.
Notre collesue va chercher les preuves de sa thèse dans le salon de la Paix. at
Palais communal de Sienne. La parenté est évidente entre ces œuvres de lu
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COMPTE-RENDU DES SÉANCES 173
des plus grands maîtres siennois, Ambrogio Lorenzetti, et celles de notre Matteo :
le réalisme de l’un se retrouve chez l’autre ; pareil souci d'animer les personnages,
même tendance à exagérer les attitudes et l’expression des physionomies ; même
façon de concevoir et de traiter le paysage, etc.
La communication de notre collègue a été illustrée d’un nombre considérable
de : PEOISCUOS, dont les clichés ont été en partie rapportés par lui de l'Italie cen-
trale.
SÉANCE DU 1€ DÉCEMBRE 1927
St 22
Présidence de M. le Chanoiie AUROUZE, Président
— ——
.
Les membres de la Société restent toujours fidèles aux réunions mensuelles ;
ce sont : Madame la comtesse d'Adhémar, Mesdames Günd, Rieu, Valayer, de
Flandreysy, Jacquemin, Leydet : Messisurs Boissin, Bruneau, Caïllet, Chamski-
Mandajors, docteur Colombe, Dauvergne, Fousson, Gap, L. Imbert, Jullien,
A. Marcel, Poirson, docteur Rémy-Roux, abbé Sautel, pasteur Schlæsing, Sicard,
Chanoine Trouillet, etc. , |
Après l'adoption du procès-verbal de la séa ce du mois précédent, M. le
Président proclame l’admission de MM. Jacques Roumanille et Augustin
Roux comme membres titulaires ; puis sont présentés au même titre : MM.
Joseph Autheman, par MM. Boissin, Imbert et M. le Président ; l’abbé Jérôme,
par M. le chanoine Trouïillet, Marcel et Imbert. |
L'ordre du jour comporte la communication de M. l’abbé Malbois sur la Com-
mune de Grillon depuis ses origines jusqu’à son entrée dans le Comiat.
M. L,. Imbert, secrétaire-général, qui remplace notre savant confrère, analyse
ce travail, toujours très documenté, comme les précédents du même auteur. Il
nous montre les premières familles de seignéurs, qui apparaissent au XI® siècle,
leurs rapports avec les Templiers et avec la communauté.
Au XIVe siècle, de nouvelles puissances entrent en compétition sur le terri-
toire : le Comtat qui cherche à s'étendre vers le nord, les Dauphins, puis les Rois
de France, qui veulent également maintenir ou développer leur domination.
Après de nombreuses intrigues, Grillon reste au Saint-Siège jusqu’à sa réunion
définitive à la France.
M. Malbois a complété sa monographie par l’histoire de la paroisse Sainte-
Agathe, du prieuré de Saint-Martin du Cros, du village de Montagu, détruit par
les ravages des routiers en 1361.
M. Robert Caillet, conservateur-bibliothécaire de la Ville de Carpentras, nous
entretient ensuite d'un Comtadin méconnu : Le peintre Peyrotte, né à Mazan en
1699. Il donne de nombreux détails sur sa famille, -ses origines, son enfance, ses
premières œuvres de décoration dans le Comtat, son mariage et son départ pour
Paris vers 1745. Peyrotte travailla pour les châteaux de Marly, de Versailles, et
surtout de Choisy-le-Roy, qu’il décora presque en entier. À cette œuvre déjà
considérable, il faut ajouter des peintures de chevalet, des dessins pour les tapis-
series des Gobelins et de la Savonnerie, les décorations d'hôtels particuliers, et
les « singeries » de Chantilly, qui lui sont attribuées avec beaucoup de vraisem-
blance. I1 méritait d’être mieux connu, non point seulement comme une gloire
locale, mais comme un des meilleurs ornemanistes du XVIIISe siècle.
Les photographies et reproductions de motifs décoratifs de toutes sortes, que
M. Caillet fait circuler, permettent de suivre toutes ses explications et en font
accepter les conclusions.
M. le Président Aurouze s’est fait l’interprète de tous en félicitant très vive-
ment notre confrère de ses attachantes recherches et surtout de sa récente expo-
Sition de livres des « Amis de Pétrarque », organisée par lui à la Bibliothèque de
Re et qui constitue une manifestation du meilleur goût et du plus haut
intérêt.
TABLE DU TOME XXVII
DEUXIÈME SÉRIE
ANNÉE 1927
Bru5:S Pierre). — Un couilit de préséance à Sérignan...................…. 110
Canet Kofært. — Une exposition de Pétrarque à la Bibliothèque de
CADET EPASS 2 Se SN tte ne 158
— Une exposition de reliures à la Bibliothèque de Carpentras... 159
CHOBAUT ‘Hyacinthe. — Jean Saint-Martin (1840-1926)..................... 29
LDriyras (Aïfrerdl). — Stuart Mill et Mistral .............................. 63
DUTERTKE (Abbé François). — L'Eglise paroissiale de Valréas. ..........….. 73
GIRARD {Joseph;. — L'exposition des manuscrits à miniatures du Musée
Calvet ................... Re ds tn na 35
— Les souvenirs de Vernet au Musée Calvet.............................. 49
LABANLE (L.-H.). — Une correspondance inédite de Joseph Vernet... I
MA1I.BOIS Abbé), — Histoire de Richerenches et de Gnllon ....…. és 120
MARCEL (Adrien). — L'exil de Richelieu à Avignon ........................... 93
PANSIER (D'. — La chapelle de Notre-Dame du Portail Peint..........…. 143
Liste des Membres de l’Académie sise I
Compté-rendu:dés Séances. ARS Rte ne 165
Compte-rendu; fIMariCler 2er nement obabsssaiiuieveadee 162"
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THE UNIVERSITY OF MICHIGAN
GRADUATE LIBRARY
DATE DUE
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